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Puente del Inca

21 Mai 2010 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

M’étant donc assurée de la bonne météo prévue pour le lendemain, j’ai pris le bus pour Puente del Inca, non sans m’être arrangée auparavant avec une des compagnies de bus qui font plusieurs fois par jour le trajet de Mendoza à Santiago du Chili, pour que l’on me récupère le lendemain à Puente del Inca : c’est tout à fait possible, mais attention, seules les entreprises de minibus s’arrêtent à Puente del Inca et peuvent vous y récupérer ; le confort du bus est moindre, mais ça vaut vraiment le coup pour les amateurs d’altitude et de montagne.

 

Le trajet m’a gratifiée de paysages époustouflants : la pampa, de grands sommets de pierre et de sable, de roche parfois très rouge, parfois ocre-terre brûlée, très peu de végétation, donnant l’impression d’une grande sécheresse malgré les quelques cours d’eau traversant la vallée…

 

Precordillera 2

 

La région d’Uspallata m’est apparue plus fertile, avec ses rangées de peupliers habillés de leurs couleurs d’automne dans la lumière de la fin d’après-midi.

 

Uspallata

 

Il paraît que les sommets environnants ressemblent tant aux chaînes d’Asie centrale que Jean-Jacques Annaud y a tourné une partie du film Sept ans au Tibet, en 1997.

 

Precordillera 4

 

La route est longue et droite, fréquentée par de très nombreux camions – c’est la route qui mène au Chili, axe de commerce et d’échanges emprunté depuis la nuit des temps. Puis l’on commence à gagner de l’altitude, à mesure que le soleil décline. J’arrive donc presque à nuit tombée à Puente del Inca, où je déniche sans tarder un « hostel-refugio » (un hébergement entre l’auberge de jeunesse et le refuge de montagne) modeste mais très bien entretenu, « El Nico »[1], où je jouis d’une tranquillité absolue, avec le dortoir pour moi toute seule ! Un luxe auquel l’on ne goûte pas souvent quand on fréquente les auberges de jeunesse, et que je dois à la saison basse, durant laquelle les alpinistes et montagnards se font rares au Parque Aconcagua.

 

Les touristes, eux, s’arrêtent le temps de photographier le fameux « Pont de l’Inca », qui a donné son nom à la localité[2] :

 

Puente del Inca - La Puente 4

 

une arche de pierre enjambant le Río de las Cuevas, pont naturel formé par sédimentations ; sa belle couleur orangée est due aux dépôts minéraux des eaux chaudes sulfureuses de la rivière, qui continuent de sculpter la pierre en ruisselant, et qui furent exploitées de 1917 à 1965 par un hôtel thermal. Ce dernier, qui avait tout du luxe, fut détruit par une inondation, et l’on aperçoit aujourd’hui les ruines d’anciens bassins en contrebas du pont. Suite à cet accident, le pont a été fermé et la baignade interdite, mais l’on peut toujours en admirer les étranges rideaux de couleurs.

 

Puente del Inca - La Puente 2

 

Pour manger un morceau, je me rends chez « El Roque » : aux dires des gens du coin, c’est le meilleur – le seul ouvert à cette heure-ci, aussi ; le bistrot à lui seul vaut le coup d’œil, avec ses nappes en ciré, ses néons, son écharpe du « Racing Club » fièrement accrochée au mur, le bruit de la télé en fond avec les dialogues du feuilleton de 20h ;

 

Puente-del-Inca---Bar-El-Roque-1.JPG

 

Puente-del-Inca---Bar-El-Roque-2.JPG

 

on entre  par la cuisine, basse de plafond, où une bouilloire siffle au milieu des effluves de friture ; côté menu, pas trop le choix, c’est « milanesa » (escalope panée, LE plat incontournable en Argentine) ou sandwich ; mais à ces hauteurs-là (2720 mètres), on ne fait pas la fine bouche, et je dévore avec appétit (l’altitude, ça creuse !) un « lomito » (généreux sandwich où s’échelonnent de la laitue, des rondelles de tomate, du jambon, du fromage et une tranche de steak cuit à point) accompagné d’un thé bien chaud, appréciable vu la température.

 

Puente-del-Inca---Bar-El-Roque--Te-y-lomito.JPG

 

Par contre, les prix aussi sont montés avec l’altitude ! Bien compréhensible, il ne doit pas être si facile de faire acheminer de la nourriture dans ce trou presque perdu. À moins que ce soit encore un coup à ma tête de touriste, mais le patron semblait honnête, et j’ai été aux petits soins…

 

En sortant, je reste un moment à admirer longuement le vaste ciel d’encre, les milliers d’étoiles le parsemant, la roche brillant sous les caresses de la lune, à emplir mes poumons de cet air froid, pur et vivifiant, et mes oreilles de ce silence intimidant que seul le vent piquant vient troubler… de nuit, il semble que les éléments soient encore plus puissants, et les sensations en sont décuplées ; les montagnes, rocs solides et impénétrables enveloppés dans l’obscurité, dominent du haut de leurs sommets millénaires ; et je me sens à la fois si petite et si libre au sein de ce vaste univers…

 

Luna-en-la-cordillera.JPG



[1] El Nico, Ruta 7 s/n – Puente del Inca – Las Heras – Mendoza ; Tel (fixe) : [+54] (02624) 420458 ; (cell.) : [+54] (0261) 155920736 ; E-mail : refugioelnico@gmail.com

 

[2] Ce chemin, désormais interdit d’accès, était en effet déjà emprunté par les Incas et fut découvert par un colonisateur espagnol en 1646.

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