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Un marché pas comme les autres

19 Mai 2010 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Baz'arts

L'autre intérêt touristique de Mendoza, c’est la Cordillère des Andes, toute proche, et ses sites d’escalade, de rafting, de canyoning, ses stations de ski, et ses parcs naturels, dont le célèbre Parque Provincial Aconcagua, où trône majestueusement, à 6959 mètres d’altitude, le non moins célèbre Cerro Aconcagua, le plus haut sommet d’Amérique Latine, le deuxième plus haut sommet du monde après les cimes de l’Himalaya.

 

On y accède depuis le petit village (modeste hameau, devrais-je dire plutôt) de Puente del Inca, à quelques kilomètres de la frontière avec le Chili, sur le chemin de Santiago ; l’accès au Parc est cependant restreint en la saison hivernale, qui débute justement au mois d’avril ; il est interdit de franchir la passerelle sur le Río Horcónes qui marque la fin du parcours et de poursuivre son chemin, le temps pouvant changer très rapidement et s’avérer très dangereux à cette altitude.

 

J’ai donc pris la peine, avant de m’y rendre, de me renseigner sur les prévisions météos et les conditions d’hébergement à Puente del Inca, auprès de l’Oficina del Parque Aconcagua[1], en plein centre de Mendoza : par chance, le lendemain matin promettait d’être découvert et ensoleillé, dernière matinée de beau temps avant un week-end orageux (on annonçait la tempête) ; j’ai donc organisé la suite de mon périple, et en sortant, suis tombée par hasard sur le Mercado de Artesanado de Mendoza[2].

 

Mendoza - Mercado Artesanal Folclorico

 

Il s’agit d’une activité du Gobierno de la Provincia de Mendoza, intitulé « Programa de Promoción del Artesano Folclórico », qui a pour objectif de garantir des revenus décents aux artisans ruraux traditionnels résidant dans la zone du désert et dans les zones de frontière de la Province de Mendoza, et de préserver ainsi l’identité régionale. Ces artisans sont en effet souvent obligés de vendre leurs produits à des prix ne leur permettant pas de vivre dignement, ou bien d’abandonner leur activité : en achetant ces mêmes produits à un prix un peu plus élevé que leur valeur réelle, le Programme leur permet de vivre normalement tout en maintenant leur production artisanale.

 

En échange, les bénéficiaires s’engagent à envoyer leurs enfants à l’école, au moins jusqu’au niveau secondaire, et surtout, à conserver et transmettre leurs traditions, en utilisant la matière première disponible dans leur environnement : un bel exemple, à mon avis, de développement durable, misant à la fois sur la préservation de l’écosystème, la conservation d’un patrimoine culturel, l’amélioration des conditions sociales, le souci des générations futures, l’entraide et un peu plus de dignité humaine…

 

Tout cela me fut expliqué avec enthousiasme par une dame passionnée et passionnante, férue d’histoire, très renseignée sur le passé de sa région (en particulier sur l’époque précolombienne et la peuplade locale des Huarpes), avec laquelle je suis restée presque une heure, buvant littéralement ses paroles, et qui m’a présenté, avec force explications, les différents objets en vente dans ce marché pas comme les autres :

 

-          la vannerie : un artisanat développé à partir de fibres végétales, dont l’origine se perd dans la nuit des temps ; les corbeilles et paniers tressés serrés avec du jonc (un jonc vert qui jaunit en séchant) sont réalisés selon la technique précolombienne de l’ « acordelado », typique du peuple Huarpe : la fibre utilisée augmente de volume lorsqu’elle est en contact avec l’eau, et rend les paniers imperméables, ce qui permet de puiser et transporter l’eau ;

 

Mendoza - MAF - Cesteria 1

 

ces ouvrages de vannerie ont ainsi de nombreux usages quotidiens (on les utilise pour la cueillette, la cuisine[3]), mais aussi religieux, au moment de faire des offrandes aux divinités : ce panier, par exemple, avec ses deux « oreilles » sur les côtés, représente la Pachamama (la déesse Terre dans la mythologie amérindienne) et ses deux enfants, le Soleil et la Lune[4].

 

Mendoza - MAF - Cesteria 2

 

-          L’artisanat textile : tapis, ponchos, mantas, ruanas

 

Mendoza - MAF - Mantas

 

Mendoza - MAF - Ponchos

 

réalisés avec de la laine de mouton et des colorants naturels élaborés à partir de plantes locales : dans le Nord de la Province, région de sable, les tissages sont caractérisés par des couleurs vives, qui contrastent avec la sécheresse du désert, et fabriqués avec un « telar » (« métier à tisser ») horizontal (comme sur cette photo),

 

Mendoza - MAF - Foto de telar artesanal

 

ou créole, d’origine espagnole. Dans le Sud, Malargüe, les dessins sont géométriques, à la façon des Puelches, Pehuenches et Araucanos, qui emploient le telar vertical. Cette tâche est accomplie par des femmes (tejenderas), qui ont ainsi, grâce à ce Programme, accès à l’économie productive de la Province – importante transformation dans l’organisation sociale des communautés.

 

-          Le cuir cru : cravaches, rebenques, boleadoras,

 

Mendoza - MAF - Fustas

 

Mendoza - MAF - Boleadoras

 

utilisés par les gauchos pour dompter le bétail ; cuyas, bombillas et autres articles pour le maté. La culture du cuir remonte à la préhistoire, mais elle a été introduite comme artisanat par les Arabes et les Espagnols. Les mendocinos sont d’excellents artisans : ils emploient entre trois et quatre-vingts lacets, qu’ils tissent et décorent avec des boutons ouvragés.

 

Toutes ces pièces sont uniques, vendues avec un certificat d’authenticité et le message suivant : « Quand vous achetez un objet d’artisanat authentique, non seulement vous possédez une œuvre de valeur, mais vous contribuez aussi au développement socio-économique de l’artisan ». Memento…

 

 


[1] CENTRO DE ATENCIÓN VISITANTES PARQUE PROVINCIAL ACONCAGUA, San Martín 1143. Ciudad (CP 5500). Mendoza. Argentina, Tel : 0054-(0)261-4258751 ; e-mail : informesaconcagua@mendoza.gov.ar ; http://www.aconcagua.mendoza.gov.ar

 

[2] Dirección de Desarrollo Socioproductivo, Programa de Promoción del Artesano Folclórico : Av. San Martín 1133 – Subsuelo – Ciudad – Mendoza C.P. 5500 ; Tel : [0054] (0261) 4204239 ; email : mercado-artesanal@mendoza.gov.ar. Delegación Malargüe : Ruta 40 s/n Estancia La Orteguina.


[3] Les larges paniers un peu plats, par exemple, serve à trier les grains et à les moudre ensuite pour fabriquer de la farine.

 

[4] Voici une version de la légende – je n’en garantis pas l’authenticité, mais comme toute mythologie, elle se prête à l’imagination de tout un chacun et à mille et une variations :

 

« Le Dieu du Ciel, Pachacamac, mari de la Terre, engendra des jumeaux, un garçon et une fille, appelés Wilcas. Le Dieu Pachacamac mourut noyé dans la mer et fut ensorcelé dans une île. La Déesse Pachamama souffrit avec ses deux enfants de nombreux malheurs : elle fut dévorée par Warón, le génie malin qui ensuite, piégé par les jumeaux, mourut dans un précipice. Sa mort fut suivie d’un terrifiant tremblement de terre.Les jumeaux montèrent au ciel grâce à une corde ; là-haut, les attendait le Grand Dieu Pachacamac. Le Wilca se transforma en Soleil et sa sœur en Lune, et ils menèrent une vie de pérégrination sans fin. La Déesse Pachamama resta ensorcelée sur une montagne. Pachacamac la récompensa pour sa fidélité avec le Don de la Fécondité. Depuis ce jour-là, elle distribue ses faveurs depuis sa montagne. À travers elle, le Dieu du Ciel envoie les pluies, fertilise les terres et fait pousser les plantes. Et, grâce à elle, les animaux naissent et grandissent. La Pachamama récompensa aussi tous ceux qui aidèrent ses enfants : Renards, Pumas, Condors, Vipères. Avec le règne des Wilcas, devenus le Soleil et la Lune, la Lumière triompha et Wacón, le Dieu de la Nuit, fut vaincu à jamais. »

 

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