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Au pied de l'Aconcagua

22 Mai 2010 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Après une bonne nuit de sommeil, au chaud sous mes triples couches de couvertures, je vois le jour se lever par la fenêtre, dénuée de volets : la pâle lumière emprisonnée dans le brouillard du petit matin se transforme peu à peu en un ciel bien dégagé : pas un nuage en vue, soleil éclatant, temps idéal pour une balade en montagne !

 

Revigorée par cette belle perspective et un bon petit-déjeuner, je sors de l’hostel en même temps que la fillette de mon hôtesse, qui, elle, se rend à l’école, accompagnée par le garde-forestier ; tandis que sa maman, qui est également responsable du courrier, ouvre le petit bureau de poste du village : la vie quotidienne d’un hameau à 2700 mètres…

 

Un peu plus loin, à l’entrée du village, des artisans installent les stands d’un petit marché où ils vendront bonnets, ponchos, pulls et gilets andins, matés, et même des pierres incas « aux vertus curatives », comme ces « petits sacs d’énergie positive » :

 

Puente del Inca - Feria de artesanato 3

 

Puente del Inca - Feria de artesanato 5

 

Je pars donc pour le Parque Aconcagua, distant de 3 km seulement de Puente del Inca ; sur la route, seuls le vrombissement de quelques camions en direction ou en provenance du Chili, ou le pépiement de petits oiseaux viennent parfois perturber le silence régnant ; pas même un brin de vent ; personne ; je n’entends rien, à part le frottement de mon propre pantalon ; c’en est presque intimidant…

 

Parque Aconcagua 1

 

Je marche d’un bon train, mais ressens peu à peu une légère difficulté à respirer, la sensation d’avoir la cage thoracique comprimée, une petite douleur au cœur et à la tête : c’est l’effet combiné de l’altitude et de l’effort physique, et je ralentis un peu ma marche, ce qui me permet d’admirer davantage encore le splendide panorama : hauts sommets sculptés par l’érosion, camaïeux de roches rouge, rose, ocre, et parfois même vert-de-gris ; peu, si peu de végétation ; quelques rares cours d’eau qui serpentent le long de la route ; le désert, vaste et résonnant ; l’immensité de la Nature, et ma petitesse humaine…

 

Parque Aconcagua 3

 

Et soudain, le voilà qui apparaît :

 

El Aconcagua 1

 

le Cerro Aconcagua, ce géant impressionnant, le « Toit des Amériques », qui trône, enneigé, du haut de ses 6959 mètres d’altitude ; je pense, avec une profonde admiration, aux alpinistes qui y sont grimpés, et à ceux, nombreux aussi, qui y sont décédés, depuis sa première ascension officielle, réalisée en 1897 par l’alpiniste italo-suisse Mathias Zurbriggen ; je pense aussi à des temps plus anciens, quand ce sommet volcanique, recouvert de sédiments marins, était fréquenté par les peuplades locales : en 1985, le Club Andinista de Mendoza y découvrit, à 5300 mètres d’altitude, une momie inca laissant supposer que la « sentinelle de pierre » (traduction du nom quechua « ackon-cahuac », qui aurait donné Aconcagua[1]) servait aussi de site funéraire à l‘époque précolombienne.

 

Entrée dans le parc, je suis le sentier, balisé de panneaux expliquant la formation géologique du massif et décrivant sa faune et sa flore, jusqu’à la passerelle qui marque la limite du circuit autorisé en saison hivernale ; je m’installe au bord du ruisseau, où me rejoint un joli petit compagnon, certainement attiré par les miettes de mon casse-croûte ;

 

Parque Aconcagua - Pajarito 1

 

face à moi, l’Aconcagua dans toute sa majesté ; je suis seule, bercée par le bruit de l’eau et du vent, et je puise dans cette valse des éléments une nouvelle force et une nouvelle sérénité…

 

El Aconcagua 3

 

 

Le ciel se voile peu à peu, les nuages avançant très vite et couvrant peu à peu les sommets ; le vent devient de plus en plus fort, de plus en plus froid et piquant, je peine d’ailleurs parfois à conserver mon équilibre, j’ai les larmes aux yeux et les joues enflammées ; je me dépêche de redescendre à l’entrée du parc, puis à Puente del Inca, où j’arrive épuisée, ravie de partager le maté bien chaud offert par mon hôtesse en attendant le bus qui me doit me récupérer à la fin de l’après-midi pour aller à Santiago du Chili.

 

Puente del Inca 5

 

 


[1] L’origine du nom est en effet incertaine : une autre hypothèse étymologique renvoie par exemple à l’expression mapuche « acon-hue », « qui vient de l’autre côté ».

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pm 25/05/2010 17:13


je retrouve en ces lignes l amoureuse de la montagne que tu es j espere qu a ton retour nos aurons l occasion d aller fouler quelques un de nos sommets qui meme si ils n ont pas le meme gigantismes
sont tout de meme magnifique
plus passerelle plus je lui trouve un style romanesque des plus plaisant a la lecture


Passerelle 27/05/2010 03:11



Sincèrement, et au risque d'être accusée de chauvinisme, nos belles Alpes natales n'ont rien à envier à la somptueuse Cordillère !!!


Et je t'y retrouverai avec plaisir pour une randonnée cet été, si le temps (chrono et météo) le permet...