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Gozo, si près, si loin...

17 Octobre 2012 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Désirant échapper aux stations balnéaires et aux hordes de teen-agers noctambules échouées sur les côtes maltaises, nous avons décidé de séjourner sur la petite (environ 70 km2) île de Gozo, à quelques miles et une demie-heure de ferry seulement de Malte, mais décidément plus rurale, plus calme, et peut-être plus authentique...

 

Et l'arrivée à Gozo est tout simplement magique : porté par les vagues et la brise, le ferry longe la petite île, rase et déserte, de Comino

 

Comino 1

 

et pointe vers la façade sud-est de Gozo à laquelle les cultures en terrasse et les maisons blanches agrippées à la roche donnent déjà un petit air de campagne, rustique et franc, simple et chaleureux. Le dôme de l'église de Mgarr se détache majestueusement sur le soleil déclinant, participant de l'atmosphère enchanteresse qui accompagne nos premiers pas sur l'île.

 

Gozo 31

 

Une fois débarqués, nous traversons d'abord Mgarr, ville portuaire sans grand intérêt si ce n'est qu'elle est le point de connexion avec Malte via le ferry. Là aussi, nous remarquons de nombreux chantiers : routes, ronds-points, ponts, monuments sont en effet construits ou restructurés, principalement grâce à des financements de l'Union Européenne ; les maisons, quant à elles, sont plutôt des villégiatures réformées pour être louées ou vendues à des touristes étrangers sous le nom attrayant de « farmhouses », ou construites par des Maltais émigrés après la Seconde Guerre Mondiale aux USA, au Canada, en Australie et revenus pour les vacances ou pour finir leurs vieux jours sous leur soleil natal. Au-dessus de leurs maisons flotte ainsi souvent le drapeau du pays où ils ont pu, à la sueur de leur front le plus souvent, gagner de quoi fuir à jamais la misère et construire la maison de leurs rêves – des maisons souvent luxueuses, dans le style traditionnel gozitain mais ornées de colonnes de marbre, de balustrades sculptées, de fontaines, de poignées dorées... tous les symboles de ceux qui ont « réussi dans la vie » et peuvent enfin s'offrir le confort dont ils étaient privés quand ils étaient petits.

 

Invités par Marion et Mario, nous allons dîner à Xlendi, sur la côte sud-ouest de l'île, dans un restaurant en terrasse sur le port encerclé de falaises : en dégustant de succulents spaghetti zucchine e gamberetti (courgettes et crevettes), on se croirait quelque part sur la Costiera Amalfitana, au sud de Naples... Et pour ne pas déroger à la tradition italienne, une passeggiata (promenade) s'impose, avec un détour par le glacier artisanal aux mille et un parfums.

 

L'appartement que nous avons loué se situe à Żebbuġ, un charmant petit village d'environ 1500 habitants, tout en longueur, perché en haut d'une colline – la route est escarpée pour y arriver ! Mais l'avantage est qu'il y souffle toujours une petite brise fort bienvenue en ces chaleurs estivales – et la vue y est époustouflante !

 

Gozo - Zebbug 4

 

 

Les premiers jours s'écoulent tranquillement, de lecture en sieste dans la pénombre de la chambre rafraîchie par la danse du ventilateur, dîners sur le balcon au crépuscule, et promenades à la découverte des environs de Żebbuġ : un promontoire offrant une vue splendide sur le soleil couchant et ses tonalités déclinant à grande vitesse dans une explosion d'ors et de rouges sur fond strié d'un camaïeu de bleus ; un plateau désert, entouré de champs et d'herbes sauvages ; le phare de Gondran, magnifique point de vue, qui éclaire la nuit de son fanal ; les salines de Għajn Barrani et leur quadrillage géométrique en bord de mer ; la plage de Xwejni, presque déserte aux heures matinales, sauf quelques bancs de poissons délicatement colorés qui déambulent entre les récifs de corail ; la ravissante crique de Wied-il-Ghasri, où je fais ma première (et douloureuse) rencontre avec l'une des nombreuses petites méduses qui peuplent les eaux maltaises...

 

Gozo 8

 

Gozo 5

 

 

Gozo - Wied-il-Ghasri 3

Ces excursions nous donnent l'occasion d'observer la configuration de l'agriculture et du monde rural, étonnamment productifs dans un environnement aussi aride, envahi par les chardons secs, le fenouil sauvage, les cactus et peuplé de rats qui surgissent furtivement à la tombée de la nuit : malgré tout, tomates, oignons, pommes de terre, courges, courgettes, aubergines, melons, pastèques, figuiers, vignes, poussent partout, gorgés de soleil et nourris par les pluies du printemps et un savant système d'irrigation hérité de l'occupation arabe... au VIIIè siècle – un savoir-faire ancien, à l'image de cette agriculture encore traditionnelle, peu mécanisée, pratiquée davantage pour le marché local que pour l'exportation, et désertée par les jeunes générations, qui délaissent les champs pour la ville et se tournent vers d'autres franges du marché de l'emploi.

 

Gozo 10

Nous avons l'occasion de discuter de ces évolutions récentes avec les Gozitains qui, apitoyés sans doute par nos silhouettes en plein cagnard, s'arrêtent très facilement sur le bord de la route pour nous prendre en stop – moyen de locomotion que nous avons adopté pour ne pas dépendre du bus (service excellent, mais un trajet seulement par heure) et surtout pouvoir échanger davantage avec les locaux, qui revendiquent fièrement leur appartenance à Gozo et leur différence des Maltais dans les us et coutumes, la langue, etc... - différence que nous ne percevons pas bien, mais qui pour eux est évidente et assumée : au point que l'île est affectueusement surnommée la « République de Gozo » par les Maltais.

 

« It was a very small island. But it was an island that protected its privacy. Even a mild invasion of tourists couldn't change that. They were friendly to strangers but didn't tell them anything until they knew who they were and what they wanted. A Gozitan would deny knowing his own brother until he knew who was doing the asking. »1

 

Un monde à part, replié sur ses cultes et traditions, ses habitants taciturnes et discrets, ses villages fantômes, où la modernité peine à franchir la barrière de la mer et de cet attachement dévot à ce qui a toujours été et qui est et sera – pour combien de temps encore ?


1“C'était une toute petite île. Mais c'était une île qui protégait sa privacité. Même une invasion pacifique de touristes ne pourrait rien y changer. Ils étaient amicaux envers les étrangers mais ne leur disaient rien tant qu'ils ne savaient pas qui ils étaient et ce qu'ils voulaient. Un Gozitain nierait connaître son propre frère avant de savoir à qui il a affaire.” A.J.Quinnell, Man on fire, Orion Books, 1980, pp. 141-142

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philae 14/06/2013 10:08

c'est une destination qui me plairait