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"Ultima Parada 174" : "puta droga de favela !"

15 Novembre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #On tourne !

Un bus, n° 174, arrêté en pleine rue ; tout autour, des bandes de sécurité et des policiers - commandos groupés ; des badauds aussi, en foule, inquiets ; à l’intérieur du véhicule, trois femmes : une vieille, sa fille, et une jeune étudiante… et un tout jeune homme, presque un adolescent encore, fou furieux, qui les tient en otage, hurle à tout-va, réclame de l’argent (mille reais – « mais qu’est-ce que tu vas faire avec mille reais ? » lui demande une des otages « demande plutôt dix mille »), frappe nerveusement son pistolet contre les sièges du bus, dans une apparente crise d’hystérie qui dure toute une après-midi… avant de se terminer en sanglant homicide.

 

Cette scène est inspirée d’un fait réel qui a profondément marqué la population brésilienne, et dont le réalisateur Bruno Barreto a tiré le film « Ultima Parada 174 », sélectionné pour représenter le Brésil aux prochains Oscars.



 

Fiction « basée sur des faits réels » (à la différence de l’excellent documentaire de José Padilha, « Onibus 174 », réalisé en 2002), le film de Barreto revient sur la vie de Sandro, le jeune homme du bus, et explique comment un enfant orphelin devient assassin : misère des favelas, drogue et prostitution, prison… tout y passe, dans une débauche de « puxa » (le « fuck » brésilien) pour dénoncer l’oppression d’une société où règnent violence et criminalité. Au fond, Sandro est un bon garçon ; mais en même temps que sa mère, assassinée presque sous ses yeux pour une poignée de reais, il perd tous ses repères et se laisser aller à la dérive, aidé par des amitiés plus ou moins sincères et plus ou moins intéressées.

 

Film à thèse donc ; peu importe la fidélité à la réalité des faits, ce qui compte, c’est la peinture d’un sous-monde parallèle où la frontière entre légalité et illégalité est bien faible, et où les faibles n’ont d’autre choix que de céder à la fatalité.

 

Victimisation ?  Certains critiques ont accusé Barreto de faire de Sandro un pauvre agneau et d’oublier les vraies victimes de ce drame : Geísa, une jeune fille née elle aussi dans la misère, débarquée de son Ceará natal pour tenter de gagner sa vie à Rio de Janeiro, en donnant des cours à des enfants pour 300 reais par mois, morte parce que son trajet a croisé celui de Sandro ; et tous les gens qui, comme elle, peinent, suent et meurent sans pour autant basculer du mauvais côté.

 

Un film qui questionne, et qui fait débat, assurément ; beaucoup de gens de mon entourage ont été tellement marqués par la scène réelle, à laquelle ils ont assisté en direct à la télé, qu’ils se refusent à aller voir le film. Dur, émouvant, captivant, « Ultima Parada 174 » fait malheureusement partie des films dont le succès à l’étranger contribue à donner une image univoque du Brésil comme terre de violence et de délinquance.

 

A quand une comédie simple, drôle, légère sans pour autant être stupide, où l’âme brésilienne révélerait enfin sa chaleur humaine, son sens de la solidarité, son humour et sa générosité ?

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