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A.C.A.B. - All Cops Are Bastards

12 Février 2012 , Rédigé par Passerelle Publié dans #On tourne !

 

Du calcio italien, on connaît les séduisants joueurs aux cheveux longs, les entraîneurs des clubs du monde entier, la commedia dell'arte des pénalités, les cartes à collectionner Panini, les tifosi survoltés, les maillots et écharpes bariolés, et l'atmosphère de grande fête foraine qui envahit les stades les soirs de match – un ensemble de clichés sympathiques, un peu clownesques, qui rappellent combien la politique du panem et circensis (« du pain et du cirque ») règne encore sur la Péninsule latine.

 

On connaît moins cependant l'envers du décor : la violence qui suit les rencontres sportives, opposant hooligans déchaînés et celerini (C.R.S) en une explosion de rage et de brutalité aveugle, miroir déformant d'une société exaspérée, d'un monde gouverné par la haine, et d'un pays à la dérive.

 

Tiré du roman homonyme de Carlo Bonrini, lui-même basé sur une histoire vraie, « A.C.A.B. - All Cops Are Bastards » est un film de Stefano Sollima sorti le 27 janvier sur les écrans transalpins, qui raconte, de l'intérieur, le quotidien d'une brigade de C.R.S. chargée de maintenir l'ordre dans une société qui a oublié les règles du jeu.

 

A.C.AB.-All-Cops-Are-Bastards.jpg

 

Reprenant l'acronyme de « All Cops Are Bastards » (« tous les flics sont des salauds »), un slogan parti du mouvement skinhead anglais des années 60 et devenu au fil du temps un appel universel à la guerrilla urbaine, le film plonge dans l'univers noir et inquiétant des banlieues de Rome, sur la trace des immigrés clandestins, des dealers de coke, des groupuscules néo-fascistes, des SDF borderline – brossant un portrait sans concession des franges les plus marginales d'une société livrée à elle-même.

 

Sans parti-pris déclaré, sans manichéisme simpliste, Sollima suit Cobra (Pierfrancesco Favino), Negro (Filippo Negro), Mazinga (Marco Giallini) et les autres membres de la brigade dans leurs opérations et dans leurs vies privées – êtres de chair, d'adrénaline et d'os, pris de remords, de pulsions, et liés par une camaraderie virile soudée à la bière et au sang, au-dessus de tout scrupule moral : on n'abandonne jamais un fratello (« frère »), même s'il a fait une connerie.

 

Un dogme que la jeune recrue tout juste débarquée dans la brigade et encore bercée d'illusions peine à faire sien : le regard d'Adriano (Domenico Diele) suit, de plus en plus désenchanté, les infractions à la légalité, les petits arrangements, les règlements de compte à travers lesquels ses fratelli sont convaincus de faire respecter la loi. Flics ripoux, politiciens corrompus, trafics en tous genres, les ingrédients du polar sont réunis pour dénoncer un système dévoré par la gangrène.

 

 


 

 

Rythmé par une excellente bande-son de rock et de heavy-metal, et par des dialogues truffés de slang romain, « A.C.A.B » risque cependant de lasser par une certaine répétition de scènes, par des redites, et par une certaine lourdeur didactique qui appesantit le message : pourquoi tant expliciter, quand les images parlent d'elles-mêmes ?

 

Des images qui dérangent et inquiètent : caméra à l'épaule, effets floutés, lumières glauques des néons créent une atmosphère oppressante, dont on peine à s'extraire à la fin du film, incapables de juger si ces celerini sont finalement de bons bougres un peu irascibles, las de recevoir insultes, pierres et crachats, d'être traités comme de vulgaires cibles pour un salaire de misère et jetés aux fauves sans renforts - ou des monstres assoiffés de haine qui trouvent dans leur uniforme la légitimation de leurs pulsions assassines.

 

En tous cas, « A.C.A.B » dresse le tableau cru d'un pays fracturé, où le fossé se creuse entre les ghettos et les paradis fiscaux, et où la colère gronde – à l'instar de ses voisins européens, théâtres d'émeutes sanglantes ces dernières années. Comment enrayer cette avalanche de violence ? Le film ne donne pas la réponse...

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