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“The mission”: guerre et rédemption dans la jungle tropicale

31 Janvier 2012 , Rédigé par Passerelle Publié dans #On tourne !

 Les Jésuites n'ont pas enseigné que leur science botanique et les Évangiles aux indiens Guaranís : ils leur ont aussi transmis leur amour de la musique, leur savoir-faire artisanal, la valeur de l'effort et du travail ; en retour, ils ont été accueillis et respectés, aimés et protégés. Si l'histoire des missions jésuites n'a certainement pas été aussi idyllique que le film "The Mission" souhaiterait nous le montrer, il y a bien dû y avoir, ici ou là, de véritables oasis de paix, où indios et christos vivaient en parfaite harmonie.

On pourrait donc reprocher au réalisateur Roland Joffé un excès de sentimentalisme, une vision romancée de la réalité, si la reconstitution historique ne semblait, aux yeux d'une simple néophyte en la matière ayant toutefois arpenté nombre de musées coloniaux des provinces du Nord de l'Argentine, du Paraguay et du Brésil, extrêmement soignée et tout à fait vraisemblable. Les historiens spécialisés sur la question sauront, eux, relever les anachronismes et contradictions s'il y en a, nous nous contenterons des paysages époustouflants des chutes d'Iguazú, de la fougue latine d'un Robert De Niro en pleine forme conquistadora, maniant le sabre puis le chapelet avec brio, de la douceur d'un Jeremy Irons débordant de sagesse et d'humilité fraternelle, et de la bande-son magnifique, bien qu'un tantinet larmoyante, de l'irremplaçable Ennio Morricone.

 

The-Mission.jpg

 

L'histoire des réductions guaranies, sortes de petites républiques autonomes, vivant en autarcie loin de l'autorité des couronnes espagnole et portuguaise, a de quoi susciter le prêche des bons sentiments et la larme à l'oeil ; la preuve en est peut-être la Palme d'Or reçue lors du Festival de Cannes en 1986, bénédiction s'il en est du monde cinéphile bienséant. Mais si l'on pousse un peu plus loin, on lira à travers cette fable tropicale les jeux de pouvoir et les intrigues de cour dont le commun des mortels finit toujours par payer le prix.

Car quand l'Espagne et le Portugal décident de partager leurs terres d'Amérique du Sud, et que les cours d'Europe rêvent d'en finir avec un ordre jésuite de plus en plus puissant, le cardinal Altamirano, visiteur apostolique des missions jésuites en Amérique du Sud, se trouve obligé, un peu contre son gré, mais pas pour autant dupe, d'engager le fer et le canon contre les missions qui l'ont si admirablement accueilli. S'ensuit une lutte à corps et à cris des Guaranís pour sauvegarder ce territoire qui leur appartient. Les quelques frères de la communauté troquent l'encens pour la poudre et les cierges pour des lances de guerre, acharnés à défendre, en dignes croisés des Tropiques, leurs frères de sang et d'urucum.

Car ce que le film révèle assurément, plus que la barbarie de la Conquête et l'impudeur des discours colonialistes, c'est l'amitié qui peut naître des rencontres les plus improbables : entre un homme d'armes et un homme de foi, entre un peuple vêtu de bure et un peuple couvert de peintures - pour peu que Dieu et Hollywood s'en mêlent, il y aura toujours de l'espoir...

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Petterson 03/02/2012 13:06

Le film ilustre aussi une vérité inconvenient et trés actuelle : que c'est impossible de mantenir des populations umaines completament isolées du mond extèrieur. Si les bons ne arrivent pas avant e
ne équipent pas les popolations autochtones pour défendre leur propre culture, allore, tôt ou tard, les mauvaises arriveront e n'hésiteront pas à installer le terreur e à détruire la culture
autochtone.

C'est ancore le cas aujourd'hui en Amazonie : les FARC e tous les types des narco sont toujours prêts a conquérir des territoires non occupés ou non défendus, mentre beaucoup de "bon savages" des
pays développés veulent justement laisser les territoires inoccupées. Sauf que cela corresponde à "préserver" les territoires pour les bandits.