Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

De boue et d'or - "Mud. Sur les rives du Mississippi"

16 Mai 2013 , Rédigé par Passerelle Publié dans #On tourne !

Concentrée dans la difficile et laborieuse rédaction de ma thèse de doctorat, il y a bien longtemps que je n’ai rien publié sur ce blog... Pas vraiment le temps, mais surtout pas la tête à ça, toute mon énergie d’écriture étant absorbée par cette tâche académique ardue – et s’il y a encore quelques lecteurs qui suivent la Passerelle, je les prie de bien vouloir m’en excuser : je reviendrai, c’est promis, quand j’aurai terminé cette longue gestation et accouché d’un beau bébé qui ira reposer tranquillement sur les rayons de quelque bibliothèque universitaire...

En attendant, je ne peux cependant pas m’empêcher de faire un saut ici, juste le temps d’écrire quelques lignes pour vous recommander chaudement, vivement, fortement, un très beau film que j’ai eu l’occasion de voir hier soir et qui m’a permis de voyager de nouveau loin, très loin, en quittant l’horizon limité de mon écran d’ordinateur pour rejoindre celui, infini, du Mississippi.    

 

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/racine/film/mud-sur-les-rives-du-mississippi-2721304/43575460-23-fre-FR/MUD-Sur-les-Rives-du-Mississippi_portrait_w193h257.jpg

Dès le début du film, j’ai été tellement happée que j’en ai complètement oublié ma thèse (ceux qui me connaissent bien, et ceux qui ont déjà écrit une thèse avant moi, savent que c’est presque chose impossible !), me laissant emporter par le flot tourbillonnant du plus fascinant fleuve d’Amérique du Nord, et les remous d’une intrigue surprenante.

 

 

Au cœur des bayous de l’Arkansas, deux jeunes garçons, Ellis et Neckbone, découvrent au cours de l’une de leurs escapades clandestines un homme réfugié sur une île déserte : les deux têtes brûlées au grand cœur tombent aussitôt sous le charme de ce Robinson Crusoé affamé et un peu paumé et décident de lui venir en aide en lui apportant des vivres et du matériel.

Dégourdis, les deux gamins ont tôt fait de découvrir la raison pour laquelle celui qui se fait appeler Mud se cache dans la forêt : il attend la belle blonde dont il a tué le bad boy-friend dans un accès de rage amoureuse, pour s’échapper avec elle sur un bateau qu’il veut remettre à flot avec l’aide de ses jeunes acolytes.

Sous l’emprise charismatique de ce mystérieux mentor, Ellis et Neckbone ficèlent, à l’insu de leurs parents et de la police, un plan pour réunir les deux tourtereaux et leur permettre de s’enfuir en secret. Mais c’est sans compter les tueurs à gages embauchés pour retrouver Mud et l’éliminer à n’importe quel prix... dont ils devront déjouer la vigilance en s’embarquant dans une aventure qui les dépasse, mais qui va faire d’eux des héros en herbe.

Rite iniatique, éducation sentimentale, « Mud – Sur les rives du Mississippi » raconte le passage à l’âge adulte de deux adolescents en pleine turbulence hormonale, frappés de plein fouet par l’entrée dans la maturité et les masques qui tombent avec la vérité, mais qui voudraient bien croire encore un peu aux contes de fées...

L’amour peut-il durer toujours ? C’est la question qui sous-tend ce film, qui pouvait glisser facilement vers le mélodrame romantique sudiste, avatar contemporain d’Autant en emporte le vent... Mais Jeff Nichols, le réalisateur, esquive l’écueil avec brio, et s’il évoque bien les bouleversements d’un monde qui s’écroule (tel la maison sur le fleuve, démontée planche par planche), c’est en larguant les amarres du traditionnel cinéma hollywoodien pour apporter une bouffée – que dis-je ? une bourrasque ! - d’air frais et de liberté.

L’ardeur trépidante des deux garçons, le bronzage tatoué de Mud, le rythme soutenu de l’intrigue alimentée à bon escient par des piqûres de suspens et d’action savamment distillées, les envolées d’oies sauvages et les échappées de la caméra embrassant l’immensité sont autant de petits bonheurs qui vous secouent le cœur et vous donnent la bougeotte – l’envie d’attraper un sac à dos et de partir illico vers ces contrées sublimées par la photographie d’Adam Stone...

... pour tomber dans les bras de Matthew McConaughey (Mud), aventurier basané, campant avec talent un prince charmant transi en cavale. Mais s’il est un éloge à tisser, c'est celui de Tye Sheridan (Ellis) et Jacob Lofland (Neckbone), qui crèvent l’écran de leurs émois esquissés tout en finesse et de leurs regards qui percent et mettent à nu, et que nous saluons en attendant de les revoir bientôt dans d’autres rôles où ils pourront explorer plus loin encore l’immense palette de leur jeu d’acteurs.

Quant aux acteurs secondaires, ils ne sont pas en reste, peuplant le fond de cette fresque qui donne à voir une Amérique profonde et méconnue, où l’accent d'un anglais chaloupant se mêle aux mélodies mélancoliques d’un blues entonné à la tombée du soir, quand les filles vont racoler au bar, les gars sortent avec leurs pick-ups et les enseignes des motels s’allument en même temps qu’une explosion de couleurs pourpres à l’horizon...

Un univers qui n’est pas sans me rappeler l’Amazonie et ses crépuscules flamboyants, ses canopées luxuriantes, ses igapós miroitants, ses habitants humbles et accueillants, et la grande leçon de vie qu’elle charrie dans ses eaux.

Por-do-sol-15.jpg 

Partager cet article

Commenter cet article

Zora 26/09/2013 23:17

La thèse est finie?! Parce qu'il y a un autre film à voir absolument!!
http://www.youtube.com/watch?v=yE9GyJcVCdU
(: en version complète quelque part sur youtub.
My pleasure!

Zora 13/07/2013 15:32

Très chouette cette critique, même si je n'ai pas vu le film (ni envie de le voir. une remake de Huck Finn, qu'avec des blanc(he)s, ne valorisant pas vraiment l'image des femmes - désolée, une
filigrane c'est pas assez à mon avis, et oui, je manque d'humilité -, au XXIème mais sans le merveilleux humour de Mr Twain pour se rattraper, ça risquerait de me dégoûter des films avec Matt McCo.
à jamais.) Les français ont créé des histoires, d'achèvement de l'enfance/fracassement sur les rochers du monde des adultes, dans ce genre pas trop mauvaises. La guerre des boutons, Un indien dans
la ville... je pourrais encore les apprécier, en féministe trentenaire sans grande culture cinéphile. Bref, inutile d'entrer en débat ici, je n'ai pas vu ce film!
Je me réjouis de lire ces articles et de découvrir par la lorgnette du blog de la Passerelle des instantanés d'une pensée fine et ses écrits, fruits d'une plume élégante et originale. J'espère que
c'est pour bientôt, la fin de la thèse, pour voir apparaître de nouveaux articles! Bon accouchement et un très bel été.
En toute amitié,
Z.
:)

Passerelle 16/07/2013 09:23



J'avoue à mon tour n'avoir pas lu Huckleberry Finn (une lacune de plus à ma culture littéraire...), je ne peux donc que me sentir invitée à y plonger pour mieux répondre à ce
commentaire.


Je suis d'accord, "La Guerre des Boutons" est un bel exemple d'entrée fracassante dans le monde des adultes, mais "Un indien dans la ville", s'il m'a fait rire quand j'étais petite, ne m'a pas
laissé un souvenir mémorable... et je ne suis pas sûre que les personnages féminins, ridicules et caricaturaux à souhait, emportent l'adhésion des féministes, qu'elles soient trentenaires ou pas
!


Merci beaucoup pour ces compliments inattendus, qui me redonnent du coeur à l'ouvrage... Plein d'idées de posts fourmillent dans ma tête, et la fin de la thèse approche !


À bientôt alors, et bon été en attendant...



Claire 21/05/2013 12:22

Coucou, contente de voir que ton blog reprend vie.
J'ai vu ce film dimanche, et je l'ai aussi beaucoup aimé!
Par contre, j'ai trouvé qu'il était un peu trop "for boys", les femmes n'ont pas vraiment le beau rôle dans ce film: elles sont blondes, belles, volages et cruelles avec les hommes, qui savent
toujours tout leur pardonner. En va-t-il vraiment ainsi dans le réel? Du coup, même si j'ai passé un bon moment avec ce film, j'ai préféré Take Shelter, moins émouvant mais plus prenant et moins
marqué du côté masculin.
J'espère que la rédaction de ta thèse avance bien, on se reverra peut-être une fois l'accouchement fini ;)?

Passerelle 22/05/2013 13:06



La thèse avance, laborieusement... et j'ai bien besoin par moments de grands bols d'air comme celui-ci !


Merci pour ton commentaire, intéressant et qui m'a permis de réfléchir à un aspect du film que je n'avais pas pris en considération ; mais je ne suis pas forcément d'accord avec toi : à mon
(humble) avis, même si de manière plus discrète, les femmes sont bien présentes dans ce film, parce que finalement, si ces gros durs au grand coeur dépensent autant d'énergie, c'est bien pour les
séduire et s'en faire aimer !


Aimées, désirées, regrettées, protégées, mais aussi blessées, frustrées, vexées, humiliées... elles ont en commun d'être blondes, certes, mais pas dans la même nuance (!), et, du peroxydé au
cendré, se déploie toute une palette de sensibilités : volage et cruelle, Juniper est victime d'une errance auto-destructrice ; castratrice et maternelle, la mère d'Ellis est aussi ambitieuse et
vaillante ; capricieuse et populaire, May Pearl obéit aux lois tribales de l'âge ingrat...


Certes, ce sont leurs caractéristiques négatives qui ressortent le plus, mais à bien y regarder, et un peu à leur décharge aussi, ce sont aussi les fruits d'une société où la femme est encore
placée dans un statut d'objet-poupée ou de femme au foyer. Loin de moi l'idée d'accorder un poids démesuré au déterminisme environnemental, mais c'est aussi malheureusement une réalité de ces
régions, comme dans le Brésil profond, où femmes et hommes n'ont pas encore la même place, le même rôle, ni les mêmes droits...


Et puis, il y a aussi les femmes absentes, rêvées, fantasmées, chéries dans le souvenir... une présence en filigrane qui rétablit l'équilibre dans ce monde, oui, délibérément machiste, et qui
instille peut-être l'envie de faire bouger les choses.