La bossa nova : 50 ans, et pas une ride !
La « nouvelle bosse », c’est la douceur nonchalante du « samba » pimentée de rythmes jazzy, un style musical né dans les années 1950, et qui a depuis fait le tour du monde entier, emportant dans son sillon musiciens et chanteurs de toutes les nationalités.
Ce « nouveau truc » (« bossa nova » en portugais familier) inventé par João Gilberto et rapidement adopté dans leurs « bœufs » par des étudiants et de jeunes musiciens des quartiers d’Ipanema et de Copacabana à Rio, voulait marquer à l’origine une rupture avec la musique traditionnelle brésilienne et offrir une alternative aux oreilles brésiliennes, quand seuls régnaient sur la scène musicale « sambas » de type carnaval, avec force percussions, ou « samba-canção », de douces ballades romantiques voisines des « boléros » latino-américains.
Introduisant rythmes syncopés à la guitare et au piano, au contraire du « samba » traditionnellement binaire, un tempo plus lent, et une instrumentation plus présente, la bossa nova, que l’on a coutume de rapprocher du jazz, a recours en réalité à des constructions harmoniques plus proches de la musique classique, en particulier Debussy et Chopin.
(N’ayant pas ouvert un livre de solfège depuis une bonne dizaine d’années, je ne m’aventurerai pas à vous expliquer les extensions de gamme et autres subtilités techniques, de peur de me couvrir de ridicule et de faire grincer des dents les musicologues dignement qualifiés).
La Sainte-Trinité de la bossa nova est composée de João Gilberto (interprète), Antônio Carlos Jobim, dit Tom pour les intimes (compositeur) et Vinícius de Moraes (poète) : le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont réunis dans l’album « Chega de saudade », enregistré à Rio en 1958, mais vendu à São Paulo à partir de 1959, et qui regroupe les plus grands classiques de la bossa nova : « A garota de Ipanema », aujourd’hui légendaire, « Corcovado », « Desafinado », « So’ danço Samba », « O grande amor » e « Vivo sonhando ».
Mais autour de la triade patriarcale gravitent nombre d’artistes appartenant à des planètes musicales plus ou moins proches : samba, jazz, évidemment, mais aussi pop, drum’n bass, breakbeat, groove, swing et hip-hop insufflent à la bossa nova des sons nouveaux, et aux « vieux de la vieille » (Astrud Gilberto, Stan Getz, Sergio Mendes, Elis Regina, Baden Powell, Henri Salvador[1]…) a succédé une nouvelle génération de musiciens internationaux (Jazzanova, Gilles Peterson, Moonstarr, Zuco 103, Bebel Gilberto..) qui en renouvellent avec bonheur les accords.
Sans pour autant renoncer à la douce sensualité de cette caresse musicale où des voix feutrées susurrent des mots d’amour et de désamour sur des mélodies de velours…
[1] NB : le bruit court que ce serait Henri Salvador l’inventeur de la bossa nova ; mais le chanteur guyanais n’en a jamais revendiqué la paternité ! Arrivé au Brésil comme accompagnateur de Ray Ventura dans les année 1940 (donc bien avant la naissance de la bossa), il aurait simplement inspiré à Jobim les rythmes langoureux de la bossa :
« Tom Jobim est allé au cinéma où il a vu un film dans lequel je chantais Dans mon île, chanson que j’avais composée. Quand il l’a entendue, il s’est dit : « Tiens, c’est ça qu’il faut faire : ralentir la samba, mettre de belles mélodies et de beaux accords ». Je suis tout fier d’avoir inspiré Jobim, mais ce n’est pas moi qui ai inventé la bossa. »