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Ushuaïa

22 Mars 2010 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Avec un pied fonctionnel à moitié, la fatigue de la randonnée (n’étant pas des randonneurs réguliers, je crois que nous avons un peu exagéré la dose… mais, vu les paysages dont nous avons été gratifiés, aucun regret !), le programme modifié qui ne nous laissait finalement plus qu’un jour à Ushuaïa au lieu de deux, et la météo qui prévoyait des averses dans la journée, nous avons abandonné l’idée d’une randonnée au Parque Tierra del Fuego ou d’une excursion en bateau à la découverte de la faune locale – même si, je l’avoue, voir phoques, manchots et cormorans avant leur extinction définitive était tentant…

 

Nous avons donc préféré nous promener à travers Ushuaïa[1], admirant la baie depuis le bord de mer, buvant , lors des éclaircies intermittentes, les rayons d’un tendre soleil de pays froid, observant ces petites maisons en bois coloré, la fumée s’échappant des cheminées, les petits potagers dans un coin de terrain, les rideaux un peu passés, en crochet d’antan,  les hauteurs enneigées au loin, la zone portuaire en pleine activité, la rue commerciale bondée et ses vitrines trendy en cette haute saison touristique…


 

Ushuaïa 6

 

 

Ushuaïa 7

 

Ushuaïa est en effet devenue ces dernières années une destination très à la mode, attirant nombre de Porteños aisés en vacances ; heureusement, elle a conservé une atmosphère bien à elle, un charme discret, mais envoûtant, qui insinue peu à peu une envie tenace de rester quelques jours en paix, dans le creux de sa baie, à laisser le temps s’écouler sans chercher à lui courir après…

 

Prendre le temps de déambuler, de flâner, de feuilleter les beaux volumes d’une librairie cachée dans un recoin, de siroter un café face au poële d’un pub aux murs lambrissés…


 

Ushuaïa 4

 

Prendre le temps de discuter avec le vendeur d’une boutique d’artisanat, un gars bavard et passionné, qui apparemment ce jour-là avait besoin de parler, et d’écouter l’histoire romanesque d’un passé trouble et troué d’énigmes…

 

Prendre le temps de savourer, face à la baie vitrée et au panorama ensoleillé du restaurant Maria Lola Restó[2],


Ushuaïa 5


des plats de la gastronomie locale, mêlant présentation savante et saveurs rustiques, accompagnés d’un chardonnay bien frais : agneau de Patagonie et mille-feuille de pommes de terre, truite de Patagonie au beurre noir et risotto aux champignons et sauce au malbec, volcan de chocolat, magma de dulce de leche, lave de crème glacée et cendres de cannelle…


 

Cordero patagonico

 

 

Trocha patagonica

 

 

Vulcan de chocolate

 

Prendre le temps, pour digérer ce menu explosif, de faire la sieste sous la couette, et d’entendre une goutte, puis deux, puis toute une averse rebondir sur la gouttière, le doux soupir de la pluie balayer la rue, et envahir la ville d’une atmosphère mélancolique, comme une invitation à s’enfouir dans un cocon douillet…

 

Prendre le temps de se motiver pour affronter l’humidité, et traverser la ville sous les rideaux d’eau pour atteindre le Museo Maritimo à l’heure de la visite guidée, une plongée à plusieurs degrés dans le passé d’Ushuaïa : un regard, ni voyeur ni indécent, mais simplement curieux et interrogatif, sur les cartes anciennes de la Terre de Feu à l’époque des grandes explorations (quand on croyait encore qu'Afrique et Amérique ne formaient qu'un seul continent relié par la terre ferme), sur les photos des Indios Yaghan décimés par les colons européens[3], sur les cellules de l’ancien pénitentiaire[4], sur les maquettes des expéditions scientifiques en Antarctique[5]

 

 

Prendre le temps de s’immerger dans cet univers entouré de légendes, enveloppé d’une aura mythique et, peut-être, touché par un sortilège secret…


 

Ushuaïa 1

 



[1] Prononcer « Oussou-a-ya », les hispanophones ne disposant pas du son [∫].

 

[2] Maria Lola Restó : Deloqui 1048 (9410) Ushuaia - Tierra del Fuego ; Tel. : 0054 (29) 0142-1185 ; http://www.marialolaresto.com.ar/

 

[3] « En 1870, la South American Missionary Society (société missionnaire britannique) décida de s’intéresser au sort des Yaghan, peuple des « canoës » que Darwin qualifia de « forme d’humanité la plus primitive sur Terre », et fit d’Ushuaïa son premier avant-poste permanent en Terre de Feu. Après avoir vécu 6000 ans sans aucun contact avec le monde extérieur, les Yaghan furent victimes des épidémies apportées par les Européens et virent leurs territoires grignotés par les chasseurs de phoque, les colons et les chercheurs d’or. De ces Indiens, seuls restent quelques objets, des concheros (talus de coquilles et mollusques) et le célèbre dictionnaire de la langue yaghan de Thomas Bridges, publié en 1899. » (extrait du guide Lonely Planet, édition 2008)

 

[4] « De 1884 à 1947, suivant l’exemple de la France avec la Guyane, l’Argentine transforme Ushuaïa en bagne et y fait enfermer, comme sur la lointaine Isla de los Estados, ses criminels les plus dangereux ainsi que ses opposants politiques. En 1906, la prison militaire fut aussi transférée à Ushuaïa, combinée en 1911 avec la Carcel de Reincidentes, dans laquelle les récidivistes civils étaient incarcérés depuis 1896. » (extrait du guide Lonely Planet, édition 2008)

 

[5] « Depuis 1950, Ushuaïa est devenue une importante base navale, et son port accueille un nombre croissant de bateaux à destination de l’Antarctique. » (extrait du guide Lonely Planet, édition 2008)

 

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