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« Une visite inopportune » de Copi

17 Novembre 2011 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Au théâtre ce soir

Un homme en robe de chambre danse en tenant dans ses bras une poupée gonflable customisée avec des ailes rose fuschia. Il suit le rythme d’un scratch métallique évoquant davantage Pink Floyd mixé par un DJ inspiré à Montserrat Caballé que les valses de Vienne, avant de s’écrouler, dans une toux rauque et étouffée, sur son lit d’hôpital faiblement éclairé par un néon glauque.

Cyrille, vieil acteur narcissique, égoïste, séducteur et cynique à ses heures, homosexuel notoire, malade du sida, fête son anniversaire. Entouré de son meilleur ami, Hubert, et de son infirmière, il reçoit la visite d’un journaliste venu l’interviewer, et d’une étrange cantatrice répondant au noble nom de Regina Morti (époustouflante Jessica Dalle).

Une visite inopportune, la dernière et délirante pièce de Copi, présentée hier soir à l’Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle par la Compagnie Granabeach, est une bruyante bacchanale, qui s’apaise parfois en des pauses suspendues qu’on dirait teintées de tendresse si une réplique cinglante ne venait trancher dans le vif, comme le monstrueux couteau à rosbif avec lequel Regina se fera hara-kiri, l’éphémère douceur d’un sourire ou d’un mot doux à peine esquissé.

La tonalité iconoclaste de la première scène, fidèle à la verve caricaturale des dessins que Copi publiait dans Hara-Kiri et Charlie-Hebdo, rebondira par ricochets tout au long de la pièce, s’infiltrant dans des dialogues à la limite de l’absurde, explosant dans des situations grotesques, débordant dans des postures obscènes, pour composer une joyeuse sarabande. Entre cotillons et fumées d’opium, cuisses de poulet voltigeantes et puissantes envolées lyriques de belcanto, l’acteur, pris au piège au milieu d’une véritable cage aux folles, tentera de rassembler les bribes de sa vie, pour préparer sa sortie de scène.

Derniers instants d’un être double, homme-acteur, homme-amant, rarement homme-ami, clown triste maquillé de blanc. On rit, beaucoup, emportés par un rythme soutenu de répliques qui fusent, et par le talent de ces jeunes acteurs pleins d’énergie dont on sent l’inexpérience, encore, mais du potentiel, sans aucun doute ; et au milieu, tel un roi Lear distribuant son testament, Bernard Vergne incarne avec force ce vieillard coquet, dévoré par l’angoisse et la solitude, qui ne regrette qu’une chose : n’avoir pas pu briller de tous ses feux en Richard III.

D’aucuns ont voulu voir en lui un alter-ego de Copi livrant son examen de conscience au seuil du dernier grand pas. Il y a, certes, une dimension autobiographique dans l’évocation de la bohème subversive et homosexuelle du Paris d’après-guerre et des années 60-70 ; mais l’écrivain et dramaturge argentin (de son vrai nom Raul Damonte Botana) chercha sans doute davantage à évoquer une vaste condition humaine, sur laquelle le metteur Simon Pons-Rotbardt, assisté de Sébastien Elvira, a choisi de placer son projecteur :

« Mettre en scène Une visite inopportune est une fête. Dans un univers saturé de fastes, d’objets insolites et de situations célestes, l’homme se raconte dans son universalité, doute et cherche une issue joyeuse à sa maladie. Copi imagine une comédie délirante où tout est permis, surtout le mot, déshinibé et les situations qui ne s’éternisent pas ; dans cette œuvre follement complexe, les fantômes d’opium apparaissent, tombent, se droguent, mentent, jouissent et vivent ensemble un dernier opéra, toujours lilas. »

Dernier opus de Copi, en tous cas, qui mourut en pleine répétition de la pièce, le 14 décembre 1987. Mais que le public se rassure : comme le dit si bien Hubert à Cyrille, « C’est la vie de théâtre : quand c’est fini, c’est pour recommencer » !

 

une visite inopportune

 

Une visite inopportune, de Copi, mis en scène par Simon Pons-Rotbardt , le 1er et 2 décembre 2011 à 20h au Théâtre de Verre, 17 rue de la Chapelle 75018 Paris – Métro Marx Dormoy (Ligne 12) / Bus 60.

 

 

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Petterson 18/11/2011 12:04

Poxa, o texto ficou fenomenal. Dá mesmo vontade de ver a peça.
Se eu escrevesse assim, como você, deixaria de escrever textos chatos e passaria a escrever romances e peças de teatro :-)