Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Turin, écrin alpin

10 Novembre 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

D’abord, ce fut Turin.

 


 

J’avais eu l’occasion, il y a deux ans, de découvrir rapidement cette ville au charme à la fois majestueux et discret, bien loin de la cité industrielle grise et déprimante que je m’étais imaginée… Certes, le déclin de l’industrie (automobile en particulier) et la nécessaire réorientation vers des activités tertiaires et touristiques, ainsi que l’accueil des JO d’hiver en 2006, n’y sont certainement pas pour rien… Mais le fait est que Turin constitue, à quelques heures seulement de la frontière française, une porte d’entrée élégante de la péninsule italienne, où les pendules sont déjà à l’heure de la « dolce vita ». L’idéal pour une brève escapade : moins monumentale que Rome, moins romantique que Venise, moins classique que Florence, moins déconcertante que Naples, moins idyllique que Palerme, mais non moins accueillante et pleine de vie…

 

Et cela s’est confirmé lors de mon retour : j’ai retrouvé les grandes places aux statues imposantes, les édifices aux façades néo-classiques, les frontons aux allégories mythologiques, tout l’apparat de la puissante dynastie des rois de Piémont-Sardaigne, classé au Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'Unesco en 1997 :




mais aussi, les petites galeries style art nouveau, les cafés historiques,

 


les romantiques patios cachés derrière les lourdes portes cochères, et les « portici », ces élégantes arcades qui longent les rues et que les Italiens arpentent, un sac d’emplettes dans une main et un téléphone portable dans l’autre, avec la démarche chaloupée et racée qui est la leur… 


 

Outre des boutiques bien achalandées, Turin offre plus d’une attraction. Et, en particulier, deux musées qui font sa célébrité : le Museo Nazionale del Cinema et le Museo delle Antichità Egizie.

 

Le Musée Egyptien de Turin est, comme celui du Caire, consacré exclusivement à l’art et à la culture de l’Egypte antique. Il est constitué d’un ensemble de collections qui se sont superposées dans le temps, et auxquelles ont été ajoutées les pièces rapportées des fouilles menées en Egypte par la Mission Archéologique Italienne entre 1900 et 1935[1]. De nombreux chercheurs s’y rendent pour étudier ses collections, confirmant ce que Champollion, lui-même venu à Turin en 1824, écrivit : « La route de Memphis et de Thèbes passe par Turin ». Pour les amateurs d’antiquités égyptiennes, c’est un incontournable ; et pourtant, on reste sur sa faim. Certes, les collections sont d’une incroyable richesse ; mais leur présentation laisse un peu à désirer : amulettes sagement alignées dans des vitrines, papyrus déroulés sous verre et terres cuites banalement exposées… l’on croirait être revenu dans un musée des années 1950 ! Hormis, peut-être, les deux grandes salles dédiées à la statuaire, où le jeu élégant de l’obscurité, des lumières et des miroirs donne une gravité solennelle et majestueuse à Horus, Thot et Sekhmet…



La muséographie actuelle a prouvé qu’elle savait rendre des collections, si antiques soient-elles, bien plus dynamiques et attrayantes ; c’est le cas, par exemple, d’un autre grand musée de Turin, le Museo Nazionale del Cinema.

 

Ce dernier est né d’un projet de Maria Adriana Prolo, historienne et collectionneuse ; inauguré en 2000, il est reconnu comme l’un des musées les plus importants au monde pour la richesse de ses collections ; et, en effet, un cinéphile s’y perdrait ! Le parcours fait remonter à la genèse du cinéma : jeux d’ombres, lanternes magiques et illusions d’optiques sont exposés de manière ludique et didactique à la fois ; tourne, tourne la manivelle, les personnages s’animent et les enfants sont ravis ! L’on traverse ensuite l’histoire du cinéma, illustrée par de petites mises en scène avec déco rétro et morceaux de films célèbres ; le long du mur, des photos en noir et blanc, retraçant l’âge d’or de la comédie américaine, l’épopée du néoréalisme italien, la nouvelle vague française… Marcello Mastroianni nous adresse son sourire ravageur, Marilyn se déhanche avec effronterie, Humphrey Bogart (Boogie) est sombre et songeur, Sofia Loren rayonnante, Fellini de dos avec son chapeau, et les âmes de ces grands faiseurs de drames semblent hanter cet édifice au passé mystérieux. Car avant d’abriter le Museo Nazionale del Cinema, la Mole Antonelliana, symbole de la ville et ambitieuse construction, fut projetée en 1862 par Alessandro Antonelli comme temple israélite ; les travaux, interrompus, reprirent en 1878, avec la construction au-dessus de la voûte d’une chambre de granit, sur laquelle reposent une lanterne à deux étages et un très haut cône surmonté d’une flèche ;


 

un génie ailé acheva l’œuvre en 1889, quand la direction du chantier fut passée à Costanzo Antonelli, fils du défunt architecte. La Mole, avec ses 163,35 mètres de hauteur, est le plus haut édifice de maçonnerie au monde. Un ascenseur panoramique permet d’accéder au sommet, d’où l’on peut admirer un magnifique panorama : Turin à 360° et les Alpes aux crêtes enneigées, au loin…

 

 

Sans aller jusqu’en haute montagne, ceux qui auraient envie de se mettre au vert peuvent se rendre au Parco del Valentino : un grand parc d’une superficie de 500 000 m2 sur la rive du Po, le fleuve qui baigne Turin. L’origine du nom est incertaine : d’aucuns le font remonter à Saint Valentin parce que les reliques de ce jeune martyr de 1200 sont conservées depuis 1700 dans l’église de San Vito (sur la colline qui fait face au parc), où elles ont été transférées suite à la destruction d’une petite église proche du parc ; d’autres affirment que, dans un croisement singulier de mémoire religieuse et de mondanité, c’était la coutume de célébrer dans ce parc, le 14 février, une fête galante où toutes les dames appelaient leur cavalier « Valentin ». Ce parc fut aménagé en 1630 et sans cesse amélioré, en particulier par le paysagiste français Barillet, qui y dessina des allées, des bosquets, des vallées artificielles, un petit hippodrome et un petit lac qui, l’hiver, était asséché pour servir de patinoire. Le Parco del Valentino accueillit les grandes Expositions Internationales de 1884, 1898, 1902, 1911, et 1928. Aujourd’hui, l’on y croise joggeurs, cyclistes, rollers, couples enlacés, familles plus ou moins nombreuses, lecteurs solitaires, bandes d’adolescents, dispersés dans les allées et sur l’herbe, pour pique-niquer, jouer, dormir, rêvasser, se bécoter…




ou écouter un grand black jouant du jazz sur un clavier électrique : accords sympathiques teintés de blues, rythmes dynamiques scandés par le public, on repart le cœur léger pour une « passeggiata » le long du Po, prélude à une belle soirée : la « dolce vita », quoi !


 



[1] A l’époque, il était prévu que les pièces devaient être réparties entre l’Egypte et les missions archéologiques ; aujourd’hui, les pièces doivent rester en Egypte.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article