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Triasik Park : Ischigualasto

31 Mai 2010 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Il fait à peine jour et la rosée couvre encore les vitres du mini-bus qui nous mène de San Agustín de Valle Fértil au Parque Provincial Ischigualasto, à une petite heure de route, toujours dans la province de San Juan ; le soleil se lève peu à peu sur la pampa, disque doré se détachant sur un doux fond rose et l’ombre de la sierra… sur le chemin, un troupeau de chèvres paisse tranquillement en bord de route, des ânes et des chevaux en liberté traversent nonchalemment la chaussée, obligeant le chauffeur à freiner parfois brusquement pour épargner ces insouciants promeneurs ; ici et là, des maisons en pisé, avec des enclos pour la volaille et les ânes, seule richesse au milieu d’un total dénuement.

 

Provincia de San Juan 4

 

Provincia de San Juan 5

 

Nous arrivons au parc Ischigualasto[1], un site préhistorique déclaré “Patrimoine de l´Humanité” par l’UNESCO en 2000, avec le site voisin de Talampaya : ces parcs sont en effet le seul endroit de la planète où se trouve représentée la séquence complète de sédiments continentaux de la période Triasique de l’Ère Mézozoïque.

  

Parque Ischigualasto 1

 

L’Ère Mézozoïque, qui commença il y a 225 à 250 millions d’années, fut caractérisée par l’expansion des reptiles, et en particulier des dinosaures, qui disparurent à la fin de cette ère. Ischigualasto représente la première des périodes qui composent cette ère géologique, la période appelée Triasique, qui dura entre 45 et 50 millions d’années[2] : on y a en effet découvert de nombreux restes d’animaux et de plantes qui peuplaient la terre à cette époque, ainsi qu’une grande quantité et varieté de fossiles, parmi lesquels l’Eoraptor Lunensis, considéré comme le dinosaure le plus primitif du monde : ces fossiles sont exposés au Museo de Ciencias Naturales, accompagnés d’explications claires et pédagogiques sur la reconstitution des maquettes et sur l’environnement biologique et géologique.

 

Après la période triasique, la zone fut recouverte lentement par d’autres couches de roches, jusqu’à ce que, il y a environ 65 millions d’années, un choc de plaques produise une forte pression provoquant, entre autres, la naissance de la Cordillère des Andes. La même pression se répercuta à l’intérieur du continent et poussa les sédiments qui couvraient la zone d’Iscchigualasto-Talampaya contre les Sierras Pampeanas, laissant à découvert une séquence complète de sédiments continentaux de la période triasique.

 

Parque Ischigualasto 6

 

La région est caractérisée par un climat chaud (35°C en moyenne en été et 20°C en hiver), avec une forte amplitude thermique (diurne et saisonnière), et très peu de précipitations (150 à 170 mm en moyenne par an), sauf au moment de la saison des pluies, en été, où, en présence de pluies très abondantes et très violentes, le niveau de l’eau peut s’élever jusqu’à 2 mètres de hauteur, formant de véritables fleuves ; mais ce phénomène est aussi bref qu’intense, et au bout de quelques tours la sécheresse revient pour toute l’année.

 

La faune et la flore qui peuplent ce désert sont particulièrement adaptées à ce climat : on y rencontre ainsi des guanacos (une sorte de petits lamas), des zorros (“renards”),

 

Parque Ischigualasto - Zorro

 

des pumas, des liebres patagónicas (“lièvres patagons”),

 

Parque Talampaya - Liebre patagonica

 

de petits rongeurs, ainsi que des oiseaux comme le cóndor, le ñandú, la chuña,

 

Parque Talampaya - Chuña de las patas negras

 

et des reptiles comme la víbora (“vipère”), la culebra (“couleuvre”) et une grande varietés de lagartos (“lézards”) – entre autres. La végétation est composée de différents types de chardons et de cactus ;

 

Parque Ischigualasto 9

 

l’arbre caractéristique de la région est l’algarrobo, dont les populations locales recueillent les fruits pour en tirer un jus aux propriétés curatives.

 

Parque Talampaya - Algarrobo 1

 

Le parc Ischigualasto est reconnu pour sa valeur scientifique, mais également pour ses paysages impressionnants, ses roches aux formes capricieuses, résultat de l’érosion du vent et de la pluie à travers le temps, qui attirent chaque année plus de 70 000 visiteurs. Le circuit touristique, que l’on ne peut parcourir qu’accompagné par un guide, s’étend sur 42 km, scandés par 5 étapes, dont le nom est censé désigner la forme évoquée par la roche (mais chacun est libre d’y voir autre chose selon sa propre imagination…) :

 

1)      “El Gusano” (“Le Ver de terre”) : formé de deux couches géologiques, dont la première indique, d’après des études au carbone 14, que l’endroit devait être auparavant un lieu humide (marais ou lac) ;

 

Parque Ischigualasto - El Gusano 1

 

2)      “El Valle Pintado” (“La Vallée Colorée”), également appelé “Valle de la Luna” (“Vallée de la Lune”), qui rappelle justement les paysages lunaires par ses vallons aux stratifications minérales de diferentes couleurs ;

 

Parque Ischigualasto - Valle Pintado 7

 

3)      “La Cancha de Bochas” (“Le Terrain de boules”) : ces boules de pierres, formées naturellement par un phénomène géologique (que, sincèrement, je serais incapable de vous réexpliquer), sont présentes dans le parc entier, mais elles ont été regroupées articiellement dans cette enceinte pour des raisons de conservation et préservation (nombre d’entre elles avaient en effet disparu), formant ainsi un étrange terrain de pétanque ;

 

Parque Ischigualasto - Cancha de bochas 2

 

4)      “El Submarino” (“Le Sous-marin”) ;

 

Parque Ischigualasto - El Submarino 1

 

5)      “El Hongo” (“Le Champignon”) : résultat évident de l’érosion du vent.

 

Parque Ischigualasto - El Hongo 1

 

Au loin, une falaise large de plusieurs kilomètres présente de larges stries verticales, résultat, cette fois, de l’érosion des pluies. La roche prend à cet endroit des teintes différentes : rouge, blanc, gris, ocre, vert-de-gris s’alternent et se superposent, créant ce qui a été baptisé “Barrancas coloradas” (“Canyons colorés”).

 

Parque Ischigualasto - Barrancas coloradas 2

 

Parque Ischigualasto - Cerro Morado

 

Le paysage de ce vaste désert est en effet impressionnant, et avec ses formations géologiques étranges, sa composition minérale, sa végétation presque inexistante, on se croirait vraiment débarqué sur la lune… le parc organise d’ailleurs des excursions nocturnes lors des nuits de pleine lune : s’il doit être difficile alors de percevoir les différentes et fascinantes nuances chromatiques de la roche, la lumière métallique de la pleine lune doit certainement créer une atmosphère très particulière, un brin surnaturelle…

 

 

Parque Ischigualasto 7

 


 


[1] http://www.ischigualasto.org/

[2] Les deux autres périodes de l`Ère Mézozoïque sont, dans l’ordre chronologique, le Jurassique et le Crétacique.

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