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Saga gourmande : le maracuyá

15 Décembre 2011 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Papilles & Pupilles

« Vas-y Francky c'est bon

Vas-y Francky c'est bon bon bon

Fruit de la passion / J'aime quand tu touches
Fruit de la passion /Ah ! c'est super
Fruit de la passion / Francky c'est génial
Fruit de la passion / Ton dessert mon amour
Fruit de la passion / Décidément c'est dément
Fruit de la passion / Quelle aventure !
Fruit de la passion / Ça me fait soupirer
Fruit de la passion...

 

Vas-y Francky c'est bon
Vas-y Francky c'est bon bon bon »

 

Qui n’a jamais tenté, emballé par la fièvre du dancefloor, d’égaler les stars du zouk du début des années 90 par un déhanché digne des plus sensuelles créoles ? Qui ne s’est pas laissé tromper par l’évocation aguicheuse d’un fruit de la passion chargé de sous-entendus érotiques ?

 

S’il savait, le pauvre Francky Vincent, que le fruit de la passion ne désigne aucunement, par son origine étymologique, l’engouement charnel dont il s’est fait le chantre grivois, mais un sujet bien autrement sacré, la Passion du Christ :

 

le fruit de la passion (ou maracuya) est originaire d'Amérique du Sud (Brésil) et son nom lui a été donné par les missionnaires jésuites ; la fleur de la passion ou passiflore servait à imager la Passion du Christ auprès des Indiens, car le pistil, et la corolle, par leur forme et leur disposition,  rappelaient la couronne d'épines et les clous de la Crucifixion[1]

 

Le maracuyá (Passiflora edulis) est en effet une plante grimpante native des régions subtropicales d’Amérique, où il est aujourd’hui produit à grande échelle – la fleur du maracuyá est d’ailleurs la fleur nationale du Paraguay. Son nom serait une déformation du guaranímburucuya”, étymologiquement “mberu kuja, “éleveur de mouche” : le nectar, doux et sucré, produit par la plante, attirerait les mouches qui viendraient y pondre leurs œufs ; autre hypothèse : l’intérieur du fruit, avec ses graines noires, rappelerait un essaim de mouches.

 

flor-pasionaria-flor-de-la-pasion

Les feuilles et fleurs du maracuyá se consomment en infusion, et le fruit à la petite cuillère, ou en jus, confitures, vinaigres et autres préparations culinaires répandues et appréciées dans toute l’Amérique Latine.

 

MM-Maracuj-.jpg

S’il savait donc, le pauvre Francky, disions-nous, qu’au Brésil le maracuyá ne sert pas à exciter les ardeurs du mâle en rut et de la femelle en chaleur, mais plutôt à calmer, apaiser par ses vertus sédatives, et faire dormir, comme un vulgaire pisse-mémé ? C’est d’ailleurs un remède indiqué contre les problèmes d’insomnie, les douleurs menstruelles ou musculaires, les spasmes intestinaux… quand il n’est pas associé à la cachaça pour offrir une savoureuse variante de la caipirinha (traditionnellement au citron vert, limão), LE cocktail national brésilien.

 

Total contre-sens, donc, dont on ne tiendra pas rigueur au chanteur guadeloupéen vu la portée hautement intellectuelle des paroles de ses chansons, plutôt destinées à chauffer la salle en délire qu’à élire leur auteur à l’Académie Française.

 

À sa décharge, il a pu être induit en erreur par les associations diablement excitantes pour les papilles (et les hormones) que sont les mélanges de maracuyá et de chocolat (ingrédient voluptueux s’il en est), assez courantes sur le continent sud-américain ; mais nous retiendrons, nous, cette recette très simple qui m’a souvent été servie au Brésil (attention, les Brésiliens ayant le bec très sucré, elle pourra paraître trop sucrée à certains palais européens) : la mousse de maracuyá.

 

Mousse de maracuyá

 

Ingrédients (pour 4 à 6 personnes) :

-         1 boîte de lait concentré sucré

-         1 briquette de crème liquide

-         1 verre de jus de maracuyá

 

Mélanger tous les ingrédients, verser dans des coupes ou ramequins, et placer au réfrigérateur quelques heures : c’est prêt !

 

Mousse de maracuya



[1] Cristina Marinas, “L'amérique dans la nature morte espagnole”, in Pascale Budillon-Puma (dir.), Tomate et Chocolat. Usages alimentaires et créolisation culturelle, Paris, Michel Houdiard Éditeur, 2008, 106 p.

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