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Patricia Aballay : le chant de la Terre, en couleurs

23 Décembre 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Baz'arts

Formée à La Rioja, une ville du Nord-Ouest de l’Argentine, Patricia Aballay travaille et enseigne à Buenos Aires, en collaboration avec diverses institutions artistiques, et des associations comme les « Abuelas de la Plaza de Mayo ». Elle a présenté son travail dans de nombreuses expositions, individuelles et collectives, principalement en Argentine, mais aussi à l’étranger (Equateur), et expose tous les dimanches à la Fiera de San Telmo, Calle Humberto Primo.

 

Ses aquarelles et ses peintures à l’acrylique dénotent un travail extraordinaire sur la couleur et la géométrie ; les formes se découpent et s’encastrent dans un fondu de nuances délicatement esquissées, et les personnages se détachent avec une expressivité touchante : des figures peu marquées, mais puissantes, qui s’incrustent dans les courbes et les lignes ou s’en dégagent. Une inspiration qui mêle des influences indigènes et africaines, et exploite le thème de la maternité, de la féminité, de la souffrance et de la solitude avec un pinceau discret, silencieux, et touchant.


 

Patricia-Aballay.jpg

 

“...lo primero que veo es el color de la tierra y también su forma difuminada. Es la tierra donde resuena el largo, triste, uniforme y melodioso canto de los vidaleros, un canto que recorre el mapa del llano y de la altura. El mapa de la soledad, de la callada lejanía, del cielo puro, azul, infinito. El mapa del viento que nos cierra los ojos para evitar el roce de la greda a veces rojiza u ocre, levantándose como  en ofrenda o clamor a lo alto.


Patricia pinta, dibuja y pinta figuras, apenas con los rasgos esenciales y el mismo color de su entorno. A veces el azul del cielo y de los sueños baja a colorear sus ropas sencillas; otras es el rojo de la sangre que bulle en sus entrañas a pesar de la aparente indiferencia; o del fuego que se alza en el canto. Casi nunca un verde en la encendida aridez. Patricia pinta figuras nuestras, propias del pueblo lejano en la geografía y en el sentimiento,  desconocido, natural, sin maquillaje.


Hombres y mujeres abrazando la caja, están aquí, con su canto que es grito cuando deben gritar; rezo cuando quieren rezar y llamada y dolor y esperanza. Están aquí en las acuarelas de Patricia con sus ojos entrecerrados, mirando hacia el horizonte como si buscaran allí un futuro que se les niega o un pasado que le han querido borrar para hacer mas pesado el presente que soportan.


Vidaleros, cantores de un paisaje increíble y misterioso. Vidaleros, voces del corazón que repiten el canto de estas tierras y estas piedras que seguramente hablarían si ellos callaran. Vidaleras, mujeres de alma inmensa, mujeres solitarias, silenciosas. Voces que claman en el desierto. Voces conformadas por los reclamos acallados, censurados, desoídos, olvidados de los hombres que ahogan su pena en la botella; de las mujeres encorvadas sobre la batea del pan o de la ropa; o del mortero monótonamente golpeado como si fuera otra caja.


Voces de niños hambrientos, desnudos, descalzos, mirando con toda la tristeza, esperando e interrogando. Esto es lo que puede sentirse al mirar las acuarelas de Patricia.  Por eso pienso que las mismas deberían colocarse en todas las esquinas de las grandes ciudades, para que al enfrentarlas abandonemos tanta inútil fantasía; para que despertemos de ese sueño de inexistente grandeza en que se nos ha sumido tan irresponsablemente y comprendamos la doliente realidad de nuestros hermanos.”


“... La première chose que je vois, c’est la couleur de la terre et aussi sa forme estompée. C’est la terre où résonne le large, triste, uniforme et mélodieux chant des vidaleros, un chant qui dessine la carte des plaines et des hauteurs. La carte de la solitude, de l’éloignement silencieux, du ciel pur, bleu, infini. La carte du vent qui ferme nos yeux pour éviter le frottement de l’argile parfois rougeâtre ou ocre, se levant comme une offrande ou une clameur vers le haut.


Patricia peint, dessine et peint des figures, seulement avec les traits essentiels et la même couleur qui celle qui les entoure. Parfois, le bleu du ciel et des rêves descend colorer leurs vêtements simples ; pour d’autres, c’est le rouge du sang qui bouillonne dans leurs veines, malgré l’apparente indifférence ; ou du feu qui s’élève dans le chant. Presque jamais un vert dans l’aridité incendiée. Patricia peint des figures qui sont nôtres, propres du peuple lointain par la géographie et par le sentiment, méconnu, naturel, sans maquillage.

 

Hommes et femmes embrassant le cercueil, ils sont là, avec leur chant qui est un cri quand ils doivent crier ; une prière quand ils veulent prier et un appel et une douleur et un espoir. Ils sont là dans les aquarelles de Patricia avec leurs yeux entrouverts, regardant vers l’horizon comme s’ils cherchaient là un futur qui leur est nié ou un passé qu’ils ont voulu effacer pour rendre plus lourd le présent qu’ils supportent.


Vidaleros, chanteurs d’un paysage incroyable et mystérieux. Vidaleros, voix du cœur qui répètent le chant de ces terres et de ces pierres qui certainement parleraient s’ils se taisaient. Vidaleras, femmes à l’âme immense, femmes solitaires, silencieuses. Voix qui clament dans le désert. Voix conformées par les appels réduits au silence, censurés, ignorés, oubliés, par les hommes qui noient leur peine dans la bouteille ; des femmes courbées sur le baquet du pain ou du linge ; ou du mortier frappé de coups monotone comme s’il était un autre cercueil.


Voix d’enfants affamés, nus, pieds nus, regardant avec toute la tristesse, espérant, et interrogeant. C’est ce que l’on peut ressentir en regardant les aquarelles de Patricia. C’est pour cela que je pense qu’on devrait les placer à chaque coin de rue des grandes villes, pour qu’en les rencontrant nous abandonnions tant de fantaisie inutile ; pour que nous nous réveillions de ce rêve de grandeur inexistante dans laquelle nous avons plongé de manière si irresponsable, et que nous comprenions la douloureuse réalité de nos frères. »


Commentaire d’Alba Lanzillotto, Secrétaire de l’Asociación Abuelas de Plaza de Mayo - Buenos Aires, 2000


Ce témoignage en dit long sur la force qui se dégage de l’œuvre de Patricia Aballay, sur le monde qu’elle fait exister sur ses toiles et les voix étouffées qu’elle y fait parler. Bien qu’une reproduction ne rende jamais vraiment un original, vous pourrez vous faire une idée du parcours et du travail de Patricia sur son site : www.patriciaaballay.com.ar.

 

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