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« Malvinas Argentinas » (?!)

29 Mars 2010 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Incongruités

On serait bien restés plus longtemps à Ushuaïa… mais tout a une fin, et nous avons plié bagages pour regagner Buenos Aires. L’aéroport d’Ushuaïa étant tout près de la ville, nous avons opté pour y aller à pied, profitant d’une dernière vue sur la baie et d’un dernier grand bol d’air frais, le visage battu par le vent froid d’une journée grise et pluvieuse…


 

Ushuaïa 8

 

Et quelle ne fut pas notre surprise en arrivant à l’aéroport d’Ushuaïa, de découvrir qu’il avait été baptisé… « Malvinas Argentinas » !


 

Aeropuerto-Malvinas-Argentinas-copie-1.JPG


 

Les « Islas Malvinas » (« Iles Malouines » en français, « Falkland Islands » en anglais) forment un archipel d’une superficie de 12 173 km², au sud de l’océan Atlantique, à l’est du détroit de Magellan, qui réunit environ 200 îles réparties en deux régions : East Falkland (Falkland orientale) et West Falkland (Falkland occidentale).

 

Géologiquement, les îles Malouines font partie de la Patagonie et sont reliées au continent sud-américain par un plateau marin. Géographiquement, elles sont situées à 485 km des côtes argentines, et 15 000 km de la Grande-Bretagne ; et pourtant, elles constituent un territoire britannique d’outre-mer (« Overseas Territory of the Falkland Islands »), bien que l’Argentine ne cesse de les revendiquer comme faisant partie de son territoire national, et réclame le nom de « Malvinas » comme dénomination internationale.

 

C’est d’ailleurs un sujet sur lequel il vaut mieux ne pas plaisanter ici, la Guerre des Malouines de 1982 et la dramatique débâcle argentine étant encore fraîches dans des mémoires restées à vif.

 

Tout a commencé au XVIè, quand les Espagnols et les Britanniques se disputaient déjà la découverte des îles, attribuée à Esteban Gomez en 1520 par les Espagnols, et à John Davies en 1592 par les Britanniques. Deux siècles plus tard, en 1763, le français Louis-Antoine de Bougainville prit possession de la Falkland orientale au nom de Louis XV et y fonda une colonie d’Acadiens chassés du Canada par les Britanniques, auxquels s’ajoutèrent par la suite d’autres colons venus de Saint-Malo (d’où le nom de « Malouines »). En 1765, des Britanniques s’installèrent sur la Falkland occidentale. Les Espagnols, estimant que les Malouines relevaient de leur vice-royaume de Lima, réclamèrent la propriété de l’archipel : pour ne pas entrer en guerre avec l'Espagne alliée, Louis XV céda ses droits et vendit la colonie aux Espagnols. Les Britanniques, quant à eux, quittèrent l'archipel en 1774, pour des raisons économiques.

 

Les Islas Malvinas restèrent donc espagnoles jusqu’en 1811. Quand, en, 1816 l’Argentine se libéra de la tutelle espagnole, les Argentins, estimant que le nouvel Etat héritait automatiquement de tous les droits espagnols de la région, installèrent un gouverneur et une petite colonie pénitentiaire aux Malouines. En 1833, face à la menace américaine, les Britanniques reprirent les Malouines aux Argentins et expulsèrent les habitants ; les Malouines prirent donc officiellement le nom de « Falkland Islands » et le statut de « colonie britannique » en 1837.

 

Une longue période de paix s’ensuivit, pendant laquelle les insulaires, de plus en plus nombreux, composés d’anglais et d’écossais, de gauchos et de marins désœuvrés, se dédièrent à l’élevage de moutons, constituant une importante source de matière première pour l’industrie de la laine alors en plein essor en Europe – la Falkland Islands Company (FIC) devint d’ailleurs le principal propriétaire terrien de l’archipel. Mais l’Argentine ne cessait de revendiquer ses droits sur le territoire.

 

Au milieu des années 1960, des négociations se mirent en place au sein des Nations Unies afin de régler ce conflit d’intérêts. Elles n’avaient pas encore abouti, quand, en avril 1982, les forces armées argentines envahirent et occupèrent les îles pendant environ dix semaines tentant de régler la situation par la force. Les combattants argentins faisaient figure de héros. La presse s’engagea dans une opération de propagande nationale, qui devait profiter au régime des militaires, alors en proie à toutes sortes de difficultés, pris en tenailles entre crise économiques et manifestations syndicales, et en manque de popularité.

 

Mais les Britanniques, sous le gouvernement de Margaret Thatcher, la « dame de fer », ripostèrent par un blocus maritime et une attaque de la flotte, et vainquirent l’Argentine, qui se rendit le 14 juin 1982. Le désastre des Malouines contribua à précipiter la chute de la junte militaire en 1983 et le retour à la démocratie, mais cette guerre eut un prix : 904 morts (649 Argentins et 255 Britanniques) et des rancœurs tenaces, tant du côté argentin que britannique – les relations diplomatiques entre l’Argentine et la Grande-Bretagne ne reprirent qu’en 1990.

En 1999, les deux pays signèrent un accord pour protéger les intérêts économiques de chacun et réduire les tensions, garantissant, entre autres dispositions, la coopération en matière de pêche et de conservation de l’environnement, l’entrée libre des citoyens argentins aux Malouines, l’édification d’un Mémorial pour les victimes argentines du conflit, le nettoyage des mines anti-personnel laissées par le conflit. Mais les relations entre Argentine et Grande-Bretagne restent froides, et la plupart des échanges commerciaux passent par le Chili.

 

Aujourd’hui, l’économie de l’archipel s’est diversifiée, s’ouvrant aussi à la pêche au calamar et au tourisme ; les îles se sont dotées d’infrastructures, et accueillent les voyageurs en mal d’aventure. Mais dans les cœurs argentins, « las Malvinas son argentinas » : un slogan que l’on peut lire souvent sur les murs ou les tracts, et que « la Presidenta » (Cristina Krichner) semble avoir fait sien récemment lors d’un discours officiel : la question des Malvinas n’est pas près d’être réglée…

 

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