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Machadinho do Oeste

12 Septembre 2011 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Nous avons quitté Santa Cruz de la Sierra, en Bolivie, par 4°C, pour arriver, trois jours plus tard, à Machadinho do Oeste, au Brésil, dans l’État de Rondônia,

 

Machadinho do Oeste

 

par… 35°C ! Il m’a fallu trois jours de plus pour que mon corps s’habitue au climat, chaud et humide : sensation de pesanteur, d’étouffement, lenteur dans les mouvements, vertiges…

 

Machadinho est la ville où Passerau a grandi ; âgé de trois ans seulement, il y est arrivé avec ses parents, venus, comme tant d’autres courageux colons, exploiter, dans le cadre d’un projet fédéral lancé par les dirigeants militaires dans les années 1970-1980, les terres inoccupées de l’Amazonie. Une ville surgie du néant, construite à la force des bras et à la sueur de ces hommes et femmes sans peur et sans reproche, qui quittèrent leur Sud ou leur Nordeste natal pour braver la forêt, le paludisme, les grilleros[1], dans un environnement hostile, dépourvu d’écoles et d’hôpitaux.

 

Machadinho - 1991

 

Depuis, beaucoup de choses ont changé ; Passereau lui-même peine à reconnaître les endroits, envahis d’herbes hautes, où il allait jouer avec ses amis quand il était petit – désormais, des rangées de petites maisons s’y alignent, preuve de la croissance démographique de la ville ; il est frappé par la multiplication des magasins, leur modernisation, l’accélération du progrès, et surtout, l’envie des habitants d’accélérer cette accélération, et de montrer au monde entier qu’ils en sont capables.

 

Car ces gens sont trop souvent accusés d’avoir pillé, dévasté, détruit la forêt amazonienne pour se consacrer à des activités lucratives (agriculture, élevage bovin, sylviculture, etc) ; mais c’est qu’ils doivent gagner leur pain ! Et celui de leurs enfants, de leurs parents… Diabolisés, tournés en ridicule par une législation (Codigo Florestal) incohérente qui se mord la queue, ils voudraient faire entendre leur voix – leur peine, leur indignation, leur amertume, leur espoir… une voix que Gilles Lapouge a écoutée et recueillie dans son livre L’Amazonie, avec le respect et la tendresse qu’inspirent ces récits, et un regard plein d’humanité, qui contraste avec le discours criblé de préjugés répandu dans les médias internationaux.

 

Ces gens-là nous montrent l’image d’un autre Brésil : un Brésil digne, travailleur, courageux, résistant, solidaire, et téméraire ; un Brésil qui bouge et change à toute vitesse ; un Brésil qui veut se moderniser, s’éduquer, se cultiver ; un Brésil qui sait aussi respecter la nature, car depuis des siècles il doit vivre avec elle, cette mère ingrate et capricieuse, versatile et généreuse ; un Brésil qui a par trop souffert, et qui veut aujourd’hui qu’on l’écoute et qu’on le respecte ; un Brésil qui refuse de payer à lui seul le prix environnemental du développement des pays industrialisés ; un Brésil qui a beaucoup à nous apprendre…



[1] Nom donné aux délinquants qui s’emparent de terres par la force et la violence.

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