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Le Delta du Paraná

30 Janvier 2010 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Fuyant la chaleur caniculaire qui s’est abattue récemment sur Buenos Aires, nous nous sommes réfugiés dans un véritable havre de fraîcheur, à quelques heures à peine du centre ville : le Delta du Paraná, destination privilégiée des Porteños en quête de quiétude et de nature.


 

Tigre - Delta del Parana

 

La richesse en sédiments du Río Paraná (sédiments apportés principalement par le Río Bermejo, un affluent du Río Paraguay) a provoqué la formation d’îlots et de petites lagunes dans l’estuaire du Río de la Plata, et la présence de grandes étendues d’eau à faible altitude a donné naissance à un micro-climat qui favorise la prolifération d’espèces animales et végétales qui rappellent les latitudes tropicales[1] : cerfs des marais, capybaras, loutres de rivière, chats des pampas, jaguars, coypus, colibris évoluent au milieu des joncs, saules, aulnes, ceibos, épiphytes, jacinthes d’eau, herbe de la pampa…


 

Tigre - El Rio 6

 

Une biodiversité et une richesse écologique cependant fortement menacées par les activités humaines croissantes : la contamination des eaux (produits agrochimiques, égouts et déchets industriels), la déforestation et l’introduction d’espèces exotiques, la chasse ont déjà provoqué des dégâts mesurables, comme la baisse de la qualité de l’eau, la mortalité de certaines espèces de poissons, l’érosion du sol et l’accumulation de déchets.

 

Afin de préserver cet écosystème en danger, le Parque Nacional Pre-Delta, d’une superficie de 2 458 hectares, a été fondé en 1992 ; en 2000, la deuxième et la troisième section du Delta ont été déclarées « Reserva de Biósfera Delta del Paraná » par l’Unesco. D’une superficie de 10 500 hectares, cette réserve allie préservation de l’environnement, appui logistique à l’étude de l’écosystème, et projets de développement durable : par exemple, la région est devenue une référence en matière de cultures bio et de méthodes diversifiées de productions agroforestières, qualité écologique certifiée.

 

Malheureusement, ces mesures n’ont pas empêché qu’en 2008, le Delta du Paraná ait été dévasté par des incendies qui détruisirent pas moins de 65 000 hectares et dont les fumées couvrirent pendant plusieurs jours la capitale et une partie de l’Uruguay ; ils seraient dus aux brûlis illégaux exigés par la déforestation et l’extension de l’élevage bovin, deux fléaux de plus en plus communs en Amérique Latine, au grand dam des écologistes, mais à la joie des pays sud-américains qui peuvent ainsi faire de la recette et payer une partie de leur dette : entre préservation de l’environnement et développement économique et humain, quel moyen terme ? Un enjeu de taille, certainement LE grand enjeu de ce XXIème siècle.

 

Apparemment, l’Argentine semble avoir trouvé une solution intéressante, du moins en ce qui concerne le Delta du Paraná : au lieu, comme cela se passe en Amazonie au Brésil, d’expulser les populations vivant dans des zones écologiquement menacées, transformées en réserves où il est interdit de pénétrer, et de générer des flux de marginaux sans terres et sans ressources, les autorités laissent ici les populations locales vivre dans la forêt, avec l’interdiction de pratiquer une quelconque activité agricole et l’attribution, en compensation, de subsides ; le risque, dans ce cas, serait de faire de ces populations des parasites, vivant des fonds publics ; mais l’objectif est de les maintenir en activité en en faisant des gardes-forestiers : qui, mieux que les locaux, connaît la forêt, sa faune, sa flore, son rythme et ses besoins, et sait ainsi comment la préserver ?

 

Je doute fort cependant que les “locaux” dont je parle soient les descendants directs des chanás, la peuplade indigène que les Européens rencontrèrent quand ils débarquèrent au XVIème siècle dans cette zone pleine de ressources appelée alors, d’après une influence guaraní, « Karapachay »[2] ;  mais plutôt le résultat d’un mélange entre les différentes populations qui l’ont investie ensuite au cours des siècles : dès le XVIIIè siècle en effet, elle servit de refuge à des gauchos en fuite et à des bandits ruraux, les « matreros » (« vagabonds »), et prit alors le nom de « La Matrería » ou « País de los Matreros » ; de la moitié du XIXè à la moitié du XXè siècle arrivèrent en masse des immigrés européens, en grande majorité italiens, qui s’installèrent dans le delta et y développèrent une importante production fruitière (principalement d’agrumes et de pêches) qui était commercialisée ensuite via le Puerto de Frutos[3] de Tigre ; face à l’émergence d’autres zones de cultures fruitières, la production déclina et se tourna vers l’exploitation forestière (peuplier, saule et eucalyptus), qui est aujourd’hui l’une des plus importantes activités économiques de la région, avec le tourisme.


Ce dernier connut son heure de gloire à la moitié du XXè siècle, quand fleurirent dans le delta des centres de loisirs et d’hébergement qui réunissaient des milliers de Porteños pendant les week-ends. En déclin dans les années 70, il a retrouvé la cote et attire aujourd’hui de nombreux touristes et vacanciers, qui viennent y pratiquer la voile, l’aviron, la natation au sein de l’un des quinze clubs nautiques (dont le plus célèbre est le Buenos Aires Rowing Club, cercle select et « english fashioned » fondé au début du XXè siècle) ou tout simplement se détendre et prendre le frais, dans leur petite maison de campagne en pilotis ou dans l’une des ravissantes chambres d’hôtes dont le site du delta a su se doter.


Parmi une liste d’adresses plus alléchantes les unes que les autres, nous avons choisi de nous loger à l’Hosteria Los Pecanes, qui nous semblait proposer le meilleur rapport qualité-prix. Et nous n’avons pas regretté notre choix ! Plus de détails dans le prochain billet.

 

 

 

 



[1] Par exemple, la zone dite « Delta de las Palmas » (« Delta des Palmiers ») a été baptisée ainsi parce qu’à l’arrivée des Européens au XVIème siècle, elle regorgeait de palmiers pindó.

[2] Toponyme conservé encore aujourd’hui sous la forme Carapachay, qui désigne l’un des embranchements du fleuve.

[3] Ce marché est encore en activité, mais ne cherchez pas les « frutos » : on y vend désormais surtout de l’artisanat  – paniers, rideaux, tapis et toutes sortes d’objets à base de matières premières locales (jonc, osier).

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