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La « dolce vita », mode d’emploi

11 Novembre 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Italie & Cie

Levez-vous de bonne heure (« le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt », disait avec sagesse mon grand-père italien) et respirez l’air frais de cette belle journée qui ne fait que commencer, admirez ces couleurs pâles de matin teinté de rosée et étirez-vous avec volupté.

 

Pour le petit-déjeuner (« colazione ») :

-          à la maison, c’est un café préparé avec amour dans une moka dont les roucoulements diffusent des effluves suaves et envoûtants, propices à un réveil en douceur ; on y ajoute une pointe de lait pour un tendre « caffelatte », dans lequel on trempe des « biscotti » aux noms suggestifs : par exemple, les « Abbracci », ou « Pan di stelle »[1] de la gamme « Mulino Bianco » de Barilla sont de grands classiques… attention, ces biscuits ont un dangereux goût de « reviens-y » !

-          au café du coin, c’est une plongée dans la mêlée du matin, direction la caisse (on paie d’abord, on se fait servir ensuite : deux emplois au lieu d’un !) ; puis, muni du « scontrino » (« ticket de caisse »), l’on rejoint, coups de coude aidant, le comptoir où l’on tente, au milieu du brouhaha, de faire entendre sa commande ; mon cœur s’emplit chaque fois d’admiration pour ces « baristi »[2] qui, habillés de leur élégant tablier et coiffés de leur petite toque, savent répondre à toute vitesse et avec une incroyable dextérité aux moindres exigences de ces indéfectibles amateurs (et connaisseurs !) de café : « caffè espresso », « caffè lungo », « cappuccino[3] con latte freddo », « cappuccino con latte caldo », « cappuccino con panna », « cappuccino con cioccolata », etc… Le café servi, on dépose un pourboire avec le scontrino (c’est l’usage), on boit rapidement au comptoir même, en feuilletant "la Stampa", "la Repubblica" ou "la Gazzetta dello Sport" pour les « tifosi » (les « supporters ») et en mordant à pleines dents dans une « brioche » (NB : prononcer avec un « rrrrrr » bien roulé) : appelé également « cornetto » ou « croissant », cette viennoiserie n’a rien à voir avec nos célébrissimes croissants au beurre, si ce n’est une préparation à base de pâte feuilletée en forme de demi-lune ; la ressemblance s’arrête là ; le « cornetto », lui, a un délicat goût de fleur d’oranger, il est saupoudré de sucre glace et fourré de « marmellata » (confiture), de « panna » (crème pâtissière), de « cioccolato » (chocolat) ou de Nutella (ici, pas besoin de traduction).

 


Bien sûr, l’on déguste le tout en discutant avec le barista, le caissier, les habitués ou même les gens que l’on ne connaît pas, sur des sujets très variés touchant à la pluie et au beau temps, aux faits divers du jour, au dernier épisode du feuilleton de la Rai[4] et aux résultats du championnat de foot… et surtout, de la qualité du café et de la brioche, ainsi que du menu d’hier soir, de ce midi et de ce soir : les Français sont peut-être réputés pour parler en permanence de ce qu’ils mangent, mais les Italiens leur sont de sérieux rivaux ! Avec ces deux héritages dans mon ADN, vous ne vous étonnerez donc plus de voir la (bonne) bouffe au centre de mes préoccupations…

 

Une fois sorti du café pour le petit-déjeuner, l’Italien pense donc déjà au déjeuner… en attendant, il s’en va travailler, étudier, dormir, jardiner, faire le ménage… ou le marché : détour par un incontournable de la « dolce vita ».

 


 

Les étals de marché en Italie sont à faire pâlir d’envie les amateurs d’art : fruits et légumes y regorgent de soleil, de couleurs et d’odeurs, les clients y sont d’une exigence scrupuleuse, les commerçants d’une gouaille racoleuse, et l’on y erre avec une sensation d’ivresse, de gourmandise et de légèreté qui chope des idées de petits plats dans une tomate juteuse et ronde, dans une aubergine brillante et ventrue, dans une courgette zébrée, dans un poivron safrané, dans des paniers d’oignons, dans des guirlandes d’ail, dans des anchois marinés, des poulpes frétillants, des cèpes séchés, quelques brins d’origan et des plants de basilic, une boule de mozzarella, sphère parfaite de pureté lactée, un parmesan grand et lourd comme un tonneau, des rangées de jambon musclé, des ribambelles de saucissons rustiques, des olives sautillantes, des bouteilles d’huile ambrée, des miches de pain dorées comme le blé, des poires suaves, des pêches duveteuses, des figues mielleuses, des citrons pétillants, des oranges allègres et des grappes de raisin coquin…

 

Un tableau à la façon d’Arcimboldo[5] qui donne envie de tout croquer, avec un appétit de poète gourmet : « miam-ma mia ! »

 

À midi, arrêt dans une « tavola fredda » pour manger un « panino » (rien à voir avec le « panini », grossière pseudo-importation que l’on vend en France : le « panino » italien est un petit pain blanc rond farci, selon l’envie, de jambon, tomate, mozzarella – équivalent transalpin de notre classique « jambon-beurre ») ou dans une « tavola calda » pour dévorer un plat de pâtes ; à moins que l’on n’opte pour la « pizza al taglio » : d’immenses pizzas dont on achète juste une tranche emballée dans une feuille de papier, dans laquelle on mord goulûment sans craindre la sauce tomate qui dégouline sur les doigts… que l’on ait choisi l’un ou l’autre, un « caffettino espresso » suit bien évidemment : court et serré, fort en café, avalé d’un trait ! Servi, souvent, avec un petit verre d’eau, et une dévotion toute particulière…

 

 

 

Pour ceux qui en ont le luxe, une petite sieste s’apprécie fort bien à l’ombre d’une pergola, d’un balcon ou d’une « piazzetta », en sirotant une « granita »[6] rafraîchissante…



 

Et puis l’on reprend son chemin, de ruelle calme en boulevard animé, de place déserte en boutiques pillées, de jardin serein en tramway bondé… pavés inégaux, détails incongrus, trésors d’architecture, fragrances de Renaissance, rosiers grimpants sur une terrasse suspendue, rideaux soyeux entrevus derrière un volet, chapelles secrètes, morceaux de fresques, sourires de Madones, allures de Cinecittà, angelots de Raffaello, breloques baroques, bribes de Toscanini échappées de l’atelier d’un luthier, Fiat Cinquecento délabrée mais toujours ronflante et vaillante, agile Vespa, fier destrier des amours passées, vieux couple de retraités bras dessus-bras dessous et robe à pois flottant sur un vélo, culottes et torchons pendus entre deux fenêtres, cyprès ondulant dans le vent, vestiges d’Antiquité, bustes manchots de grands hommes oubliés… un bric-à-brac éclectique et exubérant, mais plein de chaleur et de générosité : c’est le cœur du Sud et la poésie de mon Italie.

 

Le soir, ce sera les lustres de l’opéra ou les nappes à carreaux d’une « trattoria », un dîner aux chandelles ou une grande bouffe en famille, une virée en Lambretta avec Gigi l’amoroso ou la tournée des discothèques avec le roi des mafiosos…

 

Mais, dans tous les cas, il faudra passer par la « gelateria » : autre pilier de la culture gastronomique et sociale italienne, incontournable temple des saintes glaces, ses trophées s’exhibent dans des cornets de gaufrette croustillante ou des « coppette » de carton, avec une abondance intimidante : les glaciers italiens n’y vont pas de main morte ! Et ils sont d’une patience d’ange, attendant tranquillement que vous ayez fait votre choix entre l’un des cinquante parfums qui s’étalent sous vos yeux ébahis et vos papilles trépignantes… (si vous êtes comme moi d’une indécision qui n’a d’égale que votre gourmandise, cela peut durer longtemps !)


 



Alors, ayant fièrement élu la ou les saveurs de votre cœur, vous pourrez vous attaquer à un monument de crème glacée, qui dégouline déjà de tous les côtés, laissant glisser sur votre palais le velours praliné d’un « gianduia », la douceur d’un « fiordilatte », le croustillant d’un « stracciatella », la caresse d’un « latte di mandorla », la rondeur d’une « amarena », ou la volupté d’un « bacio »… prélude à de doux « sogni d’oro », ou à un tendre duo.

 

Enfin, « gelato » en main, vous conclurez votre journée en beauté par une simple « passeggiata ». Je dis « simple », mais en réalité, la passeggiata est plus qu’une promenade : une véritable institution dans la culture italienne, à la limite parfois d’un défilé de mode – point n’est besoin de rappeler combien les Italiens sont passés maîtres en la matière ! D’une folle créativité, laissant libre cours à toutes les fantaisies – et tous les ridicules, aussi…


 


 

Dans la passeggiata, l’important est autant de voir que d’être vu : messieurs et dames seront donc sur leur trente-et-un pour exhiber leurs derniers atours d’un pas nonchalamment étudié et en même temps ne rien perdre du spectacle de la rue. Rue animée du mouvement incessant des voitures et « motorini », des klaxons des taxis, du cliquetis du tramway, du tiquetis des talons hauts, des couleurs bigarrées des panoplies de sortie, du bruit des percolateurs opérant à tours de bras et des garçons de café virevoltant avec habileté entre les tables des terrasses, des répliques théâtrales que s’adressent nos voisins latins dans la belle, si belle langue de Dante… le jour, la nuit, l’Italie vit ! Et c’est ce qui fait que j’aime tant ma deuxième patrie…



[1] « embrassades », « pain d’étoiles »

[2] Dans le « bar », celui qui est chargé de préparer le café : un expert – il existe même en Italie des championnats de « baristi » !

[3] Le cappuccino est un café espresso ajouté de lait qui a été chauffé à la vapeur jusqu’à ce qu’il mousse, et, éventuellement, saupoudré de chocolat amer ; son nom vient de « cappuccino », le moine « capucin », pour la couleur de la robe de bure, ou la capuche de lait mousseux…

[4] Chaîne de télévision italienne

[5] Giuseppe Arcimboldo, ou Arcimboldi, ou Arcimboldus (Milan, 1527-1593) est un peintre maniériste, connu pour ses portraits réalisés à partir de végétaux, animaux ou objets astucieusement disposés.

[6] Spécialité sicilienne à base de sorbet fait avec du sucre, du fruit et de la glace pilée, qui lui donne cette consistance granuleuse… et délicieuse !

 


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