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Pour clore cette brève excursion japonisante, petit détour par le Tibet, terre mystérieuse s’il en est, énigmatique, troublée, secrète et, depuis une cinquantaine d’années maintenant, brutalement réduite au silence.
Et si le silence règne “en haut du pays d’en haut”, sur les hauteurs revêches de l’Himalaya, là où la neige touche le ciel, la parole est d’or : une parole pleine de sagesse, transmise de siècle en siècle par les bardes, les oracles et les chants.
Les Contes d’une grand-mère tibétaine, réunis et racontés par Jacqueline Féray, aux Éditions Philippe Picquier (éditions spécialisées en littérature asiatique), ouvrent une porte sur ce monde étrange, peuplé de démons furieux et de marâtres jalouses, de rois justiciers et de mendiants courageux.
Les métamorphoses et les transmigrations de l’âme propres à la doctrine bouddhiste offrent de surprenantes analogies avec nos récits occidentaux, confirmant l’hypothèse avancée par Lévi-Strauss d’une symétrie entre Europe et Asie, cette dernière figurant comme “la face cachée de la lune”, méconnue et éclipsée, mais non moins rayonnante.
Ainsi, une jolie petite botte brodée remplace le soulier de vair, la mère défunte réapparaît sous les semblants d’une vache rouge, mais la Cendrillon tibétaine est identique à celle de Perrault et des frères Grimm – à une ou deux cruautés près, le récit tibétain ne reculant pas devant des épisodes quelque peu sanglants (par exemple, lors de sa première rencontre avec ses voisines les srin-mo, les démones, Cendrillon est invitée à manger ce qu’elle croit être des navets grillés, et qui sont en fait des oreilles humaines en petits morceaux).
On explore avec délices cet univers qui fait voyager à la fois dans l’espace et dans le temps, vers les cimes enneigées du Tibet et les mythes qui ont nourri une enfance plus ou moins lointaine – quand les personnages exemplaires et leurs leçons de morale et de bon-sens édifiaient par l’humilité, l’effort, le mérite et la connaissance.
Je vous laisse donc méditer sur les mots du sage Nâgârjuna Hrdaya – des mots fort peu adaptés à notre époque démagogique et consumériste :
“le bonheur n’est pas pour tous les êtres !”
Contes d’une grand-mère tibétaine, réunis et racontés par Jacqueline Féray, Arles, Éditions Philippe Picquier, 2006, 185 p., 12 €
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