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"Kyoto", de Yasunari Kawabata

31 Octobre 2011 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Au fil des pages...

À l’ombre des cryptomères, deux jeunes filles se rencontrent – ou plutôt, se retrouvent. Deux jumelles que la vie a séparées à leur naissance : Chieko, abandonnée sur le palier d’une maison, a grandi dans le cocon affectueux de ses parents adoptifs, Shige et Takichirô, des grossistes d’étoffes du centre de Kyoto ; Naeko vit à la dure, dans la montagne, employée dans une famille à couper des troncs d’arbre.

Tout les sépare, si ce n’est une ressemblance physique troublante, qui en trompe plus d’un. Et la distance sociale est si grande entre “Mademoiselle” et l’humble montagnarde, qu’après s’être croisées, leurs routes divergent de nouveau, dans un silence pudique.

Ce que Kawabata (prix Nobel de Littérature 1968) dépeint ici, à travers le double portrait de ces jeunes filles en fleur de cerisier, c’est la déchirure entre le vieux Japon traditionnel, ses fêtes folkloriques (décrites avec un soupçon d’érudition qui frise le reportage anthropologique), ses kimonos précieux, ses maisons de thé décadentes, ses geishas provocantes, ses ruelles serpentines, son tramway d’un autre temps, ses jardins fleuris ; et le nouveau Japon moderne, en pleine transformation après l’occupation américaine, adoptant avec frénésie les transistors, les vêtements à l’occidentale, les grands boulevards. Une dichotomie qui rompt l’harmonie si chère aux Japonais, et qui, pour Kawabata, signe la mort du cygne Meiji, la fin d’une ère évoquée avec une nostalgie discrète mais lancinante.

Un lecteur peu féru de littérature asiatique, et japonaise en particulier, sera peut-être dérouté par un style étrange, fait de non-dits et de pauses bucoliques, de dialogues bancals, d’ellipses déconcertantes, d’une sécheresse épurée et pourtant débordante de lyrisme ; à moins que ce ne soit dû à la traduction, mais qui ne lit pas le japonais n’a pas moyen de le vérifier, et doit se remettre à la version de Philippe Pons.

Toujours est-il que l’on finit envoûté par cette atmosphère crépusculaire, trouvant dans le fossé culturel qui nous sépare de ce mystérieux Extrême-Orient le charme d’un véritable dé-paysement, d’une évasion hors de nos conditionnements littéraires, d’une exploration des confins du coeur humain, et d’un refuge au sein d’une nature encore pure et habitée par la paix spirituelle.

Peut-être l’ “ibasyo” se trouve-t-il finalement là, sous le tronc du vieil érable où des violettes avaient éclos...

 

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Kyoto, de Yasunari Kawabata, Paris, Albin Michel, 2000, 256 p., 13,60 euros.

 

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