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Kosuke Okahara, « Ibasyo »

24 Octobre 2011 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Baz'arts

Encore émue par ma découverte (récente, et très superficielle) de la culture japonaise, que je connaissais certes par bribes et clichés (sushis, yamagoshis, mangas, thé matcha, etc), mais pas dans cette dimension cachée, j’ai été particulièrement touchée par l’œuvre du photographe Kosuke Okahara, présentée à Photoquai[1], la Biennale de Photographie que le Musée du Quai Branly organise depuis 2007 pour mettre à l’honneur des photographes non-occidentaux du monde entier.

 

C’est comme si, à un certain moment de notre vie, chaque découverte en entraînait une autre, pour compléter, comme dans un puzzle, les pièces manquantes d’un vide culturel ; comme si le fait de s’intéresser à un nouveau champ de savoir faisait pousser en nous des antennes, pour repérer de nouveaux éléments et faire des rapprochements ; comme si, une fois ouvert un nouveau chantier de fouilles dans le labyrinthe des connaissances, tout s’y rapportait, s’y connectait, s’y éclairait.

 

C’est ce qui s’est passé pour moi à Photoquai. De tous ces artistes, certains d’ailleurs encore très jeunes, et pourtant déjà reconnus dans leur pays et à l’étranger, chacun avait un parcours (souvent polyvalent, souvent cosmopolite), une démarche artistique, un message. Certains m’ont plu, d’autres m’ont interpellée, d’autres encore m’ont choquée, ou laissée indifférente. Mais celui qui m’a réellement frappée, bouleversée, remué le ventre, les tripes et le cœur, arrêtée dans ma déambulation, c’est lui : Kosuke Okahara, et sa série sur l’Ibasyo .

 

Né en 1980, enseignant devenu photographe en 2007, Kosuke Okahara vit et travaille à Tokyo. Il collabore comme photoreporter à de nombreux journaux et magazines, et a été plusieurs fois lauréat de prix artistiques. En 2004, une amie lui confie qu’elle s’automutile. Il cherche à en savoir plus sur ce phénomène qui touche de nombreuses jeunes filles. Il en rencontre quelques unes, qui peu à peu se livrent et laissent émerger leur mal-être à travers son objectif.

 

Vous allez croire que j’ai moi aussi des tendances masochistes et nécrophiles pour être attirée par ces portraits de jeunes filles en souffrance. Peut-être… peut-être cela n’a-t-il fait que réveiller certains vieux souvenirs et fantasmes d’une époque révolue ; peut-être n’est-ce qu’une forme d’empathie pour des âmes errantes, dans leur quête éperdue de l’ibasyo, cette « paix intérieure » si difficile à atteindre dans l’effervescente folie contemporaine.

 

Peut-être est-ce aussi son témoignage introductif, qui m’a renvoyé en miroir une question sans réponse : « En 2004, je me suis aperçu qu’à force de voyager je ne connaissais pas vraiment mon pays. Qu’est-ce qu’être japonais ? Difficile de le savoir, dans une société hyper codifiée et qui cultive une apparence parfaitement lisse. »

 

Peut-être n’est-ce aussi finalement qu’une sensibilité esthétique, réveillée par ces noirs et blancs floutés, ces détails saisis sur le vif, l’instantanéité éphémère du geste, du regard qui se dégage du cadre. Une série en mode mineur, étouffée comme ces adolescentes qui ne peuvent pas crier leur douleur. Une série d’ombres et de lumières, qui suggère leur lutte pour vivre et survivre à l’envie de mort.

 



[1] Photoquai, Quai Branly à Paris, tous les jours, 24h/24, du 13 septembre au 11 novembre 2011 ; accès gratuit ; http://www.photoquai.fr/fr/2011/accueil.html.

 

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