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Excursion au fil de l’eau sur le Rio Machado

16 Septembre 2011 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Passereau me parlait depuis longtemps de son grand ami Elizeu : « plus indio que les indios, tu verras » !!! Elizeu, originaire de l’État d’Espirito Santo (voisin de Rio de Janeiro), est arrivé dans la région de Machadinho do Oeste il y a vingt-six ans. Depuis, à travers divers emplois, en charge de la surveillance de l’environnement, il n’a cessé d’explorer la forêt et il est incollable sur tout ce qui s’y rapporte : arbres, plantes, fleurs, animaux, insectes, coutumes, légendes… il sait tout !!! Il connaît tout le monde… et tout le monde le connaît !

 

Débordant d’énergie, toujours de bon entrain, la main sur le cœur et le sourire aux lèvres, bel homme bien bâti, la cinquantaine alerte, le pied sûr, l’oreille aux aguets, incorrigible blagueur et ténor à ses heures, cuisinier débrouillard et pêcheur veinard, on ne pouvait espérer meilleur guide pour notre excursion sur le Rio Machado. J’ai découvert une personne merveilleuse, comme on en rencontre peu dans la vie : un être d’une générosité à fendre le cœur, d’une humanité poignante, et d’une simplicité désarmante, dont l’amitié m’est aussi précieuse que le souvenir de ces trois jours sur le fil de l’eau…

 

Le voici donc, torse nu (mesdames, admirez le résultat de ses expéditions régulières dans la jungle amazonienne), en train de préparer notre matériel la veille du départ.

 

Elizeu-preparando-o-material.JPG

 

Avec deux autres amis (Ariana et Roine), nous avions rendez-vous à 4h du matin chez Elizeu, où nous attendaient une assiette d’œufs brouillés et une tasse de café bien chaud. Après deux bonnes heures de route sur des pistes poussiéreuses et parsemées d’ornières, nous avons laissé la camionnette et embarqué pour découvrir le fameux Rio Machado à l’aube, voilé de brumes matinales, enveloppé de lumière rosée, dans un silence cotonneux de nature ensommeillée, que l’on tente de ne pas briser de peur que ce tableau enchanteur ne disparaisse soudain sous la baguette d’une fée capricieuse…

 

Rio Machado 1

 

 

Alors on entre dans le tissu duveteux du soleil naissant, et on se laisse filer, doucement, sur l’eau transparente, plongeant le regard dans le miroir ondulant, suivant le défilé rapide des nuages, surprenant de temps en temps un groupe de tortues effrayées qui plongent à toute vitesse, une liane qui se balance au gré du vent, un bateau amarré à la rive, un sumaúma fièrement dressé…

 

Rio Machado 11

 

 

Rio Machado 14

 

Rio Machado 15

 

 

Sumauma 1

Cet arbre majestueux a inspiré nombre de légendes, et les pajés invoquent son esprit lors de certains rites. Il est considéré comme le « téléphone » de la forêt : en battant son écorce, son tronc résonne et annonce la présence de quelqu’un (ami ou ennemi) dans les parages.

 

Sumauma 2

 

Le soleil commence à battre plus fort, mais il suffit de plonger la main dans l’eau cristalline pour se rafraîchir ;

 

Rio Machado 8

 

ou de faire le « passarinho » (petit oiseau), là, à la proue, le nez dans le vent, enivré par les gouttes d’eau qui aspergent le visage et la vision de l’eau à ras, comme un oiseau survolant les flots…

 

Passarinho

 

Nous arrivons à la Comunidade Monte Sinai, un village de « ribeirinhos » (habitants des rives du fleuve) qui nous accueillent avec cordialité et un déjeuner fort bienvenu (malgré des tranches d’une melancia (pastèque) juteuse et sucrée abondamment distribuées durant la matinée, les œufs brouillés du petit-déjeuner sont loin et l’estomac réclame son dû !).

 

Comunidade Monte Sinai 1

 

La communauté est assez petite, composée de quelques familles, qui vivent dans ces maisons en bois sur pilotis, sous lesquelles se cachent des basses-cours qui piaillent et jacassent ;

 

Comunidade Monte Sinai 6

 

Comunidade Monte Sinai 8

 

Comunidade Monte Sinai 10

 

il y a un poste de secours (avec un infirmier responsable de la prévention contre le paludisme),

 

Comunidade Monte Sinai 4

 

une école (avec un service de ramassage scolaire – en barque, évidemment – qui emmène et ramène les enfants habitant d’autres maisons disséminées le long du fleuve),

 

Comunidade Monte Sinai 5

 

Rio Machado 20

 

et même, un billard pour la fête du samedi soir !!!

 

Comunidade Monte Sinai 7

 

Des palmiers semblent être arrivés là par hasard, et restés par habitude, fournissant la communauté en noix de coco qu’on met au frais et dont on boit l’eau quand il fait chaud ;

 

Comunidade Monte Sinai 2

 

des plantations de manioc, un peu plus loin, et quelques pés de abacaxi (plants d'ananas) :

 

 

Comunidade Monte Sinai 11

 

Pé de abacaxi

 

mais pas d’autres cultures : la nourriture doit être importée d’ailleurs, et elle coûte cher ; on se contente donc de peu, de vivre au jour le jour, en harmonie avec la nature et en paix avec les siens.

 

Après le déjeuner, nous partons chez Piririca,

 

Casa do Piririca 1

 

accompagnés d’une bande de gamins du coin, pour qu’il nous emmène cueillir de l’ açaí : l’ açaí, je vous en ai déjà parlé, c’est ce fruit d’Amazonie qui pousse sur de grands arbres, bourré d’énergie, et que l’on boit en jus ou, meilleur encore, que l’on mange na tigela : dans un bol, avec la texture du sorbet, mélangé avec du sirop de guaraná, des rondelles de banane et du granola – une vraie bombe énergétique, idéale pour les coups de pompe !

 

Açaí

 

Piririca, sa machette entre les dents, les deux pieds reliés par un bandeau, grimpe sur l’écorce de l’arbre à une rapidité surprenante : on ne voit bientôt plus que la pointe de sa machette briller au soleil ; les enfants l’imitent, encore plus rapides car plus légers, avec une agilité de chimpanzés ; l’un d’eux, affectueusement baptisé « Arachnindio », est connu pour ses talents d’acrobate.

 

Colhendo açaí 10

 

Colhendo açaí 2

 

Colhendo açaí 3

 

Colhendo açaí 8

 

Ils redescendent à la vitesse de l’éclair, se laissant simplement glisser le long de l’écorce, chargés du double de leur poids en açaí, magnifique trophée de cette ascension musclée :

 

Colhendo açaí 11

 

nous nous empressons de retirer des branches les grains violets/noirs que nous confierons aux femmes de la communauté pour qu’elles en retirent la pulpe selon leur savoir-faire traditionnel, au moyen d’un tamis, et de beaucoup d’huile de coude ; et nous nous délecterons de ce jus frais et fruité, encore meilleur mélangé à du tapioca

 

Colhendo açaí 14

 

Preparando açaí 1

 

Preparando açaí 2

 

Preparando açaí 3

 

Preparando açaí 4

 

Preparando açaí 5

 

Mais avant cela, nous ramenons la troupe chez Piririca, où nous attend le reste de la lignée 

 

Criançada 2

 

et la femme de Piririca, qui nous explique comment elle fabrique sa farine de manioc (voir ici le procédé de fabrication): en épluchant, broyant, tamisant, pétrissant, séchant et cuisant le manioc dans cette grande poële traditionnelle de la région.

 

Criançada 3

 

Cette farine sert de base à l’alimentation des ribeirinhos, elle accompagne le poisson et, les jours fastes, se transforme en farofa (frite dans du beurre ou de l’huile, enrichie de petits légumes, de maïs, d’herbes, de lardons grillés, de saucisse, d’œufs durs, de banane, de haricots…). Elle accompagnera à merveille la carne de panela (viande en sauce) préparée avec soin par Elizeu le soir-même.

 

Carne de panela 1

 

Carne de panela 2

 

Après le dîner, qui a lieu assez tôt (les ribeirinhos vivant au rythme du soleil), nous ressortons pour pêcher : la lune resplendit et, désinvolte, laisse traîner une poussière de nacre sur la surface de l’eau noire comme l’encre ;

 

Lua amazônica 2

 

la forêt retentit d’une symphonie de cris d’animaux – croassements de grenouilles, bruissements de serpents, battements d’ailes, pépiements, piétinements – qui contraste avec le silence des flots apaisés ; la pêche est maigre : un pintado, qui fait pâle figure à côté du gros morceau capturé par le pêcheur que nous avions rencontré le matin-même.

 

Peixe Pintado

 

Pescador

 

Le lendemain matin, après une nuit passée à lutter contre les hordes de moustiques, la peau parsemée de boutons sanguinolents, nous sommes réconfortés par un petit-déjeuner local : bananes plantains frites et cuites, galettes de tapioca au beurre, manioc, fruits frais et café.

 

Café da manhã 3

 

Requinqués, nous repartons naviguer sur les flots du Rio Machado, sous le commandement du Major-Coronel Elizeu en tenue de rigueur, souvenir de missions commando au fin fond du mato :

 

Major-Coronel Elizeu

 

les rives offrent leur spectacle quotidien de bateaux accostés, de vaches paissant dans la torpeur, de fumées provoquée par des brûlis, de vols d’oiseaux paraboliques, de nuages baladeurs, de jungle impénétrable…

 

Rio Machado 17

 

Fumaça de queimada

 

Rio Machado 12

 

Mato

 

Nous passons la nuit sur un banc de sable, sous la tente ; la pêche a été encore plus maigre qu’hier, mais le réveil est magique : comme au premier matin, le fameux Rio Machado à l’aube, voilé de brumes matinales, enveloppé de lumière rosée, dans un silence cotonneux de nature ensommeillée… et soudain, un urubu ouvre ses ailes et s’envole, pour disparaître au loin, dans le trépas de mon regard.

 

Urubu 1

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