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Córdoba

1 Juin 2010 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Encore sous le vertige du tourbillon de sensations ressenties à Ischigualasto et Talampaya, où l’homme se sent comme un intrus dans ces déserts de pierres et de rocs balayés par les vents et brûlés par le soleil, me voici de nouveau dans un cadre urbain, un peu étourdie par le mouvement des bus, la pollution, et tous ces gens qui courent, se bousculent, s’invectivent ou s’embrassent, avec un accent très particulier, le mélodieux "acento cordobés"…

 

Heureusement, à Córdoba, il y a aussi de jolies places et placettes où s’asseoir tranquillement sur un banc pour manger une empanada et regarder les passants défiler, les oiseaux picorer et la brise agiter les feuilles des arbres…

 

Cordoba - Plaza San Martin

 

Car Córdoba, deuxième ville d’Argentine après Buenos Aires, semble réaliser un agréable et intéressant compromis entre l’effervescence (économique, culturelle, touristique..) d’une capitale et la qualité de vie de la province.

 

Fondée par le sévillan Jerónimo Luis de Cabrera le 6 juillet 1573, elle n’était à l’origine qu’un village de colons espagnols qui servait à se déplacer et à communiquer librement avec les autres provinces, à l’abri des attaques indigènes. Devenue peu à peu une véritable plaque tournante du commerce avec les régions voisine de Mendoza, San Luis, Santiago del Estero et Tucuman, et avec les pays voisins (Chili et Bolivie), la ville gagna même le statut de capitale provisoire à deux reprises, en 1806 (comme capitale du Vice-Royaume du Río de la Plata) et en 1955, au moment de la “Revolución Libertadora”. Et en 2006, Córdoba a été dotée du titre de “capitale culturelle de l’Amérique Latine” : entre les ruines d’églises jésuites, d’excellents musées d’art, des marchés d’artisans-créateurs, un cinéma indépendant dynamique et une multitude de bars plus ou moins alternatifs où s’expriment les jeunes talents de la musique électro, la culture y est en effet à l’honneur ! Petite revue des principales attractions en la matière :

 

Dans le centre-ville se dressent les principaux édifices coloniaux et monuments historiques :

 

-         L’Iglesia Catedral : coiffée de son dôme roman, et somptueusement décorée par le peintre cordobés Emilio Caraffa, elle domine la Plaza San Martín, au coeur de la ville ; il a fallu deux siècle pour en achever, sous la direction d’architectes jésuites et franciscains, la construction commencée en 1577.

 

Cordoba - Catedral 1

 

Cordoba - Catedral 2

 

-         Le Cabildo (hôtel de ville colonial) : un petit havre de paix à deux pas de la très animée Plaza San Martín, où il fait bon prendre le frais dans l’une de ses trois petites cours intérieures plantées d’oliviers et de géraniums, ou sous ses arcades d’un blanc éblouissant. Le Cabildo accueille, outre quelques bureaux de la municipalité, un café-restaurant doté d’une agréable terrasse ainsi que des expositions temporaires.

  

 Cordoba - Cabildo 1

 

Cordoba - Cabildo 4

 

-         Le Museo Histórico Provincial Marqués de Sobremonte[1] : installé dans une élégante demeure du XVIIIè siècle, jadis propriété de Rafael Nuñez (gouverneur colonial de Córdoba puis vice-roi du Río de la Plata), ce musée illustre, à travers 26 pièces, 7 cours intérieures, et au moyen de petits textes à la fois pédagogiques et évocateurs, la vie d’une famille cordobesa au temps du Vice-Royaume.

 

Cordoba - Museo Colonial 1

 

-         La Manzana Jesuítica[2] : “manzana”, en espagnol, signifie “pomme”, mais peut aussi désigner un “pâté de maison” et, par extension, un "quartier" ; la Manzana Jesuítica de Córdoba est également connue sous le nom de “Manzana de las Luzes” (“Quartier des Lumières”), en référence à l’ordre puissant et savant des Jésuites. Inscrite en 2000 au Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO, elle offre à la vue des amateurs de trésors baroques l’Iglesia de la Compañía de Jesús[3], construite au XVIIè siècle avec un toit de cèdre renversé arrivé directement, à dos de mule, et intact (!) de la province de Misiones (au Nord de l’Argentine, à la frontière avec le Brésil et le Paraguay) ; le retable baroque a suivi le même trajet, dessiné et sculpté dans les missions jésuites de Misiones et acheminé en morceaux jusqu’à Córdoba : et il entre au centimètre près dans l’espace qui lui est réservé !

 

 

Cordoba - Iglesia de la Compañia de Jesus 3

 

À côté, l’Universidad Nacional de Córdoba, la plus ancienne du pays (le Seminario Convictorio de San Javier, fondé par Fray Fernando de Trejo y Sanabria en 1613, fut élevé au statut d’université en 1622) : l’on peut en visiter la salle où, au tours d’une cérémonie des plus solennelles, les aspirants présentaient leur thèse et recevaient (ou non, pour les plus infortunés) le titre de docteur en théologie, ainsi que la richissime bibiliothèque et ses ouvrages pluri-séculaires, dont une gigantesque et fascinante Bible en treize langues ; jouxtant l’université, le Colegio Nacional de Montserrat[4], où des étudiants en uniforme peuplent les salles datant du XVIIè siècle : je retrouve dans ce complexe un peu de l’atmosphère estudiantine de l’Università Alma Mater de Bologne, ce mélange vivant et harmonieux d’hier et d’aujourd’hui...

  

Cordoba - Universidad Nacional 3

 

-         Le Museo de la Memoria[5] : installé dans un ancien centre clandestin de détention et de torture des opposants politiques pendant le régime de la dictature militaire, ce musée témoigne, avec sobriété et émotion, des horreurs commises par une division spéciale de l’armée dans ces lieux sinistres :

 

Cordoba - Museo de la Memoria 4

 

des récits de victimes, des graffitis laissés par les prisonniers sont inscrits sur les murs,

 

Cordoba - Museo de la Memoria 5

 

des photos de “desaparecidos” (“disparus”) étalées sur les parois, dans les rues, comme “marcas para recordar” (“traces pour ne pas oublier”) :

 

Cordoba - Museo de la Memoria 3

 

Cordoba - Marcas para recordar 1

 

dans l’une des salles, les familles des disparus ont laissé des objets (une guitare, une paire de gants, un blouson…) qui leur appartenaient et leur tenaient à coeur,

 

Cordoba - Museo de la Memoria 7

 

avec leur histoire : celle de jeunes gens normaux, militant pour un monde différent, ou seulement professant des idées jugées “subversives” par les autorités… dans une autre salle, les portraits d’officiers de police ou militaires responsables de crimes durant la dictature, et, pour certains, encore en liberté :

 

Cordoba - Museo de la Memoria 9

 

la démocratie est encore récente, et la justice lente en Argentine, comme me l’explique le monsieur qui surveille l’entrée du musée et répond aux questions des visiteurs : je reste une bonne heure à l’écouter parler, et je ne peux m’empêcher d’être émue quand il me confie, lui qui a été détenu et torturé dans ces mêmes lieux : “me cuesta venir aquí todos los días, pero lo hago, para que no se pierda la memoria” (“il m’est difficile de venir ici tous les jours, mais je le fais, pour que l’on ne perde pas la mémoire”) ; et ces paroles, pleines de courage et de sagesse, résonnent encore dans ma tête et dans mon coeur bouleversé par cette rencontre avec un trouble et sombre passé…

 

Le quartier de Nueva Córdoba était autrefois celui de l’élite cordobesa, et certaines vieilles demeures aristocratiques de l’Avenida Irigoyen portent encore les traces de cette “belle époque” ; aujourd’hui, c’est devenu le fief des étudiants, qui y font la tournée des bars, enchaînant les verres de Fernet-Branca (la boisson locale, souvent dilué au Coca-Cola) sur fond de tango-électro. En allant vers le centre, on croise :

 

-         La Parroquia Sagrado Corazón de Jesús de los Capuchinos[6], édifice néo-gothique construit entre 1928 et 1934, sans clocher (prétendûment pour symboliser l’imperfection humaine), mais décorée sur la façade de nombreuses sculptures, dont des atlantes : on dit qu’il supportent courageusement le poids spirituel pesant sur les personnages religieux qui les surplombent.

 

Cordoba - Parroquia Sagrado Corazon de Jesus de los Capuchi

 

Cordoba - Parroquia Sagrado Corazon de Jesus de lo-copie-2

 

-         Le Paseo del Buen Pastor[7] : une édifice multiple construit en 1901 pour servir, à l’origine, de chapelle, monastère et prison pour femmes, et  ré-inauguré en 2007 comme centre culturel/salle de spectacle : il accueille ainsi les oeuvres des jeunes générations d’artistes cordobeses, des concerts dans la chapelle désaffectée, et des cafés-bars branchés sur son esplanade où dansent les jets d’eau d’une fontaine capricieuse.

 

Cordoba - Paseo del Buen Pastor

 

-         Tango Hostel[8] : une excellente auberge de jeunesse, rachetée il y a peu par Marta, une dynamique et chaleureuse colombienne, qui emplit la demeure de son rire et de ses chants, prépare des jus de fruits frais et de bons petits plats pour les backpackers lassés des sandwichs sur le pouce, et organise chaque vendredi avec son mari originaire de la régions de “Las Pampas” (à l’est de l’Argentine) un asado dans la pure tradition pampeana :

 

Cordoba - Asado de Tango Hostel 2

 

 

 

Cordoba - Asado de Tango Hostel 3

 

viande savoureuse et cuite à point, salades variées et abondantes, et surtout, ambiance déchaînée garanties !!

 

Une façon conviviale de terminer mon voyage à l’Ouest de l’Argentine…

 

 

 

 

 


[1] Museo Histórico Provincial Marqués de Sobremonte : Rosario de Santa Fe 218, Córdoba ; horaires d’ouverture : du lundi au vendredi, de 8h30 à 14h ; Tel : [+54] 0351 433 1661 ; e-mail : direcciondepatrimoniocultural@cba.gov.ar ; http://www.cba.gov.ar/vercanal.jsp?idCanal=35578

[2] Universidad Nacional de Córdoba : Obispo Trejo 242, Córdoba ; http://www.unc.edu.ar/institucional/patrimoniodelahumanidad/manzana

[3] Iglesia de la Compañía de Jesús, Obispo Trejo y Caseros, Córdoba ;

[4] Colegio Nacional de Montserrat : Obispo Trejo y Sanabria 294, Córdoba ; Tel : [+54] 0351-4332079 ; http://www.cnm.unc.edu.ar/

[5] Museo de la Memoria : San Jerónimo s/n, Córdoba

[6] Parroquia Sagrado Corazón de Jesús de los Capuchinos : Buenos Aires y Obispo Oro, Córdoba ;

[7] Paseo del Buen Pastor : Avenida Hipólito Irigoyen 325 ; Córdoba ;

[8] Tango Hostel : Fructuoso Rivera 70, 5000 Córdoba ; Tel : [+54] (0)351 425 6023 ; http://www.latitudsurtrek.com.ar/

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