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Bicentenario Argentino

4 Juin 2010 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Il était une fois...

L'Argentine, toute l'Argentine, a vécu la semaine dernière un très grand événement, auquel j'ai eu la chance de pouvoir assister : le Bicentenaire de la "Revolución de Mayo" (1810-2010).

 

En mai 1810, Buenos Aires, alors capitale du Vice-Royaume du Río de la Plata, colonie dépendante du Royaume d’Espagne, est traversée par un puissant mouvement révolutionnaire indépendantiste : le 18 mai, la Junta de Sevilla, représentante de la couronne espagnole, tombe aux mains des révolutionnaires et le vice-roi Baltasar Hidalgo de Cisneros est déchu de ses pouvoirs ; le 25 mai est instituée la Première Junta de Gobierno. Il faudra cependant attendre le Congreso de Tucumán, le 9 juillet 1816, pour que soit officiellement déclarée l’indépendance de l’Argentine.

 

Cette “Semana de Mayo” est cependant restée dans les mémoires comme un moment fort de l’Histoire argentine, marqué par les idéaux révolutionnaires et les élans de patriotisme.

 

Deux cents ans plus tard, les Argentins ont semblé, pendant presque une semaine, toujours aussi unis pour démontrer, à corps et à cris (expression à entendre dans son sens le plus littéral), leur attachement à la Patrie : un moment très émouvant !

 

Bicentenario - Chicos patriotas

 

Les manifestations (très bien) proposées par le gouvernement de la capitale ont eu, apparemment, beaucoup plus de succès que prévu par les organisateurs, qui ont semblé un peu débordés par une foule à laquelle personne ne s’attendait : les cafés et restaurants se sont rapidement trouvés à cours de vivres, les stands de dégustations pris d’assaut eurent toutes les difficultés du monde à se réapprovisionner, et les files d’attente pour visiter les stands des Provinces s’étendaient sur plusieurs dizaines de mètres.

 

Un peu agoraphobe sur les bords, je n’ai moi-même pas tout suivi, vite lassée d’être bousculée, pressée, suffoquée ; mais j’ai pu prendre la température de cet événement important, et en vivre, je crois, les moments les plus forts : la réouverture du Teatro Colón et le chant de l’hymne national.

 

Le Teatro Colón de Buenos Aires[1], inauguré en 1908 au son triomphal des trompettes de l’“Aïda” de Verdi, fait partie des grands théâtres d’opéra lyrique du monde : Placido Domingo, Luciano Pavarotti, Maria Callas, Montserrat Caballé et autres grands artistes en ont foulé la scène au grand plaisir des mélomanes porteños ; fermé depuis 2008 pour restauration (des travaux d’une valeur de 100 millions de dollars), le légendaire Teatro Colón a réouvert ses portes le soir du 24 mai 2010 avec une première de qualité réservée à une poignée de VIP (hauts fonctionnaires de l’État, représentants diplomatiques, etc) ; la plèbe, elle, dut se contenter d’un spectacle son et lumières projeté sur la façade du théâtre : un parcours multimédia à travers l’histoire du Colón, contée par ceux qui en ont construit la légende, avec des morceaux d’archives et des effets spéciaux assez réussis, et très appréciés du public (voir vidéo ici). Les billets sont, dit-on, épuisés pour toute la saison, et ce depuis des mois.

 

Autre moment fort du Bicentenaire, réunissant, dans un même esprit de communion patriote et dans une même poignante émotion : le chant de l’hymne national à minuit, face au Cabildo (ancien hôtel de ville, siège des autorités administratives à l’époque de la domination espagnole) de la Plaza de Mayo, à l’endroit même où se déroulèrent les événements de la “Semaine de Mai” de 1810 (vous pouvez faire ici une idée de la manifestation); toutes générations et toutes classes sociales confondues, chacun muni de son petit drapeau agité avec enthousiasme, les Argentins réunis ont chanté, à pleine voix, et la main sur le coeur, le bel hymne national, dont je reproduis la première partie (celle que l’on chante lors des cérémonies officielles, mais il faut savoir que l’hymne dans sa totalité, comme notre Marseillaise, compte de nombreux autres couplets) et dont vous pouvez écouter une interprétation ici :

 

“Oíd, mortales, el grito sagrado:
"¡libertad, libertad, libertad!"
Oíd el ruido de rotas cadenas,
ved en trono a la noble igualdad.

Ya su trono dignísimo abrieron
las Provincias Unidas del Sur
y los libres del mundo responden:
"Al gran pueblo argentino, ¡salud!

Coro

Sean eternos los laureles
que supimos conseguir,
que supimos conseguir.
Coronados de gloria vivamos...
¡o juremos con gloria morir!”

 

Je l’avais écouté pour la première fois la veille, le dimanche 23 mai, dans un cadre beaucoup plus intimiste mais tout aussi émouvant : le Museo Histórico Nacional[2] avait en effet organisé un concert de musique romantique rioplatense du XIXè siècle (piano, guitare et chant) sur des instruments d’époque appartenant aux collections du musée ; et le pianiste José Luis Juri interpréta l’hymne national sur le pianoforte qui appartenait autrefois à Mariquita Sánchez[3], et sur lequel l’hymne avait été interprété pour la première fois dans l’histoire de l’Argentine : la petite assemblée réunie s’est alors levée pour lancer en choeur le cri d’”Oíd mortales” qui restera longtemps gravé dans le marbre du musée : l’Histoire continue !

 

Et à part le dimanche soir, où les concerts de plein air prévus ont dû être annulés en raison d’une averse diluvienne, la pluie n’a pas découragé la foule venue assister aux nombreux spectacles et aux défilés : celui des provinces argentines, le samedi après-midi, et celui des pays représentés par des communautés d’immigrés : la plus belle délégation, selon moi et au dire de nombreux autres spectateurs, fut celle de la Bolivie, petit pays pauvre mais fier faisant étalage de ses multiples cultures, dans un luxe de costumes, de couleurs, de danses et de musiques traditionnelles - ah, si les “Bolitas”, comme on les surnomme ici avec mépris, pouvaient être aussi applaudis dans la vraie vie qu’il le furent le temps de la fête…

 

Bicentenario - Desfile de los países, Bolivia 1

 

Le Brésil, lui, n'a défilé, à mon grand étonnement, qu'avec un grand Christ gonflable et quelques personnages en habit traditionnel de Bahia et de capoeira : que s'est-il passé pour qu'un pays voisin, grand et puissant, très certainement représenté en Argentine par une importante communauté, se mette si peu en frais ?

 

Bicentenario - Desfile de los países, Brasil

 

En-dehors de ces temps forts, je me suis plu à parcourir l’Avenida 9 de Julio,

 

Bicentenario - Avenida 9 de Julio

 

envahie par une foule bigarrée investissant de grands stands :

-         les stands des délégations des Provinces, où chacune des 23 Provinces argentines faisait la promotion de son tourisme, de sa gastronomie, de son artisanat, et où les provinciaux venus s’installer à Buenos Aires allaient respirer, après parfois quelques heures d’attente, un peu d’air “du pays” ;

-         les stands de gastronomie, où chaque région, et quelques pays représentés par d’importantes communautés d’immigrés, vendaient leurs spécialités : empanadas,

 

Bicentenario - Empanada criolla

 

locro criollo[4],

 

Bicentenario - Locro criollo

 

dulce de leche, chorizo, vins, etc…

-         les stands thématiques, consacrés aux grands enjeux de l’Argentine actuelle : l’Éducation, la Technologie, l’Environnement, les Droits de l’Homme…

-         les scènes où des artistes plus ou moins connus se relayaient pour des démonstrations de folklore ou des shows déchaînés, accompagnés par des fans enthousiastes.

 

Bicentenario - Folclore de La Rioja 5

 

Bicentenario - Folclore de La Rioja 4

 

Bicentenario - Folclore de La Rioja 2

 

Passants, familles, couples, groupes ou solitaires, vendeurs de drapeaux, de ballons, de cacahuètes, de parapluies, de gadgets lumineux, secouristes de la Croix-Rouge, policiers, ambulanciers, jeunes de milieux défavorisés ou des quartiers huppés, tous étaient là, mêlés, habillés aux couleurs de l’Argentine, et scandant en rythme :

 

Ar-gen-ti-na”, “Ar-gen-ti-na”, “Ar-gen-ti-na” !

 


 


[1] Teatro Colón, Cerrito 618, Ciudad Autónoma de Buenos Aires, República Argentina ; Tel : [+54] (11) 4384-6908 www.teatrocolon.org.ar | info@teatrocolon.org.ar

 

[2] Museo Histórico Nacional, Defensa 1600, Parque Lezama, Buenos Aires ; Tel : [+54] (11) 4307 1182 ; Horaires d’ouverture : du mardi au vendredi de 11 à 17h, le samedi de 15 à 18h, dimanche et tours fériés de 14 à 18h ; email : museohistoriconacional@hotmail.com

 

[3] Mariquita Sánchez de Thompson (1786-1868) :patriote argentine. C’et chez elle que l’Hymne National Argentin fut chanté pour la première fois,et ce fut elle qui en interpréta les premières strophes.

 

[4] Probablement d’origine précolombienne, le “locro” (du quechua ruqru ou luqru) est un ragoût à base de courge, de maïs et de haricots secs, consommé dans la région de la Cordillère des Andes, de l’Argentine à l’Équateur, en passant par le Chili, la Bolivie et le Pérou ; dans certaines régions, il peut être préparé avec des petits pois ou du manioc, et enrichi de viande de boeuf fraîche ou sèche (charqui), de tripes (tripa gorda, mondongo ou chinchulín), de côtes ou abats de porc (pieds, collier, oreilles et couenne), cuits séparément et ajoutés encuite à la préparation qui prend alors une texture crémeuse. (Source : Wikipédia).

 

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