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Amaicha del Valle

1 Juillet 2011 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

14 juin 2010

 

Partie tôt le matin de Tafí del Valle avec un couple argentin qui a eu la gentillesse de m’emmener en voiture (et de m’offrir l’incontournable maté, rituel de la sociabilisation argentine), je peux ainsi admirer le lever de soleil sur les montagnes, les dégradés de couleurs, les jeux d’ombres et de lumières sur les arêtes, les nuages irisés accrochés comme une auréole au-dessus des sommets…

 

  

Nous passons par la Cuesta de los Cardones (le cardón étant une variété de cactus très vivace dans cette région de l’Argentine),

 

Cuesta de los Cardones

 

la vallée où, dit-on (mais je n’ai pas pu vérifier l’exactitude historique de cette affirmation) les soldats de la Couronne espagnole battirent en retraite face à l’armée des gauchos luttant farouchement pour leur indépendance au tout début du XIXè siècle.

 

En arrivant à Amaicha del Valle, nous sommes bloqués par un « piquete » (manifestation) : une vieille femme indigène du village a été assassinée chez elle la semaine dernière, et la police a déclaré la mort « de cause naturelle », soulevant l’indignation de la population locale, qui n’a d’autres moyens pour exprimer sa colère que de bloquer la route nationale toute la journée ; mais aucun représentant du gouvernement de la province de Tucumán (dont Amaicha del Valle dépend) n’a daigné se montrer dans les parages…

  

Je trouve à me loger à l’Hostel Pacha Cuty[1], une charmante auberge de jeunesse installée sur un terrain acheté il y a trois ans par Juan, ex-prof d’histoire, qui s’applique depuis à reconstruire une maison traditionnelle en adobe avec des matériaux durables. Un jour, une jeune femme, Sol, est passée par là ; et, sous le charme de la vallée et de l’apprenti-maçon/architecte/décorateur, elle a décidé de rester. Leur projet est encore un work in progress, et pas forcément du plus grand confort, mais c’est authentique, et on s’y sent bien : il émane de Pacha Cuty une atmosphère familiale, que la grande tablée de la cuisine, toujours occupée par des voisines passées échanger les derniers potins, ne fait qu’entretenir. On partage le quotidien du jeune couple comme si on avait toujours vécu sous le même toit, et Juan se met en quatre pour rendre service à ses hôtes. Et si je devais ajouter quelque chose pour convaincre les derniers sceptiques que cet endroit vaut le détour, imaginez donc une grande baie vitrée avec vue splendide sur la vallée et les montagnes environnantes, et le silence, seulement troublé par le pépiement des oiseaux et le chant du ruisseau attenant… un peu coin de paradis, je vous dis !

 

Amaichá del Valle - El Valle 1

 

Ma première matinée à Amaicha del Valle est donc dédiée au dolce farniente : mettre mon journal de bord à jour, lire et rêvasser dans le hamac, écouter le bruit de l’eau, des oiseaux et du vent dans les feuillages, et admirer le paysage…

 

En fin de matinée, Juan et Sol m’emmènent dans leur jeep jusqu’à Los Zazos, un hameau d’Amaicha ; de là, je marche pendant 2 km jusqu’à El Remate, un autre hameau ; le long de la route, déserte, quelques maisons très modestes donnent un aperçu de la vie rurale : poules picorant dans leur enclos, ânes et chevaux paissant dans leur pré, linge séchant au soleil…

 

Amaichá del Valle - Los Zazos 2

 

Amaichá del Valle - Los Zazos 1

 

Amaichá del Valle - El Pueblo

 

Je constate avec surprise que les maisons qui semblent les plus démunies ont pourtant une parabole pour la télévision : Juan, à qui j’ai ensuite soumis cette perplexité, m’a expliqué que dans cette région, la « vivienda » (maison, mais plutôt dans le sens de « endroit où l’on vit ») a peu d’importance – c’est plus un dortoir qu’autre chose, on vit dehors, dans les champs, dans la rue, dans les patios intérieurs…

 

Arrivée à la Reserva El Remate, totalement déserte et silencieuse, une sensation angoissante de solitude et de chaleur m’envahit au milieu de ce paysage aride de terre, pierre et cardones brûlés par le soleil et balayés par le « zonda », un vent chaud, fort et sablonneux :

 

Amaichá del Valle - Reserva El Remate 2

 

 

 

 seul le « dique » (petit canal) apporte un soupçon de fraîcheur,

 

Amaichá del Valle - Reserva El Remate 3

 

au milieu d’une sécheresse désolante due à des facteurs climatiques (ici aussi, le réchauffement global est une inquiétante réalité : il y a eu très peu de pluie cette année) et économiques (les mines de Catamarca, une provincia voisine, pompent chaque jour des millions de m3 de la nappe phréatique pour transporter les minerais dans des tuyaux) ; pour preuve, cette photo de la rivière qui alimente Amaicha, totalement asséchée :

 

Amaichá del Valle 1

 

Au lieu de la merveilleuse cascade dont Juan et Sol m’avaient parlé, je ne trouve qu’un maigre filet d’eau ; peut-être devrais-je pousser un peu plus loin, mais je ne me sens pas à l’aise et je m’empresse de rebrousser chemin. J’apprendrai plus tard qu’en réalité, El Remate était sec cette année…

 

Amaichá del Valle - Reserva El Remate 1

 

Je rentre donc à Amaicha (7 km à pied, ça use, ça use),  sur un chemin jalonné de petites urnes (offrandes, reliques, dévotions ?), croisant de temps en temps une voiture, un vélo, un scooter et quelques piétons, mais tout semble désert sous le soleil de plomb – c’est l’heure de la sieste, probablement…

 

Amaichá del Valle - Los Zazos 3



[1] Pacha Cuty Hostel, Amaicha del Valle, Valles Calchaquíes, Argentina ; Tel : [+54] (0) 381 156279396 ; Email : pachacutyhostel@hotmail.com ; http://www.amaichaviva.blogspot.com/

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