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Bonjour de France !

10 Juillet 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Réalités

Me voilà, fraîchement débarquée, me réadaptant peu à peu au fuseau horaire et aux coutumes françaises (l'agressivité gratuite d'un passager à l'aéroport de Paris m'ayant tout de suite plongée dans le bain..), avec le plaisir intense de retrouver ma petite famille, mes amis de toujours, mes chères montagnes, et la sensation d'être « à la maison ».


Etat d'âme étrange, où se confondent, parfois contradictoires, le sentiment de n'être jamais partie, ou de n'être partie qu'hier, tant tout redevient si familier, la nécessité d'établir sans cesse des comparaisons avec « là-bas », l'impression d'être déconnectée de certaines réalités, devenue comme une étrangère dans son propre pays.


L'impression première, c'est celle d'un pays organisé, propre, efficace... mais qui en a oublié, parfois, d'être humain, et qui ne sait pas apprécier à leur juste valeur cette organisation, cette propreté, cette efficacité. A l'instar de ces passagers français qui, tous bronzés, bagages pleins à craquer, rentrant très certainement de trois semaines de spa dans un resort au Maghreb ou dans les Antilles, ne savent que rouspéter et agresser leur prochain, quand dans d'autres pays moins développés et moins favorisés, l'on s'amuse des dysfonctionnements, et l'on en profite pour faire un brin de causette avec son voisin.


Directement liée à la question de la propreté et de la richesse, je suis frappée par l'élégance des édifices et des garde-robes - un raffinement qui avait fini par me manquer, dans un Brésil où l'architecture et la mode restent avant tout fonctionnels[1] : et en effet, lorsque vous vous demandez comment vous allez remplir votre estomac à midi, vous vous souciez bien peu de la couleur du revêtement de votre façade, ou de la coupe de votre veston !


Les villes du Brésil, sauf en cas de patrimoine historique préservé, sont donc plutôt laides : de la tôle, du fil électrique, des panneaux publicitaires, le tout sans harmonie, juxtaposé dans un chaos qui tient plus de la jungle que de la poésie urbaine.  Et l'habillement se résume à une paire de jeans ou un short, des « chinelos » (« tongs ») et un T-shirt de couleur plus ou moins voyante, les Brésilien(ne)s ayant une prédilection pour le jaune vif.


Je retrouve en France les immeubles style Haussman, les rues pavées, les balcons fleuris, des silhouettes plus sveltes, des tenues plus soignées, un comportement plus réservé. Et il faut que je me retienne désormais de « bater papo » avec quiconque, certains ici semblent s'en offenser. J'imagine le choc des Brésiliens à leur arrivée en France, eux qui sont habitués à de chaleureux « abraços » et doivent se heurter parfois à une froide politesse, quand ce n'est pas de l'animosité.


Et l'élégance n'est pas seulement dans les rues ou dans l'habillement : elle est aussi dans l'assiette, avec des plats plus fins et une nourriture ô combien plus variée ! La cuisine brésilienne est savoureuse, généreuse, colorée, épicée, mais elle tourne souvent autour des mêmes ingrédients (manioc, farofa, patates, pâtes, viande de bœuf, poisson frit et poulet grillé), et sans « arroz e feijão », point de salut ! Je vais bien sûr éprouver une forte « saudade » des fruits brésiliens (en particulier les ananas, mangues, papayes, pastèques, avocats, bananes... qui fondent dans la bouche en laissant un arc-en-ciel sur les papilles) mais quel bonheur que de croquer enfin dans un quignon de pain frais !


De l'authentique baguette française, et non pas ce « pão francês » au goût de papier mâché, véritable imposture que je me suis efforcée, avec chauvinisme, de dénoncer lors de mon séjour auprès des Brésiliens ; du fromage qui ressemble à du fromage, et pas à du plastique ; et ne parlons pas du vin, la réputation des vignobles français en disant encore assez long sur la question ; bref, la trilogie sacrée de notre gastronomie, que je célèbre avec une dévotion toute patriote... et gourmande !


 Je retrouve donc, peu à peu, des saveurs oubliées, des paysages inchangés, des codes de conduite à réapprendre, avec à l'esprit des images d'autres réalités et sur la langue de clandestins mots portugais. Lente et délicate réadaptation, qui se fait en douceur grâce à l'affection familiale et à l'amitié des fidèles, dans la (re)découverte de mon propre pays.

 

 

 

 



[1] Je parle ici des zones populaires de  l'intérieur du Brésil, ce que j'ai le plus eu l'occasion de découvrir ; la réalité serait bien sûr toute autre dans un complexe résidentiel de la haute-société de São Paulo ou de Rio de Janeiro...

 


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