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Campinas, la ville des hirondelles

6 Juillet 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Il était une fois...

A mon arrivée, en septembre dernier, une fois délivrée des formalités administratives, de la recherche de logement, et des inévitables complications d'une installation en pays étranger, j'avais voulu visiter Campinas et connaître ainsi la ville où j'allais vivre.


Mais mon entourage m'avait alors dit qu'il n'y avait rien d'intéressant à voir, et que j'allais y perdre mon temps ; je m'étais donc cantonnée à profiter du Barão Geraldo, l'un des quatre districts de Campinas, un quartier universitaire où, autour de l'Unicamp, se sont greffés autant de bars, restaurants, cinémas et lieux de divertissement que nécessaire à une movida estudantine : pas besoin, donc, d'aller voir plus loin.


Heureusement, ma route a croisé plus tard celle d'Ana Claudia, une authentique campineira, née et grandie à Campinas, qui m'a assuré qu'il valait la peine, malgré tout, d'y faire un petit tour et a insisté pour m'y accompagner, s'improvisant guide touristique le temps d'une belle journée de juin ensoleillée.

Il était temps, en effet, à la veille de mon départ, de savoir à quoi ressemblait la ville où j'ai résidé presque un an ! Je m'y étais déjà un peu promenée, ou plutôt, perdue[1], en de rares occasions ; mais cette fois-ci, les explications d'Ana Claudia ont éclairé ma lanterne sur d'intéressantes anecdotes.


Campinas s'appelait à l'origine « Campinas de Mato Grosso », en raison de la forêt dense (« mato grosso ») qui caractérisait la région ; elle n'était alors qu'un passage vers les mines d'or de l'intérieur, emprunté par les « Missões de Bandeirantes », ces missions d'explorateurs et d'aventuriers en quête de richesses.


La ville naquit réellement au XVIIIème siècle, sur la base d'une chapelle provisoire où une première messe officialise la fondation de Freguesia Nossa Senhora de Conceição de Campinas. En 1842, forte de 1207 habitants et de quarante habitations, elle accède enfin au statut de ville.


Bénéficiant d'un sol fertile de terre rouge, Campinas a longtemps reposé sur l'agriculture, et les plantations de canne à sucre, rapidement supplantées par le café ; un nouveau cycle se développe alors, avec la construction en 1872 de la « Companhia Paulista de Estradas de Ferro », attirant travailleurs libres et esclaves, et surtout, du capital ; Campinas devient alors l'une des plus grandes villes du Brésil.


Mais au début du XXème siècle, une épidémie de fièvre jaune ravage Campinas et emporte plus de 30% de la population : la ville se redresse pourtant fièrement, et reçoit à ce moment-là le surnom de « ville-phénix ». On l'appelle aussi « Princesa d'Oeste » (« Princesse de l'Ouest »), puisqu'elle est située à l'Ouest de São Paulo, la capitale de l'Etat. Ou encore, « Cidade das Andorinhas » (« ville des hirondelles »), car ces oiseaux printaniers avaient coutumes de la survoler en grand nombre par le passé.


A partir des années 1930, le déclin du café force la ville à réorienter son économie vers des activités davantage industrielles et tertiaires : la construction d'un dense réseau d'autoroutes reliant Campinas au reste de l'Etat, et la création d'un technopôle basé sur de prestigieuses institutions d'enseignement supérieur et de recherche ont ainsi contribué au renouveau d'une ville  qui reste pourtant dans l'ombre de São Paulo.


Le centre de Campinas a conservé quelques (rares) traces de ce passé riche et puissant : malheureusement, aucune opération de sauvetage des édifices anciens n'a été lancée, et ces derniers ont été peu à peu remplacés par des magasins, des centres commerciaux, des parkings... à l'instar de ces théâtres et cinémas à l'ancienne, comme l' « Ouro Verde », où  la petite Ana Claudia allait, émerveillée, assister à des spectacles avec ses parents il y a quelques vingt ans, et où trône aujourd'hui fièrement le logo de la marque « C&A » -  méfaits de la globalisation ? du modèle néo-libéral de (sur)consommation ? de la modernisation effrénée ?


Le fait est, sans vouloir jouer l'amère passéiste, que les pièces du patrimoine campineiro, sont bien cachées ! Mais Ana Claudia nous y mène, avec parfois l'hésitation de qui ne reconnaît pas sa propre ville, tant elle change rapidement...


Il y a d'abord, facile à repérer, Nossa Senhora da Conceição : quelconque de l'extérieur, mais décorée de bois sombres à l'intérieur, et dotée ainsi d'un charme particulier.


 


Puis le « Palacio dos Azulejos », anciennement «prefeitura » (« mairie ») de Campinas, et aujourd'hui « Museu do Som e da Imagem » (« Musée du Son et de l'Image »), avec affiches de cinéma légendaires, ses préhistoriques modèles d'appareils photos et caméras, ses collections de vinyles et tourne-disques, et sa fugace odeur d'antan...

 


Au bout de la Rua 13 de Maio, longue rue piétonne bordée de commerces à petits prix, bondée de passants, et bruyante à l'excès, se trouve l'ancienne Estação Ferroviaria, qui reliait São Paulo au reste de l'intérieur de l'Etat par le chemin de fer ; on dit (mais c'est juste une rumeur, qui a de quoi faire rêver plus d'un campineiro), qu'il existe un projet pour redonner vie à ce chemin de fer, en le reliant aussi à l'aéroport Viracopos de Campinas, ce qui faciliterait grandement la vie des pendulaires, sans parler des bénéfices pour l'environnement  mais avoir ce projet aboutir (si jamais il existe réellement), il va falloir des années...

 


L'Estação abrite aujourd'hui un centre culturel, et toutes sortes d'activités : expositions, cours de danse, de capoeira, de musique[2] : une façon de faire revivre un lieu abandonné, où le temps, sinon, semblerait s'être arrêté comme l'aiguille de cette horloge XIXème...

 


Autre vestige XIXème encore vivant, le Mercado, où la brique rouge et le fer forgé résonnent tous les jours des livraisons de fruits, des conversations des marchands, des négociations des clients pour acheter les ingrédients d'une feijoada, des épices, des herbes fines, ou des objets d'artisanat.


 



Plus loin, la Praça Carlos Gomes[3] et son grâcieux « coreto » (« kiosque ») invitent à une pause au milieu du chaos ; ils jouxtent la nouvelle prefeitura, grand édifice de marbre et de verre, et le quartier du Cambui, quartier bourgeois des résidences particulières.

 

 



Pour terminer ce parcours par une note gourmande, et me permettre de « matar a saudade » (littéralement, « tuer la nostalgie ») des goûters français, Ana Claudia m'emmène à la « Confeitaria Romana » :

 

 



là, dans une douce odeur de pain frais, mes yeux ébaudis voient se déployer de ravissants réduits aux noms bien de chez moi : « tarte Tatin », « Opéra », « macaron » et « éclair au chocolat »... et c'est sur un air de frangipane qu'Ana et moi trinquons à l'amitié franco-brésilienne !





[1] Moi qui, toute modestie gardée, peux me vanter de posséder un assez bon sens de l'orientation, et sais me repérer, avec un simple plan, dès mon arrivée dans une nouvelle ville, je dois reconnaître que je n'ai jamais su (et que je ne sais toujours pas) m'orienter à Campinas ; sans doute parce que je m'y suis toujours rendue accompagnée, et donc en me laissant guider ; ou bien parce que je n'en ai jamais eu de plan ; ou parce que toutes les rues se ressemblent ; le fait est que, (et je ne suis pas la seule, vu les échos que je reçois sur ce point-là) aujourd'hui encore, la topographie de Campinas reste un mystère pour moi...


[2] Ceux qui suivent mes aventures depuis le début  se rappelleront peut-être ce cours de percussions qui m'avait, dès mon arrivée, plongée dans les rythmes du Brésil...


[3] En hommage à Antônio Carlos Gomes (1836-1896), célèbre compositeur brésilien, auteur en particulier de l'opéra « II Guarany », qui raconte l'histoire d'amour impossible d'un Indien et d'une blanche.


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marc 13/05/2010 22:08


merci pour l article,je voudrais savoir plus de choses sur la ville depuis que tu y habites stp car je vais peut etre m y installer.et les demarches que tu as faites pour aller vivre au
bresil.merci de me repondre par email.a bientot