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"Festas juninas"

5 Juillet 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Amicales noctambules

Au mois de juin au Brésil, vous ne pourrez pas échapper à l'une des nombreuses « festas juninas » qui s'organisent deci et delà.


Ces fêtes tirent leur origine d'une lointaine tradition païenne qui célébrait l'arrivée du solstice d'été en Europe, et que le christianisme a récupéré pour rendre hommage à Saint-Jean, réalisant ainsi un syncrétisme qui, transplanté par les Portugais lors de la colonisation, n'a eu aucune peine à trouver sa place au Brésil, pays du métissage par excellence[1].


Les fêtes « joaninas » (de « São João") se sont rapidement appelées "juninas", car elles avaient lieu au mois de juin ("junho") ; et même si, hémisphère sud oblige, elles correspondent ici au solstice d'hiver, on les célèbre avec le même entrain !


Et le respect de nombreuses traditions populaires :


-          la « fogueira » : un grand feu de joie, autour duquel se déroulent jeux et danses, comme autrefois ; et on l'apprécie d'autant plus qu'au mois de juin, dans le Sud du Brésil, il fait « froid » !


 



-          le « mastro de São João » : connu en France et dans d'autres pays européens comme l'arbre de mai, il s'agit en fait d'un grand tronc d'arbre auquel l'on suspend trois petits drapeaux aux couleurs des trois saints célébrés durant le mois de juin : São João, São Pedro et Santo Antonio ; au Brésil et au Portugal, on y accroche aussi des épis de maïs et des oranges, cette tradition remontant certainement à des origines païenne plus lointaines ;


-          les ballons et feux d'artifice : des décorations en papier coloré, de grands ballons gonflables et des étincelles de toutes les couleurs suscitent toujours l'émerveillement des participants, depuis que les Portugais ont importé ces découvertes qu'ils puisaient dans leurs colonies d'Asie ;


-          la « quadrilha » : danse populaire importée de France lorsque les élites portugaises et brésiliennes valorisaient tout ce qui était à la mode de Paris, la « quadrille » était en vogue en France depuis le début du XIXème siècle et jusqu'à la Première Guerre Mondiale, et venait elle-même de la « contredanse », une danse de salon pratiquée par les élites aristocratiques françaises au XVIIIème siècle.


A son arrivée au Brésil, la quadrilha a rencontré un franc succès tant auprès de l'élite urbaine que des classes rurales, et s'est fondue avec les danses brésiliennes, abandonnant peu à peu les pas et rythmes français, et s'intégrant à un folklore national que les associations et clubs ont eu à cœur de préserver et maintenir vivant.


L'on rencontre à travers le Brésil diverses variantes de la quadrilha, la principale étant la « quadrilha caipira » : les danseurs, deux par deux, évoluent sur le rythme de la marche, ou, du moins, sur une cadence binaire, accompagnés d'une bande de musiciens (accordéon, guitare, triangle, cavaquinho, entre autres) et d'un « mestre marcante » ou « marcador », dont la présence est indispensable pour éviter la confusion : c'est lui qui détermine les figures que les danseurs doivent réaliser.


En général, le couple qui ouvre la danse est composé d'un « noivo » (« fiancé ») et d'une « noiva » (« fiancée »), réels ou fictifs - souvenir du rituel matrimonial anciennement lié aux fêtes de la Saint-Jean, qui célébraient également des fiançailles ou mariages. La compagnie suit, bras-dessus bras-dessous, tournant autour de la « fogueira », et exécutant les figures dictées par le « marcador » : « chuva » (« pluie », le cavalier doit protéger la dame de la pluie), « cobra » (« serpent », le cavalier doit prendre la cavalière dans ses bras pour la défendre d'un serpent), « cavaleiro se cumprimenta » (les cavaliers tirent leur révérence à la dame)... ; les couples se défont de part et d'autre du feu, pour mieux se refaire ensuite, et continuer avec d'autres figures : « tunnel » (les couples forment une galerie avec leurs bras, et chaque couple doit passer dessous), « caracole » (main dans la main, les danseurs forment une spirale autour du feu)... et autres amusements, jeux et épreuves bien semblables à ceux de nos traditionnelles « kermesses »... qui virent souvent à la débandade avec force rires et chahut !


-          les plats : une nourriture rustique et revigorante, avec des soupes et du « caldo de feijão » (une soupe de haricots rouges), accompagnées de vin chaud et, bien sûr, de bière coulant à flots ;

 


-          les costumes : d'origine champêtre, les festas juninas restent dans le thème, et les participants ont grand plaisir à se déguiser pour l'occasion en « caipira » : les hommes en chemises à carreaux et chapeau de paille, les femmes en robes colorées et cheveux tressés, le tout avec un air un peu lourdaud pour jouer de la caricature...


 



Bref, une preuve, encore, que les Brésiliens savent, toutes générations confondues, respecter des traditions populaires et s'amuser comme leurs aînés, dans une atmosphère simple et bon enfant !


 





[1] J'avais participé, il y a un an, à une fête de « Midsommar », version suédoise de la Saint-Jean : le feu de joie, le mât, les danses et les jeux populaires, tout y était également ! je n'ai pu donc, durant ces « festas juninas », m'empêcher d'établir un étrange parallèle entre Brésil et Suède, deux pays si distants, géographiquement et culturellement... mais où la chaleur des cœurs est la même, et je salue au passage mes amis scandinaves !


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