Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"Ó paí, ó !" : jour de fête au Pelourinho

1 Juillet 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #On tourne !

Le Pelourinho est justement le décor de « Ó paí, ó ! », un film de Monique Gardenberg de 2007, qui raconte un jour de la vie des habitants d'un immeuble de Salvador pendant la dernière journée du Carnaval. Tiré d'une pièce de théâtre, le film en a gardé le rythme soutenu et l'impulsion comique, portés par des acteurs criants de vérité.

 

 


Criants, c'est le cas de le dire : car le film résonne des interjections[1] que se lancent les voisins d'un étage à l'autre, pestant contre la responsable qui coupe l'eau ou le retardataire qui n'a pas payé son loyer depuis trois mois. Le quotidien d'une petite communauté, avec ses hauts et ses bas, ses moments de lâcheté et de  solidarité, mesquinerie et grandiloquence, bref, son humanité. Humains, les personnages le sont, profondément : et derrière le masque à la limite de la caricature, ils laissent percer une émotion cachée, un souvenir oublié, une blessure à peine pansée.


Il y a Roque (Lázaro Ramos), l'aspirant chanteur, qui rêve de célébrité et s'amourache de Rosa, une belle brunette danseuse de samba (sulfureuse Emanuelle Araújo) ; Yolanda (Lyu Arisson), un travesti coquet et amoureux ; Dona Joana (virulente Luciana Souza), qui tente de contenir les garnementeries de ses deux polissons de fistons en les envoyant au catéchisme ; Psilene (Dira Paes), de retour d'Europe où elle était partie épouser un mystérieux riche Suisse, et dont les incessantes allusions au « chique » européen cachent en réalité une secrète désillusion ; et toute une galerie de truculents personnages, s'exprimant avec la gouaille du Pelô et une répartie sans égale.


Les uns valsent entre amours, jalousies et trahisons, les autres observent, commentent et ragotent. Et en cette fin de Carnaval, l'humeur est au grain de folie, à la créativité, et à la sensualité. Une mosaïque de micro-histoires qui s'imbriquent et se fondent en musique, celle de la fête et de Caetano Veloso, auteur de la bande son.


Pourtant d'excellente facture, « Ó paí, ó ! » n'a pas su emporter l'adhésion du public dans les salles, n'arrivant pas même à quatre cent mille spectateurs ; c'est pourtant un concentré débordant de vie et d'ironie, un morceau de Bahia, explosant de couleurs, et un chaleureux hymne à Salvador.



[1] « Ó paí, ó ! » est justement une expression bahianaise, abréviation de « Olhe pra isso, olhe » : « regarde-moi ça ! »


Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article