Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Salvador : où bat le coeur de Bahia

30 Juin 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Salvador de Bahia se divise en deux, la « Cidade Alta » (« Ville Haute ») et la « Cidade Baixa ») (« Ville Basse »), reliées entre elles par des rues pavées et escarpées. Le cœur de Salvador bat dans le Pelourinho (« Pelô » pour les intimes), au centre de la Ville Haute. Un quartier pittoresque, réhabilité et restauré depuis les années 1990, à l'occasion de son inscription au Patrimoine mondial de l'Humanité de l'UNESCO en 1985 : s'il a donc perdu une partie de son ancienne population, invitée à se loger ailleurs, il est devenu aujourd'hui plus qu'un musée à ciel ouvert - une bulle de culture en effervescence, avec école de danse, de musique, de capoeira, centres d'artisanat, ateliers collectifs, etc.

 



Mon itinéraire part de la Barra, une rive animée jalonnée de trois forts ; le plus impressionnant, le Forte de Santo Antônio da Barra, plus connu sous le nom de Farol da Barra, est aussi la plus ancienne forteresse de la Bahia, construit dans une forme octogonale en 1598.

 



Longeant le bord de mer, je rejoins ensuite dans la Ville Basse le Mercado Modelo, l'ancienne douane datant de 1861, détruite par un incendie en 1986, reconstruite et transformée ensuite en un marché touristique animé, où l'on trouve dans un bric-à-brac bigarré objets d'artisanat et vêtements typiques de la Bahia.

Etrange (ironique ?) destination que celle d'un lieu historiquement monstrueux, anciennement dédié à la Traite des Noirs : ceux-ci, récemment débarqués après une traversée dans les conditions que l'on sait, étaient de nouveau parqués et entassés dans le sous-sol humide de cet édifice, en attendant d'être mis en vente aux enchères... maintenant, ce sont leurs descendants qui vendent aux touristes en soif d'authenticité afro-bahianaise des articles qui étaient autrefois prohibés.


En face du Mercado Modelo se dresse l'Elevador Lacerda, un ascenseur de style Art déco qui permet aux touristes et aux habitants (50 000 passagers par jour) de regagner la Ville Haute en quelques dizaines de secondes : pour la modique somme de 40 centimes de reais, quatre ascenseurs montent en 20 secondes dans une cage de ciment de 72 m ; le système a été perfectionné au fil des siècles : des Jésuites avaient en effet installé dès 1610 un dispositif de poulies et de câbles permettant de hisser passagers et marchandises du port jusqu'à la colonie ; en 1868, on inaugura une structure d'acier soutenant des ascenseurs à vapeur cliquetants, remplacés en 1928 par un système électrique. Mais ce qui vaut vraiment le détour, c'est la vue à travers les fenêtres de verre à l'arrivée : on y découvre la célèbre Baía de Todos os Santos dans toute sa splendeur, baignant dans le bleu et le scintillement du soleil...

 


En sortant de l'Elevador Lacerdo l'on accède à la Praça Municipal, appelée aussi Praça Tomé da Sousa, en hommage au gouverneur-général qui fonda Salvador en 1549. Cette place fut le siège politique colonial du Brésil pendant plus de deux cents ans, avec le Palácio Rio Branco, qui hébergeait le cabinet de travail de Tomé de Sousa, et la Câmara Municipal, où se réunissaient les autorités municipales de Salvador.




La Rua da Misericórdia mène jusqu'à la lumineuse Praça da Sé, une place en forme de L, où les enfants, danseurs de rue, touristes et personnes âgées se croisent avec nonchalance, les uns courant après un ballon, les autres assis sur banc, discutant tranquillement de la pluie et du beau temps et faisant appel, quand l'envie les en prend, aux vendeurs de café ambulant : le Café da Paz (« Café de la Paix ») a su joindre l'utile et l'agréable, puisqu'à côté de ses thermos de café (sucré, forcément !) et de lait, il passe aussi des CDs...

 



L'extrémité de la Praça da Sé débouche sur le Terreiro de Jesus (officiellement Praça XV de Novembro), une vaste esplanade qui tire son nom de l'Eglise des Jésuites que l'on appelle désormais Catedral Basílica.




A partir de là, l'on entre véritablement dans le Pelourinho.


Toutes les rues convergent vers le Largo do Pelourinho (officiellement Praça José de Alencar), le cœur historique du Pelô, qui lui a d'ailleurs donné son nom : c'est là que les esclaves étaient vendus aux enchères ou que les récalcitrants étaient châtiés publiquement (pratique légale au Brésil jusqu'en 1835), attachés à un pilori (« pelourinho ») dont on garde encore la base, comme mémoire douloureuse d'un sombre passé.

 



Sur le Largo trône une église d'une atypique couleur bleu pervenche : édifiée sur un terrain que le roi du Portugal léga en 1704 à l'Irmanidade dos Homens Pretos (la "Fraternité des Hommes Noirs"), l'Igreja Nossa Senhora do Rosário dos Homens Pretos mit un siècle pour être achevée : les esclaves ne pouvaient en effet y travailler que durant leur temps libre (rare) et avec leurs propres ressources (maigres).

 


En remontant vers le Terreiro do Jesus, l'on accède au Cruzeiro de São Francisco, une place qui tire son nom de la croix placée en son centre. A son extrémité, l'Igreja de São Francisco, chef-d'œuvre baroque achevé en 1723, offre un contraste saisissant entre une façade austère (en accord avec la règle des Franciscains) et un intérieur d'une riche profusion d'ornementations, comme les sculptures en bois ornées de feuilles d'or et les azulejos du cloître du couvent attenant.

 



Salvador en général et le Pelourinho en particulier regorgent d'églises où l'on peut admirer la splendeur de l'âge baroque importé par les Portugais[1], mais tout aussi bien les subterfuges inventés par les esclaves africains qui travaillaient à leur construction pour y exprimer leurs propres croyances : entre autres, celles qui vantent la fertilité, dotant les statues de sexes démesurés et peignant les femmes enceintes  - ajouts créatifs masqués plus tard par les puritains furibonds.


D'autres dévotions ont eu la vie plus dure, à l'instar de la « fita de Nosso-Senhor-do-Bonfim » : un ruban de tissu coloré que l'on vous noue autour du poignet en faisant trois nœuds ; à chacun de ces nœuds vous devez formuler un vœu, qui se réalisera quand le ruban se sera défait tout seul (car il n'est pas permis de le retirer auparavant, sous peine de ne pas voir son vœu exaucé) ; et tout touriste de retour de Salvador rentre forcément avec le bras couvert de rubans : un véritable arc-en-ciel !

 


En réalité, cette amulette date de la fin du XVIIIème siècle, elle était alors vendue lors des fêtes religieuses au bénéfice du saint dont on sollicitait la protection, et l'usage traditionnel était de la porter autour du cou (chaque saint étant lié à une couleur particulière) ; la superstition des trois nœuds n'est qu'un dérivé moderne de cette vieille tradition.


Mais le véritable charme du Pelô, c'est d'errer au gré de ses rues pavées, le nez au vent, scrutant les façades et balcons ouvragés des palais XVIIème, observant l'animation des rues, admirant l'habileté marchande des vendeurs de souvenirs, s'arrêtant le temps d'une démonstration de capoeira, absorbant les couleurs des murs roses, verts, jaunes, buvant le bleu du ciel entre deux clochers baroques, écoutant le chant du tambour, savourant un acarajé acheté à la « Baiana » du coin : majestueusement installée dans ses atours blancs, robe brodée et turban, ondulant de ses hanches généreuses avec une sensualité coquine, elle rit de toutes ses dents à je ne sais quels mots doux susurrés par un admirateur gourmet...



[1] Après Lisbonne, Salvador était la deuxième ville de l'Empire portugais et la gloire du Brésil colonial, réputée pour ses églises rutilantes d'or et ses splendides demeures coloniales, mais aussi pour ses fêtes : au point que, dès le XVIIème siècle, elle avait acquis le surnom de Baía de Todos os Santos e de Quase Todos os Pecados (« Baie de Tous les Saints et de Presque Tous les Péchés ») !


Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article