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Bahia, la perle noire du Brésil

30 Juin 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Il était une fois...

Terre pluriséculaire des « engenhos » et de la canne à sucre, autre région du Brésil connue pour ses plages idylliques où il fait bon siroter une água de coco à l'ombre des palmiers, j'ai nommé : la Bahia. Entre autres bords de mer paradisiaques, la Praia do Forte, un projet d'éco-tourisme devenu l'un des rendez-vous de la bonne société de Salvador et des Brésiliens en vacance ;




ou Lauro de Freitas, à quelques dizaines de kilomètres seulement de Salvador, une plage discrète et tranquille, fréquentée par des familles, de jeunes surfeurs et de vieux joggeurs.


 



Mais attention, ne pas s'y tromper : la séduisante façade balnéaire cache souvent une profonde misère.


La Bahia est en effet l'un des Etats du Nordeste les plus pauvres du Brésil ; quoique... pauvre, non ; déséquilibré, assurément ; car l'on y trouve tant les richissimes rejetons de la plus ancienne aristocratie brésilienne que les descendants des esclaves noirs, se côtoyant dans un paysage où les grandes villas s'adossent parfois à des favelas.


Car c'est dans la Bahia qu'a commencé l'histoire du Brésil post-colombien. Lorsqu'Amerigo Vespucci y débarque en 1501, elle n'est peuplée que de tribus indiennes Pataxó ; et le fertile recôncavo qu'il baptise alors de « Baía de Todos os Santos » (la « Baie de Tous les Saints ») n'intéresse pas encore les Portugais, qui préfèrent s'établir dans la région de São Paulo, et ne fondent Salvador, première capitale du Brésil, qu'en 1549 ; l'intérieur des terres sera conquis et peuplé peu à peu par des expéditions appelées « entradas » (« entrées »), au départ des ports de Salvador, Ilhéus et Porto Seguro et en direction du Nord et du Nord-Est, en suivant les fleuves.


Dédiée d'abord à l'exploitation et au commerce du « pau-brasil », l'arbre qui donnera son nom au pays, la Bahia développe progressivement le système des grandes plantations de tabac et de canne à sucre,  les conditions climatiques et l'ouverture du marché portugais favorisant particulièrement l'industrie sucrière. Le besoin de main-d'œuvre allié à la proximité des côtes africaines fait alors rapidement de la Bahia une plaque-tournante du trafic d'esclaves, avec une première « cargaison » venue de Guinée en 1538 :


 



mais après l'abolition en 1888, les Noirs étaient si implantés dans la région que bien peu sont retournés en Afrique ; et l'on parle ainsi encore aujourd'hui de « Bahia la noire », concentrant dans le sein de sa baie une population à dominante afro et métisse, qui revendique (plus ou moins) fièrement ses origines et sa culture.


Son statut de capitale historique confère à la Bahia un esprit fier et indépendant. Entre 1534 et 1566, cinq capitaineries héréditaires sont fondées dans le territoire de la Bahia, et conservées jusqu'au XVIIIème, quand la région est attaquée par les Anglais et les Hollandais ; opposant une farouche résistance, les Bahianais réussissent à repousser les envahisseurs, et construisent pour leur défense un fort dont l'emplacement stratégique dans la baie décourage de futures attaques, malgré les tentatives répétées des Hollandais établis à Recife à cette époque.


 


1798 : la Bahia est sous le coup de la « Conjuração Baiana », ou « Conjuração dos Alfaiates » qui proclame la República Bahiense, dirigée par un groupe de noirs instruits associés à une élite libérale ; la répression est sanglante, et les conjurés exécutés en 1799.


Forts de cette expérience de rébellion, les Bahianais mènent la lutte pour l'émancipation dès 1821, bien avant que Dom Pedro I ne proclame l'Indépendance du Brésil. A ce moment-là, la Bahia était déjà dotée d'un gouvernement provisoire, qui s'opposait farouchement aux troupes portugaises présentes à Salvador. L'envoi de renforts permet la libération de Salvador en 1823, et l'intégration de la Bahia au tout jeune Royaume brésilien.

Cette histoire à la fois lumineuse et sombre a laissé en héritage une culture métissée, où les origines indigènes, africaines et portugaises se croisent et s'entremêlent, apportant leurs touches colorées et leurs saveurs d'ailleurs à une cuisine épicée, à des danses élancées, à des rites inspirés, dans une mosaïque bigarrée où chaque facette brille d'un éclat particulier.


Aujourd'hui, la Bahia a perdu beaucoup de son lustre d'antan, mais les années 1990 lui ont redonné un peu d'élan, avec l'ouverture du littoral Nord à l'industrie touristique et l'inscription du Pelourinho (le centre historique de Salvador) au Patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO.


Visite guidée dans le prochain billet.

 

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