Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le « sertão », cœur du Brésil profond

29 Mai 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Sertão : en portugais ancien, désigne la terre de l’intérieur, par opposition au littoral, soit les zones éloignées des centres urbains, l’arrière-pays, les campagnes. Ce terme apparaît dans le premier document officiel de l’histoire du Brésil, le rapport que Pedro Vaz de Caminha remit au roi Dom Manuel Ier en 1505 sur la découverte de ce que l’on appelait alors l’ « Ilha de Vera Cruz ». Il sera ensuite repris, surtout au pluriel (« sertões ») par les aventuriers débarqués sur le nouveau continent comme synonyme de contrées sauvages, en marge de la civilisation.

Mais le Brésil assiste, aux XVIème et XVIIème siècle, à un processus de conquête et de colonisation parti du littoral vers l’intérieur des terres, l’expansion de la culture de la canne à sucre repoussant l’élevage de bétail vers les espaces vierges de l’intérieur. Les éleveurs partirent donc avec leurs bœufs[1], trouvèrent dans le sertão les terres disponibles qui leur manquaient, et s’y installèrent, rejoints par les travailleurs pauvres qui trouvaient alors à s’employer comme « peões » (garçons vachers).

Longtemps considéré comme une zone peuplée de rustres, qui faisaient la risée des pièces de Martins Pena (dramaturge brésilien des années 1850) et des élites cariocas, le sertão conserve aujourd’hui l’image d’une région dure, aride, où règnent sécheresse, misère paysanne et féodalisme agraire.



Les « sertanejos » (habitants du sertão) ont la réputation d’hommes courageux et forts, résistants aux durs labeurs de la terre et de l’élevage, qui est aujourd’hui encore la principale activité économique de la région, le bœuf étant plus qu’un simple animal, un véritable protagoniste de la vie du sertão, au centre des traditions folkloriques, comme le célèbre « bumba-meu-boi » (dont je vous reparlerai sous peu).

Le sertão actuel désigne plus particulièrement la région centre et ouest du Nordeste du Brésil, et le paysage des caatingas :



des contrées incultes, au sol pierreux parsemé d’épineux, au climat chaud et sec alternant avec une saison des pluies d’octobre à février, qui ont inspiré les pittoresques paroles de cette chanson à Bernard Lavilliers :


 « Caruarú hotel centenario, suite princière, vue sur les chiottes, télé couleur,
courant alternatif.
Les pales du ventilateur coupent tranche à tranche l'air épais du manioc

Le dernier texaco vient de fermer ses portes
Y a guère que les moustiques pour m'aimer de la sorte
Leurs baisers sanglants m'empêchent de dormir
Bien fait pour ma gueule ! J'aurais pas dû venir ...
Calé dans ton fauteuil tu écoutes ma voix
Comme un vieux charognard tu attends que je crache
La gueule jaune des caboclos, Antonio Des Morte
Capangas machos à la solde des fazendeiros

Pour te donner un avant-goût de vacances intelligentes.
Ceux qui vendent du soleil à tempérament,
Les cocotiers, les palaces, et le sable blanc
Ne viendront jamais par ici,
Remarque il paraît que voir les plus pauvres que soi, ça rassure.
Alors allez-y, ici, tout le monde peut venir, ici il n'y a rien

Un soleil ivre de rage tourne dans le ciel
Et dévore le paysage de terre et de sel
Où se découpe l'ombre de lampião
D'où viendront les cangaceiros de la libération ?
Le cavalier que je croise sur son cheval roux
Son fusil en bandoulière qui tire des clous

A traversé ce désert, la sèche et la boue
Pour chercher quelques cruzeiros à Caruarú
Un éternel été émiette le sertão
Le temps s'est arrêté en plein midi
Il y a déjà longtemps

En attendant que l'enfer baisse l'abat-jour
Qu'on se penche sur ta misère du haut de la tour
Tu n'as que de la poussière pour parler d'Amour
Aveuglé par la lumière comme dans un four

Que tous les chanteurs des foires gueulent ta chanson
Même si c'est le désespoir qui donne le ton
Tu n'as pas peur de la mort, même tu l'attends
Avec ton parabellum au cœur du sertão

Un soleil ivre de rage tombe dans le ciel
Et dévore le paysage de terre et de sel
Où se découpe l'ombre de lampião
D'où viendront les cangaceiros de la libération
Sertão, sertão, sertão... »

 

Bernard Lavillier, « Sertão » (1980)



[1] L’on dit ainsi de la colonisation du Brésil qu’elle s’est faite « nas patas do boi » : « sur les pattes du bœuf. »

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article