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"Grande sertão : veredas"

28 Mai 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Au fil des pages...

Œuvre maîtresse de João Guimarães Rosa, ce roman de 1956 est paru en traduction sous le titre de Diadorim ; dans ce monumental roman épique à multiples strates, l’auteur mêle goulûment les archaïsmes, mots et tournures du parler populaire, régionalismes, termes érudits, vocables empruntés aux langues étrangères, néologismes, purismes et expressions idiomatiques, créant de toutes pièces une langue nouvelle telle que l’on parle à propos de cette œuvre de « revolução rosiana » (« révolution rosienne »).

 

Car João Guimarães Rosa (1908-1967),



médecin, écrivain et diplomate brésilien, est un habile polyglotte aimant à jongler avec les mots et les lettres
, comme il le confiait dans une lettre à une sienne cousine :

 

« Je parle portugais, allemand, français, anglais, espagnol, italien, esperanto, un peu de russe ; je lis le suédois, le néerlandais, le latin et le grec (mais avec un dictionnaire à portée de main) ; je comprends quelques dialectes allemands ; j'ai étudié la grammaire du hongrois, de l'arabe, du sanscrit, du lituanien, du polonais, du tupi, de l'hébreu, du japonais, du tchèque, du finlandais, du danois ; j'en baragouine quelques autres. Mais toutes mal. Et je pense qu'étudier l'esprit et le mécanisme des autres langues aide beaucoup à une compréhension plus profonde de sa propre langue. Principalement quand on étudie pour le divertissement, par goût et pour le plaisir. »

 

L’extrême nouveauté, l’originalité du langage de Rosa, et ses écarts par rapport à la norme du portugais en rendent la lecture ardue, et ses ouvrages souvent obscurs, voire impopulaires ; empruntant à la fois au langage populaire de sa région natale, le Minas Gerais, au portugais médiéval du Portugal, il est ensuite allé glaner la parlure du sertanejo (habitant du sertão), créant une langue composite aux différents accents (« il me faut tout, le langage du Mineiro, du Brésilien, du Portugais, il me faut le latin, peut-être aussi la langue des Esquimaux et des Tartares. Nous avons besoin de mots nouveaux! ») et une prose au caractère oral et primitif (« je veux retourner chaque jour aux origines de la langue, là où le verbe se trouve encore caché dans les entrailles de l’âme. »), dotée d’une intense musicalité et poéticité.


Grande sertão: veredas
est l’oeuvre maîtresse de Rosa, que l’auteur appelait son « autobiographie irrationnelle » : on a pu y voir une grande allégorie de la condition humaine, le considérer comme un roman philosophique, psychologique, initiatique, d’éducation, comme une épopée apparentée aux romans de geste, ou établir des parallèles avec les littératures et mythologies orientales. Mais rien n’interdit, en dépit de toutes ces strates interprétatives, de le lire aussi comme un roman d’aventures captivant, aux multiples péripéties, et au dénouement inattendu.

 

A travers amours et guerres, envoûté par l'énigmatique Diadorim, évoquant toutes les aventures qui firent de lui un preux "jagunço", un gardien de troupeaux, Riobaldo raconte les journées encore brûlantes passées de bataille en bataille, les longues chevauchées à méditer sur la vie et la mort, dans le décor aride du sertão, lieu de l'épreuve, de la révélation et de la confrontation à l'infini.

 

"Brutal, tendre, cordial, sauvage, vaste comme le Brésil lui-même", disait à propos de ce livre Jorge Amado, autre grand écrivain brésilien.



 

Diadorim, de João Guimarães Rosa, traduit du brésilien par Maryvonne Lapouge-Pettorelli, Editions Albin Michel, 501 pages, 24 euros.

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