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São Luís do Maranhão

27 Mai 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

São Luís, capitale de l’Etat du Maranhão, est la seule capitale d'État du Brésil qui n'a pas été fondée par les Portugais et dont le nom est d'origine française : en 1594, des naufragés français abordent l'île actuelle, s'y trouvent bien et s'y fixent. Le 8 septembre 1612, les français Daniel de La Touche, connu en tant que seigneur de la Ravardière, et François de Rasilly, débarquent sur l'île et y construisent d'abord un ouvrage défensif appelé fort Saint Louis en l'honneur de Louis XIII. Ils sont en effet chargés de mission par le roi qui souhaite développer, depuis la Guyane, une « France équinoxiale ». Mais le mariage franco-espagnol du roi avec Anne d'Autriche impose l'amitié avec les Espagnols, alliés aux Portugais dans l'aventure brésilienne : le projet de la France équinoxiale est abandonné, la mission française, privée de soutien, est conquise par les Hollandais puis les Portugais en 1615. On y respire donc davantage un petit air de Lisbonne ou de Madrid que de Paris...



Longtemps dédiée au commerce de matières premières (sucre, riz, coton) vers la métropole portugaise, São Luís connaît un essor à l’époque coloniale, où la ville se dote de grands bâtiments commerciaux, de demeures somptueuses et de quelques églises, formant un bel ensemble architectural de près de 4.000 bâtiments, que l'on appelle le Centro Histórico, inscrit en 1997 au patrimoine mondial de l'Humanité de l'UNESCO, dont la rénovation, appelée « Projeto Revivir » a débuté en 1980 et se poursuit actuellement.


Certes, il est des édifices incontournables :

-          le Palácio dos Leões (palais des Lions) ou Palácio do Governo : érigé par les Français en 1776 sur les ruines du fort St Louis, cette bâtisse rend hommage au roi Louis XIII et abrite aujourd’hui le siège du Gouvernement de l'État.

-          la Catedral Matriz da Sé : construite par les Jésuites en 1629 puis reconstruite en style néoclassique, et donnant sur la praça Benedito Leite, joli square entouré de beaux bâtiments rénovés.

-          Le Teatro Azevedo : construit en 1815 dans une structure néogothique, il offre encore une programmation théâtrale appréciée.


Mais le véritable charme de São Luís, c’est d’errer au gré de ses ruelles pavées, glissant un œil indiscret dans une porte cochère entrouverte donnant sur un élégant patio, admirant les balcons de fer forgé, les fenêtres à volets colorés,



et surtout… les azulejos, céramiques décorées qui ont fait la célébrité de São Luís. Sous le soleil, leur éclat renvoie la lumière et illumine les rues, dans un miroitement enchanteur.


São Luís est aussi la capitale brésilienne du reggae : on y croise donc toutes sortes de rastas, plus ou moins marginaux, vendant bijoux d’artisanat ou une simple chanson dans une pâle imitation de Bob Marley ;



mais on s’y retrouve aussi entre passionnés à la mi-novembre, lors du Festival Maranhense do Reggae.


La musique règne donc à São Luís, où j’ai pu moi-même, dans une ambiance pré-carnavalesque, alors que les bonecos (grandes poupées de tissu et papier mâché) s'exhibent déjà fièrement, impatients d'aller parader

 

 

assister à un ensaio (« répétition ») de danse africaine au pied du Palacio dos Leões :



rythmes emballés de percussions afros, femmes noires dansant avec allégresse, pieds nus, vêtues de caracos blancs et de jupes bariolées, balançant le bassin avec une sensualité sans pareille ; plus loin, c’est le tambour lent d’une capoeira qui surgit de nulle part : sans doute une roda s’entraînant par là, dans le fond d’une maison, laissant dériver mon imagination vers des danseurs en pantalon blanc, torse musclé et doré, se mouvant avec la grâce de jeunes léopards… quand des notes de piano fugitives s’échappent soudain d’une fenêtre ouvragée,moment de poésie surgi au détour d’une ruelle, terminant en beauté ce parcours musical improvisé.




Néanmoins, ce bel îlot culturel et architectural, vestige d’une époque riche et fastueuse, ne doit pas faire oublier que le Maranhão, territoire-charnière entre l’Amazonie et le Nordeste, fait partie des Etats les plus pauvres du Brésil : un Etat dominé par le sertão, ces vastes étendues de terre sèche, où rien ne pousse et rien ne paît, rien ne se passe si ce n’est la famine et la misère, ce « polygone de sécheresse » que le grand écrivain brésilien João Guimarães Rosa s’est employé à décrire dans son roman épique Grande Sertão : Veredas.  

 

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