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Bien « Tristes Tropiques »

24 Mai 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Au fil des pages...

« Je hais les voyages et les explorateurs » : abrupte déclaration que celle de Claude Lévi-Strauss à l’incipit de Tristes Tropiques ; mais annonciatrice de la critique désabusée qu’il y réalisera, dénonçant le faux exotisme et le sensationnel voyeuriste dont tant de récits d’aventures se nourrissent et tant de touristes du dimanche se repaissent.

 

Né à Bruxelles en 1908, formé en droit, agrégé de philosophie et docteur ès lettres, Claude Lévi-Strauss se lance dans l’ethnographie en 1939 :



enseignant au Brésil, il part à la rencontre des tribus Mundé et Tupi Kawahib, avant de s’installer aux Etats-Unis pendant l’Occupation. Là, aux côtés de l’anthropologue Franz Boas et du linguiste Roman Jakobson, il pose les jalons de la pensée structuraliste et révolutionne la pensée des sciences humaines. En 1955, alors spécialiste de renom, ethnologue réputé, il publie un livre inattendu qui tranche avec la froide objectivité scientifique et connaît un énorme succès, tant public que critique : Tristes Tropiques  sera ainsi salué comme un ouvrage qui sort des sentiers battus de l’ethnologie, et son auteur reconnu comme un écrivain de talent, membre de l’Académie Française.

 

Tristes Tropiques[1] fut publié dans la collection « Terre Humaine », une collection créée par l’ethnologue Jean Malaurie pour diffuser un nouveau genre de livre, permettant à l’ethnologue de sortir du carcan scientifique pour endosser la peau d’un écrivain et livrer impressions, souvenirs et états d’âme. Aussi Tristes Tropiques se trouve-t-il à mi-chemin de l’autobiographie, de la méditation philosophique et du témoignage ethnographique.

 



Claude Lévi-Strauss y décrit les particularités culturelles des Indiens Bororos, Nambikwaras et Tupis qu’il a rencontrés sur le plateau du Mato Grosso et dans l’Etat du Rondônia, au Brésil ; mais, au gré des pages, il se rappelle aussi sa fuite de l’Europe au moment de l’occupation allemande, son passage par les Antilles, dans un va-et-vient entre Ancien et Nouveau Monde, agrémenté de réflexions sur le voyage, et sur son voyage. Autant que ses pérégrinations, Claude Lévi-Strauss retrace ainsi son parcours intellectuel, et l’apprentissage du métier d’ethnologue, non dénué de désillusions et d’amertume.

 

Car ce que nous révèle cette incursion au cœur des sociétés traditionnelles, c’est que le « progrès » n’a pas partout le même effet, et que la civilisation occidentale, en s’exportant, entraîne avec elle destruction, guerre et désolation, provoquant l’extinction de nombreuses peuplades dites « primitives » et dévastant l’écosystème.

 

« Ouvrage poignant, Tristes tropiques porte en soi le remords de l'Occident et la difficile posture de l'ethnologue, écartelé entre des mondes inconciliables. » (Régis Meyran)

 

Et trouve des échos aujourd’hui encore, dans la difficile (impossible ?) conjugaison de deux temps, celui des traditions pluriséculaires et celui du soi-disant progrès dans un monde chaque jour plus globalisé…



[1] Tristes Tropiques, de Claude Lévi-Strauss, 1955, rééd. Pocket, coll. « Terre humaine », 2001.

 

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