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Belém do Pará, porte de l’Amazonie

1 Mai 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Une porte, c’est toujours à la fois une entrée et une sortie ; un port aussi. Belém est tout cela à la fois, une porte d’entrée pour les marchandises importées, ma voie de sortie de l’Amazonie, un port effervescent et plein de vie.



 

Contrairement à Manaus, Belém connut une période coloniale faste : déclarée territoire portugais à la fin des années 1630, elle accueillit des missionnaires jésuites venus évangéliser les populations indiennes, et des colons portugais originaires des Açores. Ces derniers, réduisant les « filhos do mato » (« fils de la forêt ») en esclavage, les exploitaient pour trouver le cacao, la vanille, la cannelle, l’indigo, la fourrure et les carapaces de tortue qu’ils destinaient à l’exportation. Richesses naturelles et main-d’œuvre peu coûteuse qui firent de Belém une colonie prospère, jusqu’à l’épuisement de la population indienne, décimée par les épidémies.

 

Vestige de cette époque lointaine, la « Cidade Velha » (« Vieille Ville ») regroupe différents édifices rappelant le passé colonial de Belém : le Forte do Castelo (« Fort du Château »), édifié en 1616, surplombe le fleuve ; la Catédral da Sé et sa façade aux tours jumelles, construite dans les années 1750 dans un style hybride mêlant le baroque au néoclassique colonial ;



le Palácio Antonio Lemos, bâti dans le style Empire brésilien entre 1860 et 1883 pour faire office d’hôtel de ville ; et le Palácio Lauro Sodré, ancienne résidence des représentants du Portugal et des gouverneurs de l’Etat du Pará, élégant édifice de style néo-palladien inauguré en 1772, a été le théâtre d’une scène sanglante lors de la guerre civile de 1835.

 

En 1820, une scission au sein de la classe dirigeante blanche s’étendit aux autres franges de la société (indiens, noirs, mestiços…), engendrant un mouvement révolutionnaire se répandit à travers le Pará comme un feu de paille. En 1835, les guerrilleros marchèrent sur Belém, prirent la ville, y instaurèrent un mouvement populaire, exproprièrent les marchands aisés, distribuèrent de la nourriture et proclamèrent l’indépendance de Belém. Un blocus de la Marine Britannique, la Grande-Bretagne étant alors le principal partenaire commercial du Brésil, étouffa dans l’œuf cette révolution. Mais le mouvement se réfugia dans l’arrière-pays pour continuer la résistance ; pendant quatre ans, l’armée brésilienne pourchassa et massacra quiconque lui semblait hostile. La « révolte des Cabanagem » fut l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire du Brésil, et l’on compte 30 000 victimes sur les 150 000 habitants que le Pará comptait alors.

 

La fin du XIXème siècle vit l’essor de la production de caoutchouc ; comme Manaus, Belém vécu une grande transformation, passant de 40 000 habitants en 1875 à plus de 100 000 en 1900, se dotant de l’électricité, du téléphone, de grands monuments, tels que le Teatro da Paz, bâti entre 1869 et 1874, dans un style néoclassique mais avec toutes les fioritures de l’époque : connes, bustes, miroirs de cristal et décors à l’italienne.



 

Belém s’équipa aussi de nouvelles installations portuaires, nécessaires à ces nouveaux flux d’exportation. Aujourd’hui, Belém est une grande plateforme par laquelle transitent près de 800 000 tonnes de fret, en particulier du bois, mais aussi du soja, du poisson, des crevettes, des noix du Brésil et des cœurs de palmier, et un ambitieux projet entamé en 2000 a vu revivre les anciens quais, transformant trois entrepôts délabrés en un séduisant centre commercial regroupant restaurants, boutiques branchées, stands d’artisanat chic : « l’Estação das Docas », où il fait bon se promener sous les grues jaunes qui rappellent le passé portuaire de Belém, avant de s’attabler déguster un plat de « espaguetes aos frutos do mar » (« spaghettis aux fruits de mer ») sur une agréable terrasse. Cette harmonieuse architecture mêlant l’ancien et le moderne est un lieu phare de la vie nocturne.



 

Mais le véritable cœur de Belém, c’est le Mercado « Ver-o-peso », baptisé ainsi à l’époque coloniale, quand les Portugais exigeaient de « ver o peso » (vérifier le poids) des marchandises afin de calculer les taxes. Repère de pickpockets, il faut s’y balader en restant très vigilant. Mais offrez-vous tout de même le plaisir d’errer au travers des étals de farines, de poissons, de crevettes, de fruits et de légumes bariolés,



dans l’animation d’une fin de matinée, observant les clients négocier, les marchands s’affairer, avant d’aller se restaurer sur le pouce d’un rustique « prato feito » (viande en sauce, arroz e feijão, farofa, et salade) au gouleyant Mercado da Carne, où vous pourrez manger gras sous les auspices de Nossa Senhora !



 

Au détour d’une ruelle, de l’agitation, de la musique, je m’informe, c’est l’élection de la « Rainha », une Miss Beauté couleur locale :



légèrement (dé)vêtues, ornées de plumes, coiffes, perles et mille ornements, les candidates au titre exposent avec fierté leur beauté indienne aux traits mystérieux.



Preuve que même les jeunes générations n’oublient pas leurs racines…

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