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Jungle adventour

29 Avril 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Le marché des excursions touristiques dans la forêt est une veine juteuse : faire le tri entre l’arnaque, l’attrape-touriste et l’offre de qualité n’est pas des plus évidents… mais la société qui travaille avec l’auberge de jeunesse de Manaus me semble offrir un bon rapport qualité-prix, pour des prestations honnêtes.

 

Me voici donc partie pour deux jours d’excursion, avec un programme censé proposer des activités variées, et un minimum d’authenticité. Le groupe est composite, heureusement restreint, et mêlant toutes sortes de tranches d’âge et de nationalités (une Américaine, trois jeunes Français, deux Suisses, une Belge et un Argentin), ce qui donne l’occasion à des échanges intéressants et à des amitiés de courte ou longue durée.

 

Départ le samedi matin du « Porto Flutuante », débordant d’effervescence ; ciel gris et couvert, mais pas de pluie ; la lumière s’en trouve un peu amoindrie, mais l’atmosphère est ainsi plus particulière…



La « lancha » (sorte de canot motorisé) nous emmène à la « rencontre des eaux » (« encontro das aguas »), point de confluence du Rio Negro et du Rio Solimões, où les eaux respectives des deux fleuves, l’un, noir, et l’autre boueux, se côtoient sans se mêler sur environ 6 km :



un phénomène étrange, dû à des propriétés physiques et chimiques telles que la différence de densité, de température et de rapidité des eaux (le Rio Negro coule à une vitesse de 2 km/h à une température de 22°C, tandis que le Rio Solimões coule de 4 à 6 km/h à 28°C) ; le contraste chromatique est saisissant, et il suffit de plonger la main dans l’eau pour percevoir la différence de température.

 

Nous remontons le Rio Solimões jusqu’à atteindre le Parque Ecologico de Janauary, où, en empruntant un pont de bois passant à travers la mangrove,



l’on peut aller admirer les Victórias-Régias :



la « victoria amazonica » de son nom latin, également appelée « giant water lily » ou « amazon water lily » par les anglophones, a été découverte par le botaniste allemand Thaddeaus Haenke, qui la dédia à la reine Victoria (d’où le nom de « Victoria Regia »), puis introduite en Angleterre en 1846 par le jardinier Jospeh Paxton, et plantée à Kews Garden et dans le jardin du Duc de Devonshire, où elle a fleurit pour la première fois en 1849.

 

La « Victoria Régia » est une plante vivace aquatique de la famille des Nymphaeaceae, une immense feuille de 1,80 à 3 mètres (plus il y a de profondeur, plus la feuille est grande), aux bords relevés sur 5 à 10 cm, semblable à un moule à tarte, et pouvant supporter jusqu’à 3 kg. Sa floraison est un peu particulière : l’été, elle commence au coucher du soleil, se referme le lendemain matin, se réouvre en début d’après-midi, pour disparaître dans l’eau le surlendemain ; la Victória Régia ne produit qu’une seule fleur à la fois, une fleur parfumée de 20 à 25 cm, à nombreux pétales en spirale, de couleur blanche, virant au rose lorsqu’elle se referme la première fois pour finir au rouge à l’ouverture le second jour.



 

Sur le chemin du retour, nous croisons des enfants dans des pirogues :



ils ont capturé des preguiças (« paresseux ») et des bébés « jacarés » («crocodiles»), avec lesquels ils posent pour des photos en échange de quelques pièces de monnaie ; triste spectacle de l’industrie touristique… vaut-il mieux les boycotter, ou leur donner de quoi manger ? Vaste débat…

 

Retour à Manaus, le temps de faire le plein d’essence dans l’un de ces curieux postes flottants :



puis remontée du Rio Negro à travers les « igarapés » (les bras du fleuve) jusqu’à notre « pousada flutuante », une cabane en bois posée sur l’eau,



où nous attend un repas simple et nourrissant ; sans le bruit du moteur, il est plus aisé de se laisser emporter par la quiétude de ces lieux, le silence de l’eau, la ligne de l’horizon, les vibrations de l’air, les couleurs de la forêt, les reflets de la lumière…



 

L’après-midi, démonstration de pêche au piranha par notre guide Charlie :



un bon bifteck coupé en petits morceaux et accroché au bout d’une canne à pêche de fortune (un bâton de bois, un fil de pêche et un minuscule crochet) sert d’appât, mais le piranha se fait attendre… deux jolies pièces seulement, c’est un peu maigre pour le dîner !



 

Une violente averse nous surprend sur le chemin du retour, et nous arrivons trempés à la pousada, où la nuit commence à tomber, et où, sans électricité, nous devons nous orienter à la chandelle ; chambre rudimentaire, mais ça a son charme !

 

Le soir, escapade à la rencontre des « jacarés », une espèce de reptiles de la famille des Alligatorides : l’habile Charlie capture un bébé dont il nous démontre les spécificités physiques (tête courte et large, membranes interdigitales, dentition, pupille…),



avant de le relâcher. La pirogue, sans moteur cette fois, nous permet d’apprécier la douceur de cette nuit en plein cœur de l’Amazonie, qui retentit de tous les cris d’oiseaux, frémissements de reptiles, croissements de grenouilles, bruissements des feuilles d’arbres… une symphonie nocturne en nature majeure, sous la voûte étoilée, d’un noir profond piqueté d’astres brillants : instant de poésie éphémère, de beauté, de paix et d’immensité, loin, loin, loin, à l’origine du monde.

 

Réveillés par la pluie au petit matin, nous perdons un peu de notre enthousiasme, mais partons, vaille que vaille, munis de k-ways et parapluies, pour notre excursion en forêt ; une heure de bateau à travers les "igarapés", ces affluents mineurs du Rio Negro,



puis deux heures de marche dans la jungle, avec explications savantes de Charlie, qui nous illustre les propriétés cosmétiques et/ou thérapeutiques des plantes et animaux rencontrés sur notre chemin : cupuaçu, hévéa, plants de mandioca, arbres soignant la malaria, la grippe, araignées ou encore une espèce de fourmis qui, écrasées sur la main, sont le meilleur des répulsifs anti-moustiques (!) Preuve que l’Amazonie constitue une véritable pharmacie, un réservoir de produits pour la santé et la beauté ; encore faut-il savoir écouter le savoir et le savoir-faire des Anciens… La pluie, chaude et dense, incessante, rend le terrain boueux et la marche pénible, mais les odeurs de terre et de plantes en sont d’autant plus puissantes, et l’atmosphère presque mystique au cœur de ce labyrinthe de lianes et de branchages.



 

Pause à l’abri dans la cabane d’un habitant, en compagnie d’un hôte bavard,



avant de regagner la pousada et, enfin, Manaus ; je rentre épuisée, enrhumée, mais ravie, émue, un peu bouleversée par cette expérience loin de tout, de cette échappée dans l’espace et dans le temps.



 

Une invitation à revenir plus longtemps, apprendre les leçons du peuple de la forêt, goûter la sérénité de ces paysages infinis, méditer, écrire, rêver…

 

 

 

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