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Gaúcho, et fier de l’être !

8 Mars 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Il était une fois...

« Gaúcho », en portugais, et « gáucho » en espagnol : du quechua « huacchu » (« orphelin, solitaire") ou du caló (dialecte du gitan espagnol) « gacho » (paysan, amant),  nom donné aux habitants de la pampa, dans la région du Rio de la Plata (à la jonction entre Brésil, Argentine et Uruguay), dédiés à des activités d’élevage et dotés d’une culture spécifique, dérivée d’un amalgame entre culture ibérique, portugaise, indigène et africaine.



 

« Gaúcho » est également le gentilé des habitants de l’Etat du Rio Grande do Sul, dans le Sud du Brésil : appliqué par l’armée du Gouvernement Impérial pour les identifier comme belligérants lors de la « Revolução Farroupilha »[1], il a été adopté par les riograndenses eux-mêmes après la pacification et conservé comme un signe d’identité revendiqué haut et fort.

 

A l’origine, le terme désignait les nomades, les tziganes, les fugitifs devenus indios et les indios acculturés par les missions jésuites, les blancs pauvres, toutes ces populations précaires qui ne possédaient pas de terres et vendaient leur force de travail à des éleveurs de bétail. De cette image marginale est né un mythe, celui du gaúcho fier et libre comme l’air, avec son cheval[2] comme seul bien sur terre : le « lonesome cowboy » sudaméricain, dont le héros du poème épique de José Hernandez, Martín Fierro,  est un exemple célèbre, et a contribué, en Argentine, à faire du gáucho un symbole national, en contradiction avec l’oppression européenne.

 

On reconnaît le gaúcho à sa tenue traditionnelle, la « pilcha » :



un « pala » (ou « poncho »), sorte de pardessus qui peut aussi servir de couverture pour dormir, avec un trou central pour passer la tête, le « poncho » à proprement parler ; un « facão » (« facón » en espagnol), large couteau ; un « relho » (ou « rebenque »), cravache en cuir ; un pantalon large appelé « bombacha », pris à la taille par une ceinture faite avec des poches en cuir, la « guaiaca » (ou « tirador » en espagnol) ; les bottes, le chapeau, et le mouchoir dans le cou complètent la panoplie, ainsi que la « Pedra Chica », une corde de cuir avec deux pierres rondes (« boleadoras ») attachées à chacune de ses extrémités, utilisée pour la chasse ou la capture d’animaux, et dans le folklore rioplatense.

 

Ce dernier a récupéré les rythmes des danses de salon centre-européennes populaires du XIXèmes siècle (valse, polka, mazurka) pour les adapter aux rythmes locaux (vaneira, vaneirão, chamamé, milonga, rancheira et chimarrita) ; l’unique rythme authentiquement gaúcho est le “bugio”, un rythme créé par Wenceslau da Silva Gomes en 1928, inspiré du ronflement des “bugios”, une race de babouins du Rio Grande do Sul, et rapidement interdit car considéré obscène. A partir de 1970 se répandit la “musica nativista”, un retour aux rythmes traditionnels mis à la sauce moderne, qui est à l’honneur de nombreux festivals dans la région.

 

Trop souvent oubliée, la gaúcha[3] (ou “china”), est l’indipensable compagne du gaúcho : vêtue d’une chemise, d’une ample et longue robe à franges et d’une écharpe de coton, et coiffée de deux tresses, aussi bonne cavalière que son compagnon, elle est affectée aux tâches plus domestiques (cultiver les céréales – blé et maïs – les fruits, faire cuire le pain au four et tisser les ponchos) ; par contre, c’est l’homme qui préside à la préparation du churrasco, ce barbecue majuscule de viande bovine :



 

Enfin, qui dit gaúcho dit forcément chimarrão : cette boisson douce-amère que le vacher solitaire sirote à longueur de journée dans sa calebasse, le regard perdu dans les immenses étendues de la pampa...





[1] La « Guerra dos Farrapos » ou « Revolução Farroupilha » opposa de 1835 à 1845 le Gouvernement Impérial brésilien à la Province du Rio Grande do Sul qui, victorieuse, déclara son indépendance et fonda la « República Riograndense ».


[2] les gaúchos ont en effet la réputation d’être d’excellents cavaliers, et durant les guerres du XIXème siècle, les cavaleries de tous les pays étaient composées presque uniquement de gaúchos.

 

[3] Les gaúchos ont aussi la réputation d’être le peuple le plus beau du Brésil, du fait du métissage entre indios et immigrés européens : ce n’est donc pas un hasard si les plus célèbres mannequins brésiliens (Gisèle Bündchen par exemple) et la plupart des Miss Brésil sont gaúchas…

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