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Buenos Aires City Tour

22 Janvier 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Pour moi qui l’attendais avec une indicible impatience, rêvant de mettre pied dans la « ciudad porteña » depuis des années, l’arrivée à Buenos Aires ne fut pas sans émotion ; même en arrivant par l’autoroute et les anneaux périphériques, ce qui n’offre pas la meilleure vue : la gare routière (Terminal Retiro) est en effet encadrée d’un côté par les docks et les montagnes de containers de l’Ante Puerto et de la Darsena Norte, et de l’autre par une favela, dont l’architecture, improvisée avec les matériaux récupérés, laisse apparaître des failles de faim et de misère ; preuve que même les cités les plus luxueuses ne sont pas exemptes du fléau de la pauvreté.



 

A la sortie du Terminal Retiro, une faune pas très recommandable se presse sur les bords de la Plaza Fuerza Aérea Argentina ; chargée comme je suis, et un peu fatiguée après ces 1295 km de route, il me faut mobiliser toute ma vigilance, mais je n’en admire pas moins la "Torre de los Ingleses" (un édifice construit par des résidents britanniques et  rebaptisé "Torre Monumental" suite à la Guerre des Malouines[1])



avant de prendre le bus qui m’emmène au cœur de la ville, dans le quartier de Caballito, chez mon hôte et ami Luis.

 

Une bonne douche et quelques potins plus tard, me voici de nouveau au Terminal Retiro, mais cette fois accompagnée d’un guide local qui m’emmène faire un tour dans le Centro, à la découverte des principales curiosités.

 

Pour commencer, la Plaza Libertador San Martín, une jolie place dédiée au héros de l’histoire nationale argentine[2], qui rappelle les squares anglais, avec plantes, bancs et jeux d’enfants, et un arbre gigantesque.

 

De là nous empruntons la Calle Florida, où il n’est pas rare d’assister, entre les boutiques, à des shows de tango de rue : ici, trois danseurs totalement insipides, dont on se demande s’ils n’ont pas appris le tango dans une pochette surprise, mais le public n’en est pas mojns ravi ; la quatrième danseuse, en réalité n°1, je dirais même LE numéro du show, brille par contre par sa présence, son énergie, son charisme ; un physique splendide, musclé, athlétique, et une sensualité torride, mêlée à un brin de provocation qui fait tout le sel du spectacle ; sans elle, les autres peuvent fermer boutique.



 

Quelques quadras (« pâtés de maison ») plus tard, et nous voici sur la célébrissime Plaza de Mayo, où a exceptionnellement lieu ce soir-là un concert de cloches donné depuis le Cabildo.

 

« El Cabildo » (« Hôtel de ville ») : lieu historique s’il en est, construit en 1610, et siège de l’administration politique, judiciaire et économique espagnole jusqu’en 1822, il abrite aujourd’hui le Museo Nacional del Cabildo y la Revolución de Mayo et son élégant campanile se dresse fièrement dans le ciel bleu de Buenos Aires.



 

Face à lui, la « Casa Rosada » (« Maison Rose ») :



siège du pouvoir présidentiel argentin, l’ancienne forteresse royale Don Juan Baltasar d’Autriche, construite par le gouverneur espagnol Fernando Ortiz de Zárate en 1594, a subi de nombreuses restructurations, dont l’adoption de la couleur rose sous la présidence de Domingo Faustino Sarmiento (1868-1874) : la tradition voudrait que le choix de la couleur rose soit né du désir de symboliser la fusion des partis qui s’étaient opposés dans de cruelles guerres civiles durant la première moitié du XIXème siècle : le blanc des unitaires mélangé au rouge des fédéralistes… mais si la légende est belle, elle est peu probable : les unitaires s’identifiaient généralement par la couleur bleue ! En fait, la couleur rose était une couleur assez répandue en Argentine au XIXème siècle, mélange de chaux et de sang de bœuf. Explication bien moins romantique, mais plus véridique.

 

Sur cette place chargée en symboles vient une fois par semaine, tous les jeudis après-midi, défiler l’ « Asociación Madres de la Place de Mayo » (« Mères de la Place de Mai ») : mères des milliers de « desaparecidos » (« disparus », c’es-à-dire enlevés, kidnappés, souvent torturés et assassinés, sous la dictature militaire qui régna en Argentine entre 1976 et 1983 et pendant la « guerre sale »), elles portent un foulard blanc, symbolisant les langes en tissu de leurs bébés, et défilent sur la place dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, remontant ainsi le temps à la recherche de leurs enfants, et dénonçant l’impunité des militaires responsables des tortures et des massacres. Pour en savoir plus : http://www.madres.org/

 

21h : un premier son de cloches s’élève dans le ciel au crépuscule, traversé par des vols de palomas (« pigeons ») et quelques nuages blancs ;



le silence se fait, impressionnant de solennité ; la place est pleine, réunissant tous les âges et tous les horizons, et si le spectacle du ciel est propice à la contemplation, je ne peux m’empêcher d’observer mes voisins, détaillant les traits de ce peuple argentin si varié, mélange d’Indios et d’Européens : blonds, bruns, roux, au teint pâle ou moreno, il y en a pour tous les goûts ! Mais ce qui est frappant, c’est la beauté de ce peuple, qui dépasse sa réputation…

 

Tout aussi frappante, l’élégance des porteños, et en particulier de la vieille génération : ces messieurs sont en costume trois pièces, d’une coupe parfaite, d’un tissu raffiné, avec gilet et parfois même chapeau et montre à gousset ; ces dames portent le tailleur avec distinction, et l’on reconnaît là indubitablement le talent styliste et le souci de la « bella figura » des milliers d’immigrés italiens débarqués à Buenos Aires à la fin du siècle passé, et jusqu’à la moitié des années 1950.

 

Le concert de cloches n’étant pas vraiment à la hauteur des espérances soulevées, plombé par une forte monotonie, nous poursuivons notre route par l’Avenida de Mayo, admirant chacun des édifices, sublimé par la nuit, avec l’impression de se retrouver au cœur de Paris, sous la protection de ces immeubles haussmanniens, aux élégants balcons de fer forgé, aux coupoles d’ardoise et aux fenêtres ouvragées…



 

Un coup d’œil jeté à l’intérieur de la Casa de la Cultura permet d’en admirer le hall d’entrée, dans un style « Belle Epoque » renvoyant aux temps dorés de Buenos Aires.



 

Impossible en chemin de ne pas s’arrêter au n°825 : le Café Tortoni, véritable institution bonairense, vient de fêter ses 150 ans, et n’a rien perdu de son lustre d’antan ! Fondé par un émigrant français, Jean Touan, en 1858, il est très rapidement devenu LE rendez-vous des intellectuels porteños, l’équivalent du café des Deux-Magots à Saint-Germain-des-Prés, un splendide café à la mode 1900, avec « garçons » en grand tablier noir, tables de marbre, lustres dorés et miroirs à volutes, bibliothèque, salons et tables de billards…



L’antre de Borges, de Ortega y Gasset, de Rubinstein, et de nombre d’autres grandes et nobles plumes argentines, quivu passer aussi d’autres célébrités internationales, comme Carlos Gardel, Federico Garcia Lorca, Pablo Neruda ou encore Albert Einstein…




Le sous-sol, « la Bodega » (« la cave »), qui abrita, de 1926 à 1943, « la Peña » (« La peine »), association vouée à la protection des arts et des lettres, est aujourd’hui une scène d’artistes de tango et de jazz ; et le café conserve tant sa décoration originale que son rôle de centre culturel, accueillant présentations de livres et concours de poésie : plus d’infos et d’images sur
http://www.cafetortoni.com.ar/



 

Accolée au Café Tortoni, l’Academia Nacional de Tango offre tout un programme de cours et démonstrations, tous niveaux, collectifs ou particuliers ; un autre lieu de pèlerinage pour une « tanguera aficionada » comme moi…

 

Un peu plus loin, il nous faut traverser l’Avenida 9 de Julio, une autre célébrissime artère de Buenos Aires, ainsi nommée en hommage  au Jour de l’Indépendance argentine, le 9 juillet 1816 : une des plus larges avenues du monde avec ses 140 m de largeur, et ses 4 km de longueur, au sommet de laquelle trône le non moins fameux Obelisco de la Plaza de la República :



haut de 67,5m, cet édifice, dessiné par l’architecte Albert Prebisch (représentant majeur du modernisme argentin), fut inauguré en 1936 pour le quatrième centenaire de la fondation de Buenos Aires, et il est aujourd’hui encore un point de rassemblement pour le manifestations ; fort controversé lors de son édification, il a finalement conquis les porteños et est devenu un symbole de la ville.

 

Enfin, nous voici arrivés sur la Plaza Congreso, dominée par le majestueux édifice qui accueille le Parlamento, kilomètre zéro de toutes les routes d’Argentine.



Minuit passé, il est temps de rentrer, les cloches ont fini de sonner depuis bien longtemps et Cendrillon a besoin de ses chaussons pour aller danser cette semaine !



[1] La guerre des Malouines (en anglais « Falklands War », en espagnol « Guerra de las Malvinas ») opposa l’Argentine et le Royaume-Uni entre avril et juin 1982 : les îles Malouines, dont la propriété a de tous temps été discutée, était alors depuis 1833 une colonie britannique rattachée au Commonwealth ; mais la junte militaire arrivée au pouvoir en 1976 en Argentine, et confrontée à de gros problèmes économiques, décida, pour redorer son blason, d’en revendiquer la propriété. La défaite argentine marqua la chute de la dictature et le retour à une voie démocratique, mais le problème des vétérans continue de peser sur la politique argentine, les pensions qui leur sont versées étant insuffisantes et leur situation des plus précaires.



Pour en savoir plus :

 

http://www.laliberte.ch/index.php?contenu=dossiers&dossiers=2&dossier=880

 

[2] José de San Martín (1778-1850) : après une jeunesse militaire en Europe, le général revient en 1812 en Amérique où s’opposent alors les troupes royalistes et des juntes indépendantistes, qui ne reconnaissent pas les vice-rois espagnols et luttant pour l’Indépendance ; San Martín prend cause et parti pour ces derniers, qu’il aide à conquérir les territoires contestés, jusqu’à la victoire finale, obtenue au bout de difficiles et héroïques batailles qui le mènent à travers les rudes terres d’Amérique et la Cordillère des Andes : Pérou, Bolivie, Chili… et lui confèrent le surnom de « Libertador de la América ».

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