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Ciudad del Este : escapade au Paraguay

19 Janvier 2009 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Voyages - voyages

Vaste marché de produits dégriffés (ou de contrebande ?), Ciudad del Este est une ville du Paraguay des plus animées, placardée de grandes affiches publicitaires : pas franchement jolie, mais pittoresque à souhait !



 

Fondée en 1957 sous le nom « Puerto Flor de Lis », elle a ensuite été appelée « Ciudad Presidente Stroessner », en hommage au dictateur paraguayen, jusqu’à ce que ce dernier soit déposé en 1989 par un coup d’Etat : la ville prit alors son nom actuel, parfois aussi celui de « Ciudad Jardín », mais la jungle urbaine a eu tôt fait de remplacer la végétation qui y régnait !



 

On y accède depuis Foz de Iguaçu grâce à un bus transfrontalier qui emprunte le Ponte da Amizade (le « Pont de l’Amitié » : tout un programme en effet !) : pas besoin de visa ni de coup de tampon, un accord entre Brésil et Paraguay garantit la libre circulation des passagers jusqu’à 30km à l’intérieur du territoire ; les marchandises cependant doivent être déclarées à la Policia Federal.

 

Vu l’agitation, je me suis contentée de me balader de part et d’autre de l’avenue centrale, où le trafic routier soulève poussière et coups de klaxon en abondance. Sur les côtés, des baraques recouvertes de tôle, où de petits marchands offrent au chaland toutes sortes d’articles importés en détaxe : haute-technologie, CDs et DVDs, parfums, vêtements, maroquinerie et cigares à petits prix.



 

Pour s’y déplacer, bien sûr vous avez des bus, des taxis, mais mieux encore, des moto-taxis, plus rapides au milieu des embouteillages, et qui fourmillent dans la ville, parfois alignés les uns à côté des autres en attente du client.



 

Et pour tromper l’attente, rien de tel que de siroter un maté (ou un téréré, plus doux et plus sucré, en fonction des goûts) : une infusion de plantes des régions de la Plata (Sud du Brésil, Nord de l’Argentine, Paraguay et Uruguay), que l’on boit dans sa bombilla, à toute heure du jour et de la nuit… J’aurai certainement l’occasion d’en reparler, car les habitants de ces régions y sont totalement drogués !!



 

Et je ne sais pas si c'est l'excès de maté qui en est responsable, mais certains habitants de Ciudad del Este ont des comportements... étranges : à l'exemple de cette femme sale et vêtue de loques, qui hurlait dans la rue des phrases incompréhensibles, en frappant les passants avec le morceau de pneu usé qui lui servait de fouet, suscitant les rires des badauds ; un rire un peu amer, car de cette scène cocasse se dégageait un mélange de détresse et de misère...



Enfin, si après quelques emplettes il vous reste un peu de monnaie, allez donc tenter votre chance au Casino del Este, qui attire joueurs de roulette et de baccara.

 

Mais attention, car derrière une façade jovialement commerciale, Ciudad del Este cache grâce à sa situation de zone franche des activités bien plus illicites, dont le narcotrafic (le Paraguay étant classé dans un rapport du Département d’Etat des Etats-Unis comme le premier pays producteur de marijuana d’Amérique du Sud, et plaque-tournante pour l’exportation de ka cocaïne en Europe) n’est qu’un exemple : je vous renvoie pour cela à cet article du magazine Diplomatie (n°33) :

 

"Ciudad del Este, lors de la dictature du président Stroessner de 1954 à 1989 a été le lieu privilégié de rendez-vous discrets des représentants des gouvernements militaires du Cône Sud, des envoyés de Taiwan, de la Corée du Sud et même de la loge italienne P2 et de la secte Moon. La fin de la guerre froide a fait de cette ville cosmopolite devenue zone franche un pot-pourri de la criminalité internationale qui se partage des activités telles que la fabrication de faux dollars et de faux documents d'identité, le trafic de drogues et d'armes, la revente (ou l'échange contre cocaine) de voitures volées en Argentine et au Brésil, ainsi que le blanchiment d'argent à grande échelle. Selon des sources proches de la Drug Enforcement Administration (DEA) des Etats-Unis, les triades chinoises y sont représentées par des Taiwanais qui se sont infiltrés au sein de la florissante communauté de commercants de leur pays. Les derniers mafieux arrivés sont les Russes et les Serbes attirés par la quantité et la qualité de la matière première négociable sur le marché de la prostitution... Le journaliste Sebastian Rosella, du Los Angeles Times a montré, lui, l'implication de la mafia japonaise des Yakuza dans l'économie de la ville depuis 1998. Les groupes islamistes intégristes, en particulier le Hezbollah libanais soutenu par l'Iran, se sont quant à eux fondus au sein de la prospère communauté libanaise sunnite de 20000 personnes (10% de la population de la ville) arrivée au début du siècle. En effet, de nombreux chiites les ont rejoints depuis la fin des années 1970, à la suite du déclenchement de la guerre civile dans leur pays. Certains de ces groupes auraient organisé les attentats contre l'ambassade d'Israël en Argentine en 1992 et contre la Mutuelle israélite d'Argentine qui fit 85 morts et 200 blessés. Les États-Unis soupçonnent un important homme d'affaires musulman, Assad Ahmad Barakat, d'avoir joué un rôle dans ceux du 11 septembre. Mais comme Ciudad del Este est le troisième centre commercial mondial après Miami et Hong-Kong, au-delà des déclarations périodiques contre les trafics des autorités brésiliennes et argentines, personne n'a réellement intérêt à restreindre les activités licites ou illicites qui ont pour théâtre cette fructueuse zone franche."

 

 

 

 

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