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« Vicky Cristina Barcelona » : la corrida à trois de Woody Allen

24 Novembre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #On tourne !

 

Deux jeunes Américaines débarquent à Barcelone pour y passer l’été : Vicky, la brune (Rebecca Hall), sage étudiante venue terminer sa thèse sur l’identité catalane, et Cristina, la blonde pulpeuse, en quête d’une réponse à ses perpétuelles interrogations métaphysico-artistiques et névrotico-sentimentales.

 

Deux femmes que tout oppose, et pourtant… derrière les clichés gros comme une maison, les cartes se brouillent, et le trouble s’installe, propice à un marivaudage qui révèle des fractures plus intimes et démontre une fois de plus l’inconstance fugace des sentiments.

 

Vicky et Cristina font dans une galerie d’art la rencontre d’un peintre-sculpteur catalan, Juan Antonio (Javier Bardem), qui les invite sans détour à s’envoler avec lui pour un week-end à Oviedo, afin d’y admirer une statue du Christ, boire du bon vin et faire l’amour. Cristina cède aux avances épicuriennes du séduisant hidalgo et entraîne avec elle la réticente Vicky.  Mais, victime d’un ulcère, elle garde la chambre et c’est la farouche Vicky qui, le temps d’une nuit seulement, tombe inopinément dans les bras du latin lover.

 

Une nuit seulement, mais qui ébranle toutes ses certitudes. Et lorsque son américain de fiancé débarque avec le sex-appeal d’un bocal de cornichons, il ne supporte bien sûr pas la comparaison. Mais Vicky est fidèle, et surtout, raisonnable : aussi décide-t-elle de faire taire des sentiments dont elle-même ne sait pas bien définir les contours et d’épouser celui auquel elle s’était engagée, respectant ainsi le programme qu’elle s’était fixé.

 

Entre-temps, Juan Antonio a fait la conquête de Cristina, qui s’est installée chez lui et croit avoir enfin trouvé la sérénité qu’elle recherchait si éperdument ; jusqu’au jour où débarque Maria-Elena (Penelope Cruz), l’ex-femme de Juan Antonio, réchappée d’une tentative de suicide : entre crises de nerfs et houleux débats artistiques va s’installer un harmonieux ménage à trois, avant que Cristina ne soit de nouveau hantée par ses vieux démons et décide de mettre fin à cette impropable situation.

 

 

 

Souffrances et solitudes, difficulté à dire l’amour et à le définir : du pur Woody Allen, mais transposé cette fois dans les haciendas de Barcelone. Barcelona, troisième héroïne du titre, point de rencontre entre les personnages, point de fuite de la caméra, point d’ancrage d’êtres à la dérive  ; Barcelona, dont les courbes gaudiesques épousent à merveille les courbes sensuelles des trois femmes et dont les teintes chaudes subliment de discrètes scènes d’amour ; Barcelona, sa cathédrale, ses bars à tapas et ses marchés, image artificielle d’un mode de vie rêvé, un « european way of life » que la crise aurait épargné….

 

Woody Allen, chassé de sa New York fétiche par les marchands du temple (producteurs insatisfaits) poursuit ainsi son « tour d’Europe » : après Londres, qui l’avait accueilli pour ses trois derniers films - « Match Point » (2004), « Scoop » (2006) et « Le rêve de Cassandre » (2007) - c’est la capitale catalane qui est cette fois le théâtre d’une de ses comédies romantiques échevelées.

 

On retrouve donc la même bohème d’artistes en quête d’inspiration et en pleine errance sentimentale, mais cette fois, c’est au son d’une guitare flamenca au xérès et non d’un vieux jazz au gin-fizz que les héros tentent de dissoudre leurs chagrins et leurs angoisses.

 

L’on retrouve aussi Scarlett Johansson, l’actrice « so glamour » découverte en 2003 aux côtés de Bill Murray dans « Lost in Translation » de Sofia Coppola, adoptée ensuite par hasard par Woody Allen dans « Match Point » et plus jamais lâchée, bien qu’elle se défende d’être la nouvelle muse du réalisateur américain.

 

Et si tous les acteurs tiennent leur rôle avec brio, celle qui crève l’écran, c’est Penelope Cruz, magnifique, puissante, impressionnante, dans son rôle de furie aussi hystérique qu’hispanique : et ni les bordées de jurons dans la rocailleuse langue de Cervantès, ni les cernes d’artiste-junkie n’ont raison de sa beauté, qui explose comme une orchidée en fleurs lors d’une séance photo dans les ruelles de Barcelone…

 

 

 

 

Dans l’échelle de la production allenienne, c’est donc somme toute un bon cru, qui n’atteint toutefois pas le millésime : léger, drôle, rafraîchissant… mais Allen a su faire mieux, plus subtil et plus fin. On attend le prochain.

 

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