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Vertes mais pas mûres

21 Novembre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Au fil des pages...

Touchant de près la question de l’esclavage, je viens de terminer un roman qui m’a laissée un peu sur ma faim, malgré un titre alléchant : il s’agit d’Un plat de porc aux bananes vertes, de Simone et André Schwarz-Bart.

 

Hydre intellectuel à deux têtes, ce duo d’écrivains français a en commun l’amour des îles et la lutte contre les injustices.

 

 

 

L’un, André Schwarzt-Bart (1928-2006), juif d’origine polonaise, grandit bercé par le yiddish, sa langue maternelle. Ses parents et deux de ses frères ayant été déportés lors de la Seconde Guerre Mondiale, il s’engage dans la Résistance. Puis obtient une bourse d’études pour la Sorbonne, où il publie ses premiers écrits, décidé à témoigner de la destruction des juifs d’Europe. En 1959 paraît Le dernier des Justes, la saga juive de la famille Levy, un roman récompensé par le prix Goncourt, mais fort controversé : Schwartz-Bart ayant pris le parti de montrer la non-violence des communautés de la diaspora, il est accusé de victimiser les Juifs, à une époque où le sionisme n’est pas forcément de bon ton.

 

La Mulâtresse solitude, publié en 1972, ne rencontrant aucun succès, il décide, désabusé,  de ne plus publier et de se retirer en Guadeloupe. Tombé amoureux des Antilles, il approche la problématique de l’esclavage et la rapproche de la Shoah, comme deux tragédies de l’Histoire qui ne s’excluent pas mutuellement. Néanmoins, jamais Schwarz-Bart ne réussira à être considéré comme « écrivain caribéen » ; mais « un esprit universel, un éclaireur du dialogue des cultures et des civilisations », tel est le portrait que dresse de lui le Ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, au moment de le décorer de son grade d’officier des Arts et des Lettres en septembre 2006, rendant ainsi hommage à sa « poésie lumineuse » et à son « message humaniste ».

 

L’autre, Simone Schwartz-Bart, naît en 1938 de parents guadeloupéens ; de la France à la Guadeloupe en passant par Dakar, elle se nourrit de l’Afrique et des Caraïbes, dont les paysages et le langage vont imprégner son œuvre. Etudiante encore, alors qu’elle n’a que 18 ans, elle rencontre celui qui deviendra son mari et compagnon d’écriture, André Schwartz-Bart, alors en plein combat intérieur pour l’écriture difficile de Dernier des Justes. Nouveau Pygmalion, il discerne en elle un talent certain et la pousse à écrire.

 

Une union qui donnera naissance à un premier ouvrage écrit à quatre mains, Un plat de porc aux bananes vertes, qui met en miroir les mémoires respectivement douloureuses de l’esclavage antillais et de la Shoah, et, plus tard, à une encyclopédie, Hommage à la femme noire, célébration des femmes oubliées par l’historiographie officielle.

 

Mais c’est en solo que Simone Schwartz-Bart excelle, avec en 1972 Pluie et vent sur Télumée miracle, considéré, aujourd’hui encore, comme un chef-d’œuvre de la littérature caribéenne (« un best-seller inépuisé et inépuisable », selon le romancier créole Patrick Chamoiseau), suivi de Ti Jean l’horizon en 1979.

 

« Après Un plat de porc aux bananes vertes, nous avons senti que nous ne pouvions pas nous exprimer librement : un livre doit être une unité et à deux nous avions deux façons de nous exprimer et nous représentions deux mondes » dit Simone Schwartz-Bart ; débouchant sur ce que Catherine Wells a qualifié de « divorce romanesque », Un plat de porc aux bananes vertes reflète donc un style aussi bancal que sa narratrice, forcée de boîter à cause d’une hanche défectueuse.

 

 

 

 

 

Fin XIXème. Mariotte, une vieille Martiniquaise, termine ses jours dans un hospice public de Paris. Entre les mesquineries de la vie à l’hospice et les luttes intestines des petites vieilles à dentier, surgit peu à peu une autre voix, celle de la mémoire : Mariotte tente de retrouver ce passé volontairement oublié, effacé, comme un fil d’Ariane perdu qui la reconduirait sur les traces de son identité.

 

La langue créole et son parler croustillant refait surface, à travers la voix de la « manman » et des autres personnages qui l’entourent, peuplant le roman de fantômes qui viennent hanter le sommeil de Mariotte : « nèg’ marrons », esclaves et « békés » ramènent avec le souvenir de l’enfance celui de l’esclavage, de la servitude et de la misère, mais aussi celui de la lutte contre « l’hostie de la soumission spirituelle aux Blancs ».

 

Simone et André Schwartz-Bart, Un plat de porc aux bananes vertes, Paris, Points Seuil, 1996, 224 p., (5,50 €)

 

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