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Bougres de Bugres !

17 Novembre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Détours de Babel

Les aléas de la recherche font souvent que l'on se perd dans des lectures inutiles, et qu'un titre apparemment prometteur ne se révèle pas à la hauteur des espérances qu'il a soulevées... Mais on en tire toujours quelque chose pour élargir sa culture générale, à défaut d'allonger sa bibliographie.

Ainsi du livre de Piero Brunello, "Pionieri. Gli italiani in Brasile e il mito della frontiera" (« Pioniers.
Les Italiens au Brésil et le mythe de la frontière », 1994, Donzelli Editore, Roma), qui semblait cadrer pile avec mon sujet de recherches, et qui est en réalité davantage centré sur les rapports entre les colons immigrés (allemands et italiens en particulier) et les Indios dans les Etats du Sud du Brésil (Paraná, Santa Catarina et Rio Grande do Sul).

Je l'ai donc plutôt survolé, mais un passage m'a accrochée, qui parle des appellations données par les colons aux Indios, et je vous en donne un extrait suivi de sa traduction :

« Le vaste praterie dell’altipiano erano interrotte da boschi di coniferi dominate dall’araucaria e da valli coperte da foreste sub-tropicali. Giuseppe Garibaldi, che vi passò nel 1840 con una banda di guerriglieri in ritirata, scrisse che il sentiero era “strettissimo e tagliato in foltissima selva”, e che la vegetazione ai lati era tale da “inghiottire e seppellire un individuo che incautamente vi affidasse il piede”. In quelle foreste, cosí sentí dire Garibaldi, si nascondevano indios detti Bugres, tra i “più feroci che si conoscano nel Brasile”. Era un ritornello comune ; si diceva cosí di tutti i “selvaggi”, isolati e poco consciuti, come quelli che vivevano nell’altipiano cacciando tapiri, raccogliendo pinoli dell’araucaria e praticando un’agricoltura itinerante.

            Il termine Bugres non faceva distinzioni tra i diversi gruppi, poiché li accomunava in un autentico disprezzo. Derivava da “bulgaro”, che nell’Europa del tardo medioevo aveva designato il seguace della setta eretica dei bogomili, sviluppatasi in Bulgaria. Oltre a eretico, “bulgarus” aveva assunto anche i significati di sodomita, usuraio e bugiardo ; a quanto pare i portoghesi avevano chiamato cosí gli indios fin dal primo momento per ripugnanza verso l’omosessualità maschile a loro parere molto praticata. I bianchi li consideravano elementi della natura, simili alle scimmie e ai giaguari. Li accusavano di essere antropofagi e di uccidere chiunque si fosse avvenurato nelle loro foreste. Li guardavano con disgusto perché erano nudi. Per distinguerli dai Guaraní convertiti al cattolicesimo, i gesuiti li avevano chiamati Corupira, spirito della selva che compare all’improvviso agli incroci dei sentieri, imbroglia i passi del viandante, lo confonde nel labirinto della vegetazione e altrettanto d’improvviso si dilegua in una risata.

            I Bugres dell’altipiano erano chiamati anche Coroados, termine che metteva in ridicolo la loro abitudine di tagliarsi i capelli in un modo che ricordava la tonsura, o “coroa”, dei frati francescani. Solo più tardi si sarebbe usato il termine Caingáng, più gradito agli interessati, che tuttavia rimase perlopiù confinato alla letteratura etnografica. In tutti gli altri contesti restarono in uso le vecchie denominazioni, in primo luogo quella generica di Bugres. Per capire come quest’ultimo termine venga avvertito, riferirò l’opinione di un traduttore inglese il quale ritiene che la parola Bugre può essere resa fedelmente con “dirty pig”, sporco maiale.”

"Les vastes prairies du plateau étaient interrompues par des bois de conifères où dominait l’araucaria et par des vallées couvertes de forêts sub-tropicales. Giuseppe Garibaldi[1], qui y passa en 1840 avec une troupe de guérilleros en retraite, écrivit que le sentier était « très étroit et tracé dans une forêt très touffue », et que la végétation sur les côtés était telle qu’elle aurait pu « engloutir et enterrer un individu qui imprudemment y aventurerait le pied ». Dans ces forêts, ainsi qu’entendit dire Garibaldi, se cachaient des indios dits Bugres, parmi les « plus féroces que l’on connaisse au Brésil ». C’était un refrain commun ; l’on parlait ainsi de tous les « sauvages », isolés et peu connus, comme ceux qui vivaient sur le plateau, chassant des tapirs, cueillant les pignons de l’araucaria et pratiquant une agriculture itinérante.

Le terme Bugres ne faisait pas de distinctions entre les différents groupes, puisqu’il les réunissait dans un authentique mépris. Il dérivait de « bulgare », qui dans l’Europe de la fin du Moyen-Age avait désigné le disciple de la secte hérétique des bogomiles[2], développée en Bulgarie. Outre celui d’hérétique, « bulgarus » avait pris aussi les sens de sodomite, usurier et menteur ; à ce qu’il paraît les Portugais avaient appelé ainsi les indios dès le premier instant par répugnance envers l’homosexualité masculine qui leur semblait très pratiquée. Les blancs les considéraient des éléments de la nature, semblables aux singes et aux jaguars. Ils les accusaient d’être anthropophages et de tuer quiconque se serait aventuré dans leurs forêts. Ils les regardaient avec dégoût parce qu’ils étaient nus. Pour les distinguer des Guaraní convertis au catholicisme, les jésuites les avaient appelés Corupira, esprit de la forêt qui apparaît à l’improviste aux croisements des sentiers, brouille les pas du passant, le perd dans le labyrinthe de la végétation et tout aussi à l’improviste disparaît dans un éclat de rire.

Les Bugres du plateau étaient également appelés Coroados, terme qui tournait en ridicule leur habitude de se couper les cheveux d’une façon qui rappelait la tonsure, ou « coroa », des frères franciscains. C’est seulement plus tard qu’on allait utiliser le terme Caingáng, plus respectueux envers les intéressés, qui toutefois resta en général confiné à la littérature ethnographique. Dans tous les autres contextes restèrent en usage les vieilles dénominations, en particulier celle générique de Bugres. Pour comprendre comment ce dernier terme est perçu, je ferai référence à l’opinion d’un traducteur anglais qui retient que le mot Bugre peut être fidèlement rendu par « dirty pig », sale cochon. »

Justification à d’effroyables expéditions armées d’expropriation et d’extermination qui ont réduit les populations indigènes à une poignée d’indiens reclus dans des réserves artificielles, lesquels luttent encore aujourd’hui pour que leurs terres leur soient rendues…



[1] Giuseppe Garibaldi (1807-1882), personnage historique italien, héros du Risorgimento (la lutte pour l’unification), également surnommé « Héros des deux mondes » en hommage aux entreprises militaires qu’il a réalisées tant en Europe qu’en Amérique du Sud.

[2] Bogomilisme : mouvement chrétien orthodoxe né au Xème siècle,  tiré du nom du pope bulgare Bogomil, inspiré des gnostiques et du manichéisme, rejeté par l’Eglise catholique romaine.

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