Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"Chega de saudade" : le "baile" des retraités

15 Novembre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #On tourne !

“Chega de saudade”, selon vous, c’est :

 

-          la chanson de João Gilberto qui a lancé la “bossa nova” ?

-          le deuxième film de Laís Bodansky ?

-         un dancing de São Paulo ?

Réponse : les trois mon colonel !


 

Dans “Chega de saudade”, danseurs jeunes et moins jeunes évoluent sur la piste au son des rythmes latinos et au gré des caprices du coeur.

 

Rendez-vous du troisième-âge, le thé dansant du dimanche après-midi, connu ici sous le nom de “baile da saudade” (“bal de la nostalgie”) pourrait se prêter à une peinture amère de solitudes décadentes et déprimantes... Il n’en est rien, et “Chega de saudade” respire au contraire la joie de vivre, insufflée par des personnages sexagénaires, soit, mais bien en chair :

 

“Não queria fazer um filme sobre a velhice, mas falar desse universo dos bailes, que tem muita sensualidade, muita libido. Independentemente da idade daquelas pessoas, me interessava o que estavam sentindo”

“Je ne voulais pas faire un film sur la vieillesse, mais parler de cet univers des bals, qui est plein de sensualité, plein de libido. Indépendamment de l’âge de ces personnes, ce qui m’intéressait c’était ce qu’elles éprouvaient. » (Laís Bodansky )

 

Quiconque a un jour dans sa vie pénétré dans l’univers des danses de salon reconnaîtra donc sans aucun doute des cas de figure qui pourraient s’approcher des stéréotypes s’ils n’étaient tous interprétés avec délicatesse et subtilité par d’excellents acteurs :

 

Seu Alvaro (Leonardo Villar), l’ancien roi de la piste, aujourd’hui vieux ronchon la patte dans le plâtre, noie sa douleur et sa rancœur dans un mélange d’analgésiques et de whisky ; sa compagne, Dona Alice (Tônia Carrero), victime d’un début d’Alzheimer, se perd au milieu de la piste, cherchant à se rappeler en vain pourquoi donc elle voulait la traverser…

 


Eudes (Stepan Nercessian), dragueur invétéré, délaisse sa bien-aimée Marici (éblouissante Cássia Kiss) pour courir la donzelle en la personne de Bel (Maria Flor), la petite amie du DJ Marquinhos (Paulo Vilhena), venue à contre-cœur pour lui donner un coup de main, et prise au jeu – au piège ? – de l’amour et du hasard…

 

Elza (Betty Faria) s’est faite « la plus belle pour aller danser », mais même avec une nouvelle robe, elle n’arrive pas à se faire inviter ; œillades complices, sourires entendus, décolleté bombé, rien n’y fait… et elle se résout à payer les services mercenaires d’un danseur-gigolo.


 


Dona Rita feint d’aller faire du shopping pour tromper son mari avec un danseur argentin, vieux beau aux cheveux gominés et magnifique jeu de pieds, qui l’emporte dans une transe en danse sublimée par la photographie de Walter Carvalho : frémissement d’ombres et de lumières sur le parquet, glissements de talons sur les arpèges du bandonéon …un pur morceau de tango et de sensualité latine.

 

Film choral, « Chega de saudade » donne la parole à chacun d’eux pour une interprétation touchante, où les amours se font et se défont comme les couples sur la piste du salon… Jalousies, envies, pardons et séparations rythment le bal et quand la musique s’éteint, chacun s’en va avec son sourire ou son chagrin… pour revenir la semaine suivante, s’enivrer au tempo de samba, forró, chá-chá-chá et boléro.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article