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Brasília : les Pères Fondateurs / 3

2 Novembre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Il était une fois...

3 - L’architecte : Oscar Niemeyer


 


Après une jeunesse bohème passée au Café Lama et au Clube Fluminense, Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares Filho (ouf !), né à Rio de Janeiro en 1907, entre à l’Escola Nacional de Belas Artes, d’où il sort architecte et ingénieur en 1934. Idéaliste depuis toujours, il décide de travailler sans rémunération dans le cabinet de Lúcio Costa et Carlos Leão, deux grands urbanistes de l’époque, pour apprendre et pratiquer une architecture nouvelle, loin de l’architecture commerciale qu’il avait en horreur.

 

Considéré aujourd’hui comme l’un des noms les plus influents de l’architecture moderne et du « style international », il est reconnaissable à ses lignes sculpturales, fluides et puissantes, à ses courbes d’une intense sensualité, qui font de ses bâtiments un hymne à la vie et à l’Humanité :

 

« Não é angulo reto que me atrai, nem a linha reta, dura, inflexível, criada pelo homem. O que me atrai é a curva livre e sensual, a curva que encontro nas montanhas do meu país, no curso sinuoso dos seus rios, nas ondas do mar, no corpo da mulher preferida. De curvas é feio todo o universo, o universo curvo de Einstein.”

 

 « Ce n’est pas l’angle droit qui m’attire, ni la ligne droite, dure, inflexible, créée par l’homme. Ce qui m’attire, c’est la courbe libre et sensuelle, la courbe que je trouve dans les montagnes de mon pays, dans le cours sinueux de ses fleuves, dans les ondes de la mer, dans le corps de la femme aimée. C’est de courbes qu’est fait l’univers entier, l’univers courbe d’Einstein. »

 

Pionnier dans l’exploration des possibilités constructives et plastiques du béton armé, il en vante la souplesse :

 

« Quand je dessine, seul le béton me permettra de maitriser une courbe d'une portée aussi ample. Le béton suggère des formes souples, des contrastes de formes, par une modulation continue de l'espace qui s'oppose à l'uniformisation des systèmes répétitifs du fonctionnalisme international. »

 

Concepteur démiurge, créateur à l’inspiration foisonnante, il est l’auteur de nombreuses réalisations de par le monde entier, dont voici une liste non exhaustive :

 

 

-          l’ex-Ministère de l’Education et de la Santé, sous le gouvernement de Getúlio Vargas (Rio de Janeiro, Brésil, 1943) en collaboration, entre autres, avec Le Corbusier

-          le Siège des Nations-Unies (New York, Etats-Unis, 1952), en collaboration avec d’autres architectes de grand renom

-          le Memorial da America Latina (São Paulo, Brésil)

-          le Parque da Ibirapuera (São Paulo, Brésil, 1954) en collaboration avec le paysagiste Roberto Burle Marx

-          les logements Hansviertel (Berlin, Allemagne, 1957)

-          la Maison Strick (Los Angeles, Etats-Unis, 1964)

-          l’immeuble « Italia » (São Paulo, Brésil, 1965)

-          l’Université Houari-Boumédienne, la salle omnisport du complexe olympique et l’Ecole d’Architecture et d’Urbanisme (Alger, Algérie)

-          le Centre Culturel International Oscar Niemeyer (Avilés, Asturies, Espagne)

-          le Musée d’Art Contemporain de Niterói (Niterói, Brésil, 1991-1996)

 

… et bien sûr, la plupart des édifices de Brasília, où l’âme de Niemeyer imprègne les lieux, et dont il disait :

 

« quem for a Brasília, pode gostar ou não dos palácios, mas não pode dizer que viu antes coisa parecida. E arquitetura é isso – invenção »

 

« celui qui va à Brasília peut aimer ou non les édifices, mais il ne peut pas dire qu’il a déjà vu chose semblable. Et l’architecture, c’est ça – de l’invention »

 

-          l’Igreja Nossa Senhora de Fátima - Igreijinha (1958)

-          le Palácio da Alvorada (résidence présidentielle, 1958)

-          le Congresso Nacional (1958-1960)

-          le Palácio do Planalto (palais présidentiel, 1960)

-          le Palácio dos Arcos-Itamaraty (Ministère des Affaires Etrangères, 1962)

-          la Catedral Metropolitana Nossa Senhora Aparecida (1970)

-          le Teatro Nacional Claúdio Santoro (1966-1981)

-          le Memorial Juscelino Kubitschek (1981)

-          l’Espaço Oscar Niemeyer (1988)

-          le Museu Nacional (1988)

-          le Supremo Tribunal Federal (2001)

 

Aujourd’hui encore, Oscar Niemeyer continue à doter le monde de ses créations inspirées et fortement engagées.

 

La lutte politique marqua en effet indéniablement la vie de Niemeyer : affilié au PCB (Partido Comunista Brasileiro) dès 1945, il visita l’Union Soviétique, rencontra divers leaders socialistes dont il fut l’ami, et en 2007 offrit à Fidel Castro une sculpture de caractère anti-américain : une figure monstrueuse menaçant un homme que se défend en empoignant le drapeau de Cuba.

 

Ses prises de positions stalinistes lui coûtèrent cher : en 1965, avec 223 autres professeurs, il démissionna de l’Universidade de Brasília en signe de protestation contre le Gouvernement Militaire et sa politique universitaire en particulier. L’année suivante, empêché de travailler au Brésil, il se rend à Paris, où commence une nouvelle phase de sa vie et de son oeuvre : il y projette, entre autres, le siège du Parti Communiste Français (1965-1980), la Bourse du Travail de Bobigny (1980), le Centre Culturel Le Havre (1978-1982) et le siège de “L’Humanité” (alors organe de presse du PCF) en Seine-Saint-Denis (1989).

 

Il retourne au Brésil au début des années 1980, au moment de l’ouverture politique et de l’amnistie des exilés sous le gouvernement de João Figueiredo. Et conserve aujourd’hui encore la foi dans l’humanité et l’idée de progrès :

 

“As idéias marxistas continuam perfeitas, os homens é que devriam ser mais fraternos”

 

“Les idées marxistes sont encore parfaites, ce sont les hommes qui devraient être plus fraternels”

 

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