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Brasília : 15° 30’ 00" S 47° 51’ 50" W

2 Novembre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Il était une fois...

Symbole d’une nouvelle ère, surgie au milieu de nulle part, Brasília se devait d’arborer une architecture grandiose, moderne et à l’image du pouvoir.

 

Si Kubitschek désira en confier la réalisation à son ami de longue date Oscar Niemeyer, ce dernier recommanda l’organisation d’un concours, pour ne pas froisser les susceptibilités au sein du petit monde des architectes brésiliens ; on avait un temps pensé à faire appel aux services de Le Corbusier, mais dans l’esprit mythique de la création d’une capitale nationale, il aurait était vu d’un mauvais œil que ce fût un architecte étranger qui bâtisse la capitale… L’influence de l’architecte français est néanmoins indéniablement présente dans tous les angles de la ville.

 

Ce concours vit la victoire de l’avant-projet de l’urbaniste Lúcio Costa ; choix des plus controversés, qui souleva les hauts cris des autres candidats. Mais le jury considéra, à tort ou à raison, que seul Lúcio Costa avait projeté une « capitale », quand les autres candidats n’avaient projeté qu’une « ville ».

 

Le projet de Lúcio Costa brillait en effet par sa simplicité : concision, données sommaires et dessins à main levée le constituaient ; point de recherches minutieuses, mais « le geste de quelqu’un qui désigne un endroit et en prend possession : deux axes (« eixos ») qui se coupent à angle droit, soit, le signe même de la croix. » Référence à la tradition coloniale, pour faire de Brasilia, « capitale-oasis » plantée dans le Planalto Central, le point de départ des nouveaux pionniers.

 

A partir de ce dessin primaire s’élabora ce que l’on appela par la suite le « Plano Piloto » : la forme d’un avion de fuselage droit et court, doté d’immenses ailes légèrement courbes qui accompagnent le relief de la colline. Une véritable œuvre d’art, qui offrait un large espace à l’architecture monumentale, pour remplir la fonction de prestige d’une capitale.




 

Epine dorsale de Brasília, donc, l’ « Eixo Monumental » : une artère triomphale de 250 mètres de large, organisée de manière symétrique dans la direction est-ouest, et structurée par l’architecture équilibrée et harmonieuse d’Oscar Niemeyer ; vue du ciel, c’est le fuselage de l’avion, la flèche, dont la pointe culmine en la « Praça dos Tres Poderes » : les trois pouvoirs suprêmes (exécutif, avec le Palacio do Planalto (le palais présidentiel), législatif, avec le Palacio do Congresso, et judiciaire, avec le Supremo Tribunal Federal) réunis dans une même place, version modernisée de la « place royale » française des XVIIème et XVIIIème siècle. Apothéose à la gloire du pouvoir, qui prend des allures de spectacle pyrotechnique à l’heure du soleil couchant.

 

L’ « Eixo Rodoviário-Residencial » quant à lui intègre et combine deux nouveautés caractéristiques de la civilisation du XXème siècle : l’autoroute « en trèfle » (qui supprime tous les croisements au même niveau, et facilite ainsi la circulation automobile) et l’unité d’habitation (qui regroupe tous les services nécessaires à la vie quotidienne dans un contexte urbain aéré et vert).




 

A une époque de pleine expansion de l’industrie automobile, Brasília eut pour fonction de valoriser et de canaliser ce mode de transport individuel : cinq chaussées séparées par des jardins, à sens unique, sans croisements, autorisaient une haute vitesse au cœur de la ville, réduisant ainsi les distances réelles et remédiant au principal inconvénient d’une agglomération linéaire étendue sur plus de 12 kilomètres.

 

Brasília est donc une ville faite pour l’automobile : mais quel avenir pour ces grandes chaussées à l’heure où les problèmes de ressources énergétiques remettent en cause ce mode de transport ?




Quant aux « superquadras », les unités d’habitation, elles sont constituées de pâtés de maisons de 240 mètres de côté, prévus pour contenir chacun onze immeubles de cinq étages et une école primaire, et disposées de manière symétrique le long des grandes voies de communication : c’est d’une clarté géométrique absolue.

 

De ce « Plano Piloto » dérive le système des adresses de Brasília, aussi futuriste que son architecture : par exemple, l’Auberge de Jeunesse de Brasília est située au SRPN Quadra 02 Lote 2 Asa Sul…Y a-t-il des paléographes parmi vous ?

 

Voici une liste d’acronymes utiles pour s’orienter, une fois que l’on a compris comment les déchiffrer :

 

-          Asa Norte/Asa Sul : les deux « ailes » de la ville ; le « N » ou le « S » à la fin d’un acronyme indique de quel côté de l’ « Eixo Monumental » se trouve le bâtiment ;

 

-          SBN/SBS (« Setor Bancario Norte/Sul ») : les secteurs des banques

-          SCN/SCS (« Setor Comercial Norte/Sul ») : les secteurs des bureaux

-          SDN/SDS (« Setor Diversões Norte/Sul ») : les grands centres commerciaux (« conjuntos »)

-          SEN/SES (« Setor de Embaixadas Norte/Sul ») : les secteurs des ambassades

-          SHIN/SHIS (« Setor de Habitações Individuais Norte/Sul ») : les secteurs résidenciels

-          SHN/SHS (« Setor Hoteleiro Norte/Sul ») : les secteurs des hôtels

-          SMHN/SMHS (« Setor Médico Hospitalar Norte/Sul ») : les secteurs hospitaliers

-          SQN/SQS (« Super Quadras Norte/Sul ») : les « superquadras » particuliers

 

Pensez cependant à bien noter l’adresse, car chaque « superquadra » ressemble à s’y méprendre à sa voisine, et sans Ariane au bout du fil, ces allées rationnelles ont tôt fait de se transformer en un labyrinthe démentiel…

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