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Brasília : rendez-vous avec le futur

2 Novembre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Il était une fois...

Si Brasília est une capitale toute jeune encore (elle va bientôt fêter ses cinquante ans), le projet de sa création remonte à beaucoup plus loin dans le temps : en 1891 déjà, la première constitution républicaine mentionnait l’idée de transférer la capitale du pays de Rio de Janeiro au cœur du territoire brésilien. Des études furent menées dans ce sens tout au long de la première moitié du XXème siècle, et six mois après l’arrivée au pouvoir du président Juscelino Kubitschek, en août 1956, le Congrès National approuvait la proposition de loi qui prévoyait le transfert de la capitale.

 

Déclaration du Président Kubitschek le 2 octobre 1956 :

 

« Deste Planalto Central, desta solidão que em breve se trasformará em cerebro das altas decisões nacionais, lanço os olhos mais uma vez sobre o amanhã do meu país e antevejo esta alvorada com fé inquebrantável e uma confiança sem limites no seu grande destino »

 

« Depuis ce Planalto Central, depuis cette solitude qui d’ici peu deviendra le cerveau des hautes décisions nationales, je lance encore une fois mon regard sur l’avenir de mon pays et je vois déjà cette aube avec une foi inébranlable et une confiance sans limites dans son grand destin »

 

C’est en effet dans le Planalto Central, une région aride et presque déserte, dans une zone jouxtée par un lac artificiel, que l’on décida de bâtir Brasília. Au milieu de nulle part. Implantation des plus stratégiques en réalité, qui permettait d’occuper un territoire encore à l’abandon, et de réaliser un point d’articulation entre un Sud-Est industrialisé et densément peuplé, et le Nord et le Centre-Ouest, zones de frontières agricoles virtuellement vierges, facilitant les communications internes, notamment sur l’axe Brasília-Bélem.

 

Cité pionnière, Brasília représentait un audacieux élan d’affirmation politique pour la nation, et un coup de marketing international très réussi : le Brésil – pays jusqu’alors sous-développé – se projetait sur la scène mondiale comme un pays d’ambitieuses initiatives, capable de réalisations qu’aucune puissance du Premier Monde n’avait osé entreprendre : construire et inaugurer une capitale dans un temps record.

 

Car le délai de construction de Brasília devait pouvoir se matérialiser en quatre ans (le temps qui restait à Kubitschek avant la fin de son mandat, non renouvelable selon la Constitution de l’époque). Pari gagné : l’inauguration de la capitale et le transfert du siège du pouvoir eurent lieu le 21 avril 1960.

 

Mais cette construction à vitesse accélérée, sans de solides études socio-économiques préalables sur les possibles impacts d’un noyau urbain dans une position aussi isolée, qui ne s’appuyât pas sur un système urbain ou rural déjà existant, ne fut pas sans dommages : non seulement le pays s’endetta considérablement, mais pour exaucer ce rêve d’architectes, on fit appel à de nombreux ouvriers venus des campagnes alentours, ce qui provoqua d’importants flux de migrations paysannes et modifia ainsi la distribution démographique de la région.

 

Ces ouvriers, originaires de tout le pays, et principalement du Minas Gerais et du Nordeste, étaient appelés « Candangos » (un terme issu de l’esclavage), comme la statue en fer forgé de Bruno Giorgi qui leur rend hommage ; les travailleurs de classes moyenne et supérieure (ingénieurs, médecins…) furent quant à eux désignés comme « Pionieros » : pour une ville qui se vantait de promouvoir un socialisme égalitaire, ce n’était déjà pas gagné !

[NB : les générations suivantes, nées à Brasília, ont détourné avec auto-dérision le mot « Candangos » en « Calangos », terme qui désigne une espèce de lézard de la région]


 

Mais les concepteurs de Brasília étaient-ils si naïfs pour imaginer qu’une fois les travaux terminés, tous ces ouvriers aux bons et loyaux services s’en retourneraient tranquillement dans leur bled perdu ? Les « Candangos » s’installèrent, et tout autour de Brasília naquirent ce que l’on appelle aujourd’hui les « cidades-satélite », (les « cités-satellites ») : Taguatinga, Ceilândia et Sobradinho, ainsi que d’inévitables favelas, qui offrent un contraste saisissant avec le projet socialiste que Brasília véhiculait.

 

La réalité l’emporta sur le songe visionnaire, et aujourd’hui Brasília est loin d’être l’oasis de bien-être que ses concepteurs avaient imaginée ; mais elle a tout de même contribué à développer considérablement l’intérieur du Brésil (alors encore embryonnaire), à désengorger la côte, à apaiser les rivalités entre Rio de Janeiro (l’ancienne capitale politique) et São Paulo (la capitale économique) et constitue aujourd’hui un exemple unique au monde de capitale artificielle.

 

« Tudo se transforma em alvorada nesta cidade que se abre para o Amanhã”  “ Tout se transforme en aube dans cette ville qui s’ouvre sur l’avenir” (Juscelino Kubitschek)

 

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