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Italianitudes

18 Octobre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Italie & Cie

Pour s’être fondus dans le paysage brésilien, les Italiens n’en ont pas pour autant oublié leur pays d’origine, et ont perpétué coutumes et traditions au fil des ans, via trois piliers fondamentaux de la culture sociale italienne : communication (journaux et revues), éducation (écoles) et associations, avec chacun plus ou moins de succès.

 

La presse

 

Bien que la majorité des immigrants italiens fussent isolés dans des zones rurales, analphabètes, ou ignorants la langue italienne[1], il existait un véritable marché consommateur de la presse en langue italienne: entre 1880 et 1940, plus de 500 journaux furent publiés, et 300 d’entre eux dans la seule ville de São Paulo.

 

Ces journaux souffraient généralement de grosses difficultés financières et d’irrégularité, au point que beaucoup ne survivaient pas aux premiers numéros. Les tendances les plus diverses étaient représentées : journaux satiriques, humoristiques, catholiques, républicains, conservateurs, maçons, régionalistes, feuilletons…

 

Parmi eux, le « Fanfulla », créé par Vitaliano Rossellini en 1893, sans doute le journal le plus important de la colonie italienne au Brésil : la preuve en est que ce fut le premier journal pauliste à s’équiper de linotypes en 1905, et qu’en 1910, son tirage atteignait les 15 000 exemplaires, quand le grand journal de l’époque, « O Estado de São Paulo », se tirait à 20 000 exemplaires.

 

L’école

 
Isolés dans des campagnes dénuées d’infrastructures, avec pour priorité le travail et l’économie permettant, à long terme, d’acquérir de la terre, mais aussi parfois des difficultés à simplement survivre, les Italiens prêtaient peu d’importance à l’école, considérée comme superflue, et privant les familles de la main-d’œuvre infantile.

 

Ç’aurait été au gouvernement italien de créer un réseau d’écoles, mais l’impulsion de Rome fut des plus modestes, et les écoles italiennes surgissaient donc sur l’initiative isolée de quelques instituteurs dévoués, et fermaient rapidement, à l’inverse des écoles japonaises et allemandes qui, elles, bénéficiaient d’un encadrement adéquat. Une des rares initiatives du gouvernement italien en matière d’éducation consista en la création de l’  « Istituto Medio Italo Brasiliano Dante Alighieri », un des collèges les plus traditionnels de São Paulo, qui accueillait l’élite paulistaine mais aussi quelques boursiers venus des zones reculées, et qui est encore en activité aujourd’hui.

 

Les associations

 

A la différence de l’Argentine, où la culture d’association est encore bien prégnante, le Brésil n’a pas connu une vie collective très dense : en 1923 on comptait seulement 94 associations italiennes sur tout le territoire italien, contre 412 en Argentine, et 3014 aux Etats-Unis. La faute en revient aux conflits régionaux entre les Italiens eux-mêmes, à la dispersion de la communauté sur l’ensemble du territoire, et au faible intérêt pour la cause nationale : la majorité des associations consistait en fait en sociétés de bienfaisance ou de secours mutuel, destinées à cotiser le paiement des frais médicaux, les enterrements et autres nécessités.

 

Hormis deux associations à succès, l’Hospital Umberto I (créé à São Paulo en 1904) et le Circulo Italiano (qui réunissait l’élite italienne du capitalisme paulistain), le monde associatif italien est resté plutôt restreint. L’époque du Fascisme, dans les années 1920-1930, et les directives de Mussolini, visant à récupérer le terrain des colonies italiennes, redonna de l’impulsion aux associations, et notamment aux associations sportives.

 

Parmi elles, le « Palmeiras » : créé en 1914 sous le nom de « Palestra Italiana », avec pour objectif de réunir les Italiens au-delà des différences régionales et de faire concurrence aux élites traditionnelles, ce club de foot remporta de nombreuses victoires lors des championnats des années 1920 et 1930,  et il est encore aujourd’hui « LE » club des Italiens et de leurs descendants au Brésil, avec son maillot à rayures blanches et vertes et ses chaussettes rouges, aux couleurs de la "bandiera tricolore" (le drapeau italien).

 

 

 




[1] L’Unité Italienne n’étant alors que très récente, les Italiens se définissaient encore à l’époque par leur identité régionale : ils étaient moins Italiens que Vénétiens, Piémontais, Siciliens, Calabrais… et parlaient souvent uniquement le dialecte de leur région ; ceux qui, rares, parlaient l’italien standard, l’avaient appris à l’école comme une langue étrangère ; cette permanence des dialectes donna naissance à des hybrides linguistiques parfois cocasses, que l’écrivain Alexandre Marcondes Machado (1892-1933) s’est appliqué à retranscrire dans son œuvre.

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