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… et Italiens des villes

18 Octobre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Italie & Cie

Si la majorité des immigrants se dirigeaient vers les zones rurales, le nombre de ceux qui restaient dans les zones urbaines ne cessa d’augmenter, en particulier dans le Nord et le Nordeste, et à Rio de Janeiro.

 

Quelques tentatives de colonisation eurent bien lieu dans les Etats d’Amazonie et du Nord-Este, comme le Pará, Bahia et le Pernambuco, mais en l’absence de moyens financiers et en butte à un climat défavorable, les Italiens abandonnèrent le projet et se tournèrent vers des activités commerciales et artisanales ; idem à Rio, où la plupart des immigrés italiens, d’origine méridionale, exerçaient de petits boulots et avaient presque le monopole du commerce ambulant : cireurs de chaussures, tailleurs, barbiers…

 

Dans l’Etat de São Paulo, les immigrants échappés des fazendas vinrent grossir les rangs de villes comme Campinas, Riberão Preto, Araraquara, où ils allaient chercher un emploi urbain ; mais c'est à São Paulo que le phénomène fut le plus marquant.

Ville modeste à l’origine, São Paulo connut une expansion sans précédent au moment du boom du café : de 64 000 habitants an 1890, elle atteignit le million en 1934, et dut une grande partie de cette croissance démographique à l’arrivée d’immigrés, et des Italiens en particulier.  Ces derniers participèrent à la modernisation de São Paulo en travaillant pour les services urbains, aidant à bâtir les immeubles, à ouvrir les rues, à construire les voies de tramway ; ils exerçaient aussi des activités humbles tels que vendeurs ambulants, éboueurs, cireurs de chaussures, barbiers ; et beaucoup trouvèrent un emploi comme ouvriers dans l’industrie naissante.



 

Les « fazendeiros » avaient en effet ouvert leurs capitaux pour investir dans la création d’entreprises, et s’ils privilégièrent dans un premier temps une main-d’œuvre d’ex-esclaves, moins chère évidemment, peu à peu les immigrés eurent leurs faveurs, dans la mesure où ils étaient prétendûment déjà adaptés à la société industrielle (en réalité, pas plus préparés au travail en usine que les Brésiliens).

 

Les conditions de travail étaient épouvantables : horaires interminables, pouvant aller de dix à douze heures par jour, sept jours par semaine ; hygiène, ventilation et lumière faisaient totalement défaut, et chaque jour avait son lot d’accidents du travail ; souvent même, les contremaîtres usaient de violence physique contre les ouvriers ; les femmes et les enfants étaient mis à contribution, avec un salaire moindre que celui des hommes, qui déjà n’était pas bien élevé ; bien sûr, sécurité sociale et vacances n’existaient même pas en rêve…

 

Une situation qui donna lieu à des mouvements de résistance, où les Italiens jouèrent un rôle de premier ordre, grâce à la culture subversive que certains militants socialistes et anarchistes italiens avaient acquise dans la Péninsule. L’organisation des ouvriers en syndicats et partis fut plutôt tardive au Brésil, et dominée par les immigrés ; aussi la langue la plus utilisée par les journaux et les tracts, et lors des comices et manifestations était-elle l’italien.



 

Il ne faudrait pourtant pas imaginer les quartiers ouvriers de São Paulo comme des forteresses anarchistes : peu d’ouvriers étaient syndiqués et la plupart travaillaient, péniblement, pour gagner de quoi vivre ; la précarité et le pouvoir des patrons et de la police les intimidaient, et les différends régionaux et nationaux divisaient les ouvriers, empêchant une coalition forte.

 

Mais les Italiens ne participèrent pas à l’industrialisation de São Paulo seulement comme ouvriers ; il y eut une classe moyenne de petits industriels et professions libérales (médecins, ingénieurs), d’artisans et de petits commerçants, qui réussit à acheter immeubles et terrains (preuve que la propriété privée était une priorité pour ces immigrés) ; les petites industries étaient dédiées à des activités comme la chapellerie, les tissus, les chaussures et l’agro-alimentaire, et les mortadelles et charcuteries « Ceratti », les bicyclettes « Caloi », les pâtes « Todeschini » sont, aujourd'hui encore, des produits utilisés au quotidien par les Brésiliens.

 

A côté de cette petite-bourgeoisie d’entrepreneurs, se détachèrent aussi quelques grands industriels tels que Rodolfo Crespi, Alessandro Siciliano, Egidio Pinotti Gamba, et Francesco Matazzaro, issu d’une famille modeste et connu à la fin de sa vie comme le « Prince de l’Industrie de São Paulo », et de grands « fazendeiros », comme Geremia Lunardelli (« le roi du café ») et Morganti (« le roi du sucre »), qui construisirent de véritables empires industriels à partir de capitaux retirés de l’importation de produits italiens, et réinvestis dans des machines ou des fazendas.

 


De tels parcours d’ascension sociale furent favorisés par un contexte où les Italiens étaient plutôt bien vus : blancs et d’origine européenne, dans une société traditionnellement raciste, ce qui leur ouvrait les portes des emplois modestes normalement déniés aux descendants d’esclaves ; déterminés à gagner, économes et travailleurs, ils réussirent à s’implanter et à assurer à leurs descendants la vie meilleure qu’ils étaient allés chercher de l’autre côté de l’Océan.

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